Il était une fois le Barça de Guardiola

C’était il y a maintenant plus de onze ans. Le 27 mai 2009, le FC Barcelone remportait sa troisième Ligue des Champions, la première de l’ère Guardiola, venant magnifier une saison déjà historique. De la défaite face à Numancia aux victoires finales en Copa del Rey et en Ligue des Champions, retour en arrière et explication tactique sur l’incroyable première saison sur le banc du technicien catalan avec son club de cœur.

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Source : CNews

UNE SAISON HISTORIQUE AUX PREMICES POURTANT FLOUES

C’est le lendemain d’un clasico perdu face au Real Madrid que Pep Guardiola est nommé futur entraineur du Barça. Il est choisi en remplacement de Frank Rijkaard, victime de deux saisons blanches et d’une gestion préjudiciable. Le président Joan Laporta déclare : « Pep incarne l’espoir et la connaissance du club, c’est ce dont nous avions besoin ». Un choix bien accueilli par beaucoup de socios, mais également beaucoup moins par certains journalistes et supporters qui le trouvent inexpérimenté. Il faut dire que Guardiola n’a qu’une expérience d’une année avec la réserve du club, qu’il a réussi à faire monter d’une division. Le doute peut apparaitre légitime pour certains. Seulement, l’avenir donnera tort aux sceptiques…

Sous la houlette de Pep, le Barça va réaliser un exploit retentissant, le triplé Coupe d’Espagne – Liga – Ligue des Champions, ce qu’aucun club espagnol n’était parvenu à réaliser auparavant. Une saison incroyable à l’issue de laquelle les catalans marqueront 156 buts toutes compétitions confondues, emmenés par un trio Messi – Eto’o – Henry et secondés par la doublette XavIniesta. Intraitable, le club va enchainer une série de 22 matchs sans défaite en championnat, parmi lesquels figurent 19 victoires. Le parcours en Ligues des Champions est tout aussi impressionnant, on compte 4 victoires par 3 buts d’écart ou plus (face au Sporting Portugal, au FC Bâle, à l’OL et au Bayern). Mais, au-delà des résultats, c’est bien dans le jeu que l’équipe de Guardiola va impressionner le monde.

UN PARCOURS IMPRESSIONNANT

Saison 2008-2009 du FC Barcelone — Wikipédia
Source : Wikipédia

Le Barça joue son premier match officiel dès le 13 août 2008 au Camp Nou, face au Wisla Cracovie dans un troisième tour de qualification pour la Ligue des Champions. Une victoire 4-0 suivie d’une défaite 1-0 en Pologne qualifient les catalans pour la reine des compétitions. Un parcours préparatoire occasionné par la troisième place en championnat acquise l’année précédente, derrière le Real et Villarreal. Les débuts en championnat sont eux plus poussifs, avec seulement un point engrangé face à Numancia et au Racing Santander. Une victoire face au Sporting Portugal trois jours plus tard et la saison est lancée. S’ensuivent des victoires écrasantes, quatre par 5 buts d’écart face à Bâle, Gijon, l’Atletico et Almeria entre septembre et octobre. Entre le 29 novembre et le 21 décembre 2008, le Barça enchaine 4 victoires de rang face à 4 grosses écuries du championnat, le FC Séville, Valence, le Real Madrid et Villarreal, ne concédant qu’un seul but et affirmant sa supériorité face aux concurrents nationaux. Entre temps, les catalans ont assuré leur qualification pour les huitièmes de finale de Ligue des Champions, en ayant terminé premiers de leur groupe. On assistera à de l’art lors des matchs à domicile face à l’OL et au Bayern dans la compétition, respectivement en huitièmes et en quarts. A chaque fois, l’adversaire est surclassé, sans solution, dépassé par le jeu barcelonais. En Liga, le Barça continue sa promenade de santé malgré deux défaites d’affilée contre l’Espanyol et l’Atletico entre février et mars. Fin avril, le Barça est leader du championnat, qualifié pour la finale de Coupe d’Espagne et la demi-finale de Ligue des Champions. Tout va se jouer en une semaine, durant laquelle le Barça va enchainer une double confrontation face à Chelsea séparée par un Clasico au Bernabeu… Après un 0-0 au Camp Nou, Andrés Iniesta offrira la qualification au bout du temps additionnel à Stamford Bridge, donnant une qualification presque inespérée. Le Clasico sera lui remporté haut la main sur le score de 6-2. Après un parcours plutôt tranquille, c’est face à l’Athletic Bilbao que le Barça remporte la Copa del Rey sur le score de 4-1 le 13 mai 2009. Le championnat est gagné avec 9 points d’avance sur le rival madrilène. La finale de Ligue des Champions, mal préparée par deux défaites en championnat, est remportée aussi, venant ponctuer une saison incroyable, Messi s’élevant dans le ciel de Rome et Eto’o venant terminer le travail de toute une année, sensationnelle…

Lionel Messi finira meilleur buteur du club toutes compétitions confondues avec 38 buts. Samuel Eto’o, auteur de 30 buts en championnat, se fera coiffer aux poteaux le titre de Pichichi par Diego Forlan. Cette saison fut aussi celle de l’éclosion de Bojan, 18 ans, qui entra dans la rotation et inscrivit 11 buts. Dani Alves, recruté à Séville un an plus tôt, montra tout son potentiel offensif et commença à nouer une entente merveilleuse avec Xavi et surtout Lionel Messi sur le côté droit. Thierry Henry s’adapta parfaitement au jeu de l’équipe malgré son style atypique. Enfin, Gerard Piqué, racheté à Manchester United où il jouait peu, sembla être dès sa première saison le rempaçant attitré de Rafa Marquez.

DES PRINCIPES DE JEU BIEN DEFINIS

Pep Guardiola a-t-il rendu Barcelone plus enthousiasmant ? | Goal.com
Source : Goal

Au-delà des innombrables joueurs de talent de l’effectif du Barça, l’idée de Pep Guardiola était de s’appuyer sur ces qualités pour arriver à un idéal collectif. Le jeu recherché devait être léché, au sol, exploitant au maximum les espaces laissés libres par les adversaires, ou mieux, les espaces créés par le Barça lui-même. Influencé par son ancien entraineur Johan Cruyff, par Marcelo Bielsa ou encore Juan Manuel Lillo, Guardiola était prédisposé à jouer un football offensif, tactique et agréable avant même d’être entraineur. En effet, Le ballon n’est jamais dégagé au loin. En possession du ballon, les défenseurs peuvent être très écartés. Sur certaines phases de jeu, on a pu voir Marquez et Puyol éloignés de plus de 25 mètres, essentiellement lorsque l’un des deux tenait le ballon. D’après Pep lui-même, « le premier objectif est d’amener le ballon sur le côté ». Barcelone joue en avançant, le ballon doit tourner au maximum sur toute la largeur du terrain, de manière à occuper l’espace le plus efficacement possible. Si le ballon est conservé une bonne partie du temps, la possession ne doit surtout pas être stérile. Les changements de rythme, les accélérations, les dédoublements sur les côtés sont alors de mise. En revanche, si les joueurs à vocation défensive n’hésitent pas à se projeter, ils ne doivent pas dépasser un nombre de touches de balle maximum et libérer le ballon rapidement. En phase défensive, le numéro 6 se place au niveau des défenseurs centraux pour équilibrer l’équipe, quand on sait à quel point Iniesta, Xavi et Dani Alves aimaient jouer de l’avant

Dans un football devenu de plus en plus physique au fil des années, sport de contact, Guardiola s’appuie sur des petits gabarits très techniques. Lionel Messi (1.69), Xavi (1.70), Iniesta (1.71), Dani Alves (1.72)…Tous ces joueurs font la différence balle au pied, par le dribble ou la passe plutôt que par le duel (malgré une grande résistance physique). Leur agilité fait leur force.

« La meilleure défense, c’est l’attaque ». Catégorisé entraineur très offensif, Guardiola fait mener un pressing tout terrain à son Barça, l’objectif étant de récupérer le ballon le plus rapidement possible. Seulement, Pep pense à tout. L’éventuelle perte de balle d’un coéquipier doit être anticipée lorsque l’équipe a le ballon, les milieux et défenseurs devant se tenir prêts, puisque la prise de risque est encouragée chez les attaquants. Tactiquement, Pep pratique le désormais bien connu jeu de position. Le contrôle du jeu doit être gardé tout en organisant l’attaque. Comme évoqué, les joueurs de côté doivent s’excentrer au maximum pour créer de l’espace dans le coeur du jeu, qui peut alors être exploité par les milieux. Pep ne veut pas de deux joueurs sur la même ligne horizontale ou verticale. En ce sens, le positionnement de Dani Alves permet par exemple à Lionel Messi de rentrer un maximum dans l’axe. On parle aussi beaucoup de triangles ; sur le côté droit, celui entre Xavi, Alves et Messi fonctionne à merveille. Il s’agit de se passer le ballon de manière à trouver l’un des trois dans une position libre. A gauche, la qualité technique d’Iniesta permet d’alimenter Thierry Henry, Abidal les secondant. Eto’o fait le lien à merveille entre tous les joueurs offensifs, venant tantôt s’excentrer, jouer en retrait ou prendre la profondeur. Derrière, Puyol, Marquez et Touré laissent faire tout ce beau monde pour garder un certain équilibre.

L’équipe type (compo créée avec Tacticalpad)

GUARDIOLA VU PAR LES JOUEURS

Lors d’un passage à la télévision anglaise, Thierry Henry explique quelques principes de l’équipe de Pep : le mot d’ordre est de toujours faire confiance à ses coéquipiers, en les sachant capable de créer des différences par le dribble ou la passe. L’ailier doit impérativement rester à sa place, collé à la ligne. C’est une position stricte à adopter avant d’avoir une liberté totale dans le dernier tiers du terrain. Cette attitude permet de laisser le champ libre aux milieux qui peuvent se projeter dans l’axe ou appeler le ballon dans l’espace laissé libre. Le dernier tiers du terrain offre une grande liberté aux attaquants qui peuvent multiplier les appels et permuter entre eux.

Xavi explique quant à lui dans une interview relayée par l’Equipe que Guardiola est arrivé en disant aux joueurs qu’ils allaient devoir courir, sans quoi ils n’arriveraient à rien. Selon le mythique numéro 6 barcelonais, tout n’a ensuite été que concepts footballistiques (plutôt logique pour un entraineur qui pense football toute la journée). Un entraineur captivant et magique « qui redonnait la passion du foot » aux joueurs.

Illustration des propos de Thierry Henry à l’occasion du but de Samuel Eto’o face au Bayern en quart de finale de LDC. Récupération grâce au pressing barcelonais, Xavi décale Lionel Messi sur son côté, ce dernier repique dans l’axe. Henry, à la base collé à la ligne, a permis à Iniesta d’appeler le ballon dans l’axe, mais choisit de plonger dans la surface pour apporter le surnombre. Messi choisit alors de décaler Eto’o, qui, profitant des appels de ses partenaires, échappe aux centraux bavarois et conclut parfaitement.

FOCUS : LA VICTOIRE 6-2 AU BERNABEU

LaLiga Santander: Barcelona's 6-2 win over Real Madrid, Guardiola's  masterpiece | MARCA in English
Source : Marca

Alors que l’écart entre les deux formations est de 4 points avant le match, une victoire du Real pourrait relancer le championnat. Le Barça va d’ailleurs disputer le clasico au milieu de sa confrontation directe en demi-finale de Ligue des Champions face à Chelsea (dans laquelle tout reste à jouer), à 3 jours du retour à Stamford Bridge. Néanmoins, Guardiola aligne son équipe type pour ce qui va être un match historique.

Le Barça, qui joue mieux que quiconque et gagne le respect du monde entier selon le commentateur de Canal+ Espagne, va d’abord être mis en difficulté par le côté droit merengue. Abidal est débordé face aux assauts de Robben, avant d’être éliminé par Sergio Ramos, qui offre la balle du 1-0 sur un plateau au Pipita Gonzalo Higuain. La réaction est plus qu’immédiate ; 4 minutes plus tard, Lionel Messi, recentré, réalise un geste génial dont lui seul a le secret, un petit ballon piqué en profondeur pour Henry, qui croise parfaitement sa frappe. C’est d’ailleurs ce positionnement central entre les lignes qui va gêner le Real tout au long du match, Messi désertant totalement son côté droit habituel et évoluant en quelque sorte dans un rôle de faux numéro 9. Henry, déjà auteur de l’égalisation, va multiplier les accélérations, éliminant facilement Ramos et provoquant la faute de Cannavaro à l’origine du but de Puyol. Le milieu barcelonais se régale, son pressing gêne complètement les sorties de balle du Real et pousse Casillas, pourtant auteur d’une grande première mi-temps, à rendre sans cesse les ballons au rival. Ce pressing va permettre une récupération haute de Xavi pour le 3-1. La réduction de l’écart madrilène sera anecdotique, les Blaugrana font la différence à la moindre accélération, « un poco cuando quieren » d’après le commentateur. Le très gros match de Piqué aura effacé Raul et Higuain, lui qui sera le dernier buteur, après deux autres buts de Messi et Henry, parfaitement lancés par Xavi et Iniesta. Ce match, pas forcément le plus abouti de la saison barcelonaise, marque la classe d’écart entre le Barca et ses adversaires, le club catalan se permettant même de préserver ses forces lors d’un Clasico, gérant à la perfection le tempo du match.

EN CONCLUSION…

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Source : FC Barcelona

De nos jours, un match de football est, au-delà du jeu, une épreuve physique. Les joueurs enchainent les matchs, parfois tous les 3 jours au plus fort de la saison, et doivent tout donner de la première à la dernière minute du match. L’une des critiques adressées à Marcelo Bielsa, entraineur de Leeds et l’un des mentors de Guardiola, est d’essouffler ses équipes et de ne pas les faire tenir sur la durée. Ses équipes peuvent alors sombrer et ne plus engranger beaucoup de points en dépit du jeu proposé. Dans ce cas, le dilemme peut s’apparenter à l’éternel débat du jeu face aux résultats. Heureusement, les deux sont loin d’être incompatibles. Equipe ambitieuse, tournée vers l’avant avec des principes de jeu offensifs et intenses, le Barça 2008-2009 savait aussi quand ralentir et tenir un résultat. Les premières mi-temps européennes au Camp Nou face au Bayern ou l’OL le prouvent ; le résultat obtenu à mi-parcours étant déjà grandiose, rien ne servait de s’efforcer à continuer de multiplier les efforts offensifs. Cela pouvait aussi se signaler sur un match entier, comme à l’Allianz Arena, où la qualification était quasiment déjà acquise à l’aller (même si les « remontadas » sont de mise aujourd’hui). Certes, l’effectif à la disposition du coach barcelonais était pléthorique et peuplé de grands joueurs, mais le pragmatisme du catalan a aussi permis à ce grand Barça de tenir sur la durée et de garder ses principes.

La première saison du Barça de Guardiola, c’est donc une équipe au jeu alléchant, qui aura développé un tout nouveau style de jeu en plus d’avoir fait rêver le monde du foot et gagné les plus prestigieux des trophées. C’est l’entraineur qui aura battu la référence mondiale à son poste [adoubé par la Reine 10 ans plus tôt] en finale de Ligue des Champions et implanté un style et une aura novateurs. Mais c’est aussi et surtout l’avènement du football dans ce qu’il a de plus beau et de plus profond, la preuve irréfutable que jeu et résultat sont plus que compatibles. Une équipe qui aura inspiré nombre d’autres équipes, d’entraineurs, de joueurs à travers le monde, la référence d’une époque, le style de jeu que tout le monde tentait d’imiter, ou de contrer…

Sources : https://www.lequipe.fr/explore/lf31-guardiola-loi-32-minutes/ https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_2008-2009_du_FC_Barcelone https://www.lemonde.fr/sport/article/2012/04/27/le-systeme-guardiola-a-la-poursuite-d-un-ideal-footballistique_1692524_3242.html Matchs regardés grâce au site Footballia.

2 commentaires sur « Il était une fois le Barça de Guardiola »

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