Critique du reportage « Anelka l’incompris »

Mercredi 5 août, dans la matinée, Netflix sort un reportage pour lequel les attentes étaient nombreuses en raison d’un fort « teasing ». Il faut dire qu’à l’annonce d’une sortie cinématographique sur le sport, et notamment sur le football, on sait que l’audience sera au rendez-vous. Encore plus lorsque le sujet est épineux comme pour le film « Ultras » également disponible sur la plateforme télévisuelle américaine. Le reportage en question n’était pas axé sur la vie de supporters napolitains mais sur celle d’un joueur qui cristallise les critiques d’une opinion publique jamais tendre avec lui. Nicolas Anelka, « l’incompris » selon le titre, a vécu une carrière tumultueuse remplie de polémiques. A travers ce reportage, voulait-il sûrement se faire comprendre à défaut d’avoir pu le faire depuis plus de vingt ans ? Mission réussie en partie. Car s’il lève quelques zones d’ombres méconnues du grand public, le biopic n’en reste pas moins décevant.

BIOGRAPHIE OFFICIELLE PLUS QUE REPORTAGE NEUTRE

(Source : planetfootball.com)

Dès les premiers extraits parus sur les réseaux sociaux nous pouvions comprendre que nous allions assister à une oeuvre de communication plutôt qu’à un reportage neutre. Réalisé par son ami Franck Nataf avec lui (et non pas uniquement sur lui), sa famille, ses amis parmi lesquels Omar Sy, Thierry Henry, Robert Pirès ou encore les journalistes Joachim Barbier et Arnaud Ramsay connaissant parfaitement Anelka pour avoir déjà travailler avec lui. « Il y a un monde entre ce que les gens pensent de Nico , et Nico » ouvre Thierry Henry sûrement inconscient que les personnes participant au film connaissent trop « Nico ». Comment tirer un examen critique d’un homme incompris si tous les acteurs de la production, eux, le comprennent ?

Durant 1h34, les témoins -à décharge- tentent de dissiper les nombreuses zones d’ombre autour de son personnage. Est-il vraiment incompris ? Si oui, qui est-il vraiment ? Il est vrai qu’à force de s’être coupé du monde du football et donc de la popularité, Anelka n’a plus été sous le feu des projecteurs donc les nombreux doutes à son sujet se sont démultipliés s’ajoutant aux polémiques dont il avait été l’objet. Son cercle fut touché par cette situation, car « quand c’est des mecs de banlieue, c’est un clan, une secte » déplore le joueur. Le reportage montre d’ailleurs bien qu’il n’est apaisé que lorsqu’il est aux côtés des siens, ses enfants notamment.

La question d’un personnage incompris semble être balayée au fur et à mesure d’un reportage dédié à cela. Cependant, le grand public, après plus d’une heure de visionnage, n’en sait toujours pas plus sur le « vrai » Nicolas Anelka. Ce dernier ne parle en réalité jamais de lui. Pour éviter que ses propos soient repris de manière néfaste, il devient presque trop lisse. Ses amis voulaient que les téléspectateurs change d’avis sur lui. Le fait de ne rien dévoiler rend la chose impossible. On ne parle de lui, dans le reportage, que pour l’affranchir de la mauvaise image qui lui colle à la peau.

REBELLE ET VICTIME

(Source : dailymail.com)

Une étiquette de « bad-boy » depuis ses débuts précoces au PSG qu’il n’aime pas malgré le fait de l’avoir cultivé durant toute sa carrière. S’il semble lucide sur ses errements de jeunesse, notamment au Real Madrid comme il l’explique dans le reportage, il ne cesse d’être dans une position victimaire sur la quasi-totalité de sa vie. Le documentaire énumère ce que Nicolas Anelka a regretté pendant sa carrière. De ne pas avoir été retenu par Jacquet en 1998 jusqu’à la rixe avec Domenech en 2010 en passant par « Marca », Gérard Houllier et Steve Clarke. Là où l’opinion publique le trouve coupable, lui estime avoir été la victime de faux procès. Il débute d’ailleurs son biopic en déclarant : « Tout ce que j’ai fait, ne le fais pas, parce que tu vas te mettre tout le monde à dos ». Il est nécessaire de noter que Nicolas Anelka n’est pas le seul fautif de sa carrière gâchée. Le traitement qu’il a subit n’a pas toujours été juste mais malgré ses torts existent.

Les polémiques dont il a été l’objet ne sont pas traitées comme elles le méritent. Le documentaire est-il voué à faire comprendre qui est Nicolas Anelka quand lui seul conte ces polémiques ? Knysna et la quenelle vues uniquement sous le prisme du joueur comme pour ne pas débattre, pour ne pas se confronter à la partie adverse. Il ne voulait plus de faux procès, il en a donc créé un où il est victime, avocat et juge. Dire qu’il ne s’attarde pas sur ses torts serait un euphémisme mais il faut toutefois noter qu’il explique le départ de certaines brouilles notamment celle avec Jacques Santini : « Il est venu m’observer et il m’a dit qu’il ne me connaissait pas. Tu n’as pas le droit de dire ça. Lorsqu’il a essayé de me rappeler, je lui ai dit ‘ouais, laisse-moi tranquille’ « . Celle avec le Real Madrid : « Le coach m’avait mis sur le banc, donc j’ai demandé une discussion avant l’entraînement, et on m’a dit que ce serait après, raconte-t-il. Je me dis : vous avez mal réagi, donc je vais mal réagir aussi : clash ! »

Un reportage où Nicolas Anelka, dans le même temps, explique que tout le monde était contre lui tout en déclarant : « J’ai toujours assumé tout ce que j’ai dit et tout ce que j’ai fait ». Un homme qui veut les mérites du rebelle tout en se reposant sur ses lauriers de victime. Nicolas Anelka se proclame joueur antisystème, si bien que ses amis le surnomment « le Che » durant le reportage. Pourtant de Paris à Mumbai en passant par Madrid, Liverpool, Londres ou Shanghai, il semble être davantage l’allégorie du mercenaire.

COMMENT LE TOURNER AUTREMENT ?

(Source : foot01.com)

Un documentaire décevant de notre point de vue de téléspectateur mais il est indéniable que réaliser un biopic de ce genre est une tâche plus que complexe. Malgré tout, il est possible de penser qu’une réalisation différente aurait pu tendre a un meilleur reportage. Inviter ses contradicteurs aurait évité l’impression d’assister à un film de communication et davantage un documentaire journalistique neutre. Il semble inimaginable un film où se mêlent Anelka, Domenech et certains journalistes de « L’Équipe » mais cela aurait permis d’apporter une réelle critique de la carrière du joueur.

Finalement on a écouté l’homme parler de sa vie et soutenu par ses amis. Certains auraient davantage préféré entendre le joueur parler de sa carrière et soutenu par ses coéquipiers. On savait déjà tous que Nicolas Anelka était ce gamin surdoué de région parisienne qui n’a pas eu la carrière que lui promettaient ses premiers éducateurs. Un attaquant au talent immense qui a gâché les vingt plus belles années de sa vie pour pouvoir rester insoumis. Lorsqu’il raconte « l’injustice » de 1998, on préférerait l’écouter pendant des heures sur son doublé à Wembley moins d’un an plus tard. Lorsqu’il se plaint du positionnement que lui demandait Domenech, on aurait davantage aimé qu’il nous livre une leçon tactique montrant où il était le meilleur et pourquoi.

En conclusion, ce reportage aura été comme la carrière du joueur : décevant car on s’attendait a tellement mieux. Netflix a réalisé une grosse promotion la semaine précédant la sortie comme lorsque Nicolas Anelka émerveillait le Parc des Princes à seulement 17 ans. La chute n’aura été que plus dure à encaisser. Est-il toujours incompris ? La réponse se fera sûrement sur le long terme et la mémoire que vont créer les générations futures sur ce joueur. Un attaquant béni des dieux qui leur aura tourné le dos préférant ses valeurs propres. Son ancien coéquipier et ami, Robert Pirès, résume bien mieux la carrière d’Anelka que cette critique du reportage. Entre admiration et regret, il soupire : « Ah Nico putain… ».

Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

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