La Causerie

Dall’Oglio, le vent de fraicheur

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Cela fait maintenant près d’un mois que pour des mesures sanitaires, le monde du football est à l’arrêt. L’un des derniers matchs diffusés en direct à la télévision française est Reims-Brest le 7 mars dernier. Un match de Ligue 1 relativement banal entre le huitième et le quatorzième avant la rencontre. Après tout, ce n’est qu’un match de plus dans la carrière d’Olivier Dall’Oglio qui n’a pas été visionné par le grand public. Après avoir passé six ans sur le banc de Dijon, il officie à Brest depuis le début de saison. Deux clubs qui sont loin d’être les plus bankables du championnat. Pourtant, partout où il passe, il réalise un travail formidable qui apporte un vent de fraicheur sur le football français.

UN TRAVAIL DANS L’OMBRE EFFICACE

(Source : rmcsports.fr)

Arrivé en 2012 au DFCO, Olivier Dall’Oglio fait d’abord ses gammes dans une Ligue 2 déjà admirative du jeu proposé par les Bourguignons. Quatre saisons plus tard, après avoir appris de ses erreurs, Dijon et son tacticien découvrent l’élite française. On ne donne alors pas cher de leur peau notamment sur l’étiquette qu’on a déjà collé sur le dos de Dall’Oglio. Celui-ci ne serait intéressé que par le secteur offensif négligeant totalement l’aspect défensif. Il faut dire que Dijon vient de terminer meilleure attaque de Ligue 2 et va rapidement faire de même dans la division supérieure en terminant cinquième attaque de Ligue 1.

Seulement, si une bonne attaque peut suffire à l’échelon inférieur, certains pensaient qu’elle ne suffira pas à se maintenir. Il est en effet difficile de rester dans ce championnat étriqué en voulant être protagoniste du jeu lorsque ses concurrents au maintien adoptent des tactiques moins conquérantes. Pourtant, Olivier Dall’Oglio réussit l’exploit deux ans de suite. Après avoir terminé seizième en 2016/17, Dijon réalise la saison suivante une prestation encore plus convaincante en terminant onzième. Néanmoins, toutes les histoires d’amour ont une fin et celle entre les Rouges et son entraîneur se termine le 31 décembre 2018. La troisième saison en Ligue 1 tourne au calvaire et Olivier Delcourt, le président dijonnais, décide de limoger le grand artisan de la montée et des maintiens successifs. Un électrochoc pour le groupe qui propulsera Antoine Kombouaré sur le banc bourguignon.

L’ancien entraîneur est loin d’avoir les mêmes préceptes de jeu mais il relèvera la barre et maintiendra Dijon. Dans un club où le long terme, incarné par Dall’Oglio, avait fait des merveilles, le choix du court terme, illustré par Kombouaré, fût privilégié. Le premier avait soufflé un vent de fraicheur sur le championnat de France, celui-ci venait d’être annihilé le soir du réveillon. Après six mois sabbatiques, il décide de rejoindre Brest. Le club breton vient d’être promu et l’entraîneur arrive après Jean-Marc Furlan qui a lui aussi une identité de jeu très marquée. Ils ont déjà travaillé ensemble lorsque Dall’Oglio était son adjoint à Troyes. Ce dernier ne veut en aucun cas rompre avec cette idée de jeu et continuer à faire frémir le stade Francis-Le Blé dont on connait l’attachement au beau jeu. A la tête de l’avant dernier budget du championnat il réalisait une saison honorable avant que la crise sanitaire ne l’arrête. C’est un peu l’histoire de ce début de carrière de coach d’Olivier Dall’Oglio : travailler bien sans faire beaucoup de bruit.

LE VENT DE FRAICHEUR PAR LE JEU

(Source : francebleu.fr)

Ce travail se fait en mettant au centre du projet le jeu pratiqué par son effectif. Comme dit précédemment, l’entraîneur du Stade Brestois possède l’étiquette d’un technicien uniquement tourné vers l’attaque. Ses déclarations donnent en effet cette impression : « Je considère que le football est un spectacle, je veux qu’on propose quelque chose, notamment offensivement. Si on vient au match pour se faire chier, voir une équipe qui ne sort pas, non, ça ne m’intéresse pas ». Il se défend pourtant de travailler à la base l’aspect défensif. « Je veux faire progresser mon équipe au niveau défensif, dit l’intéressé, j’ai besoin de la renforcer. Qu’elle récupère les ballons rapidement, qu’elle soit solide défensivement ». Olivier Dall’Oglio veut également que ses équipes construisent toujours le jeu de derrière.

Cette saison, il peut notamment s’appuyer sur son gardien Larsonneur qui en plus d’être un excellent dernier rempart est aussi le premier relanceur. Il veut défendre en avançant en récupérant haut et en montant son bloc jusqu’à jouer le piège du hors-jeu. Dall’Oglio affectionne un autre piège, celui de l’axe. En effet, ses équipes aiment bloquer les ailes afin d’obliger les adversaires à jouer dans l’axe où le pressing peut directement s’enclencher sur le receveur (exemple illustré ci-dessous). Cette défense se dispose en 4-4-2 alors qu’il attaque en 4-2-3-1, système bien plus fluide que cela soit sur le plan latéral ou vertical.

(Source : Canal+)

Dall’Oglio a une idée de jeu très stricte et il faut, pour cela, que tout son effectif soit réceptif. Il met souvent en avant son affect pour les « joueurs intelligents » en affirmant avoir « besoin de joueurs qui pensent ». Il explique dans un entretien pour Le Temps son rapport avec ses joueurs et notamment comment développer son QI foot. Dans celui-ci, comme lors de toutes ses prises de paroles, il se dégage de tous les autres entraîneurs français. En effet, en mettant des mots sur les idées, il est l’un des rares -avec Wenger ou Puel- à théoriser et intellectualiser le football tricolore. Malgré tous ces points, Olivier Dall’Oglio ne possède pas la plus grosse côte des techniciens du championnat de France.

Dans ce pays où on se focalise trop souvent uniquement sur les résultats, ceux de l’entraîneur brestois ne jouent pas forcément en sa faveur. Il n’a bien sûr jamais connu la relégation malgré ses effectifs peu pléthoriques et aux petits budgets. Néanmoins, on ne lui accorde que très peu d’attention. Il emmène un véritable vent de fraicheur dans une Ligue 1 qui en manque tant. Celui qui théorise cherche désormais des auditeurs.

Enzo Leanni

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