L’âge d’or des Pays-Bas

Actuellement en préparation pour l’Euro 2021, les Pays-Bas semblent peu à peu renaitre de leurs cendres après une absence de plus de 6 ans des grandes compétitions internationales. Si le départ de Ronald Koeman pourrait changer les choses, les Oranje jouent mieux que la plupart de leurs rivaux européens. Une habitude entreprise au début des années 70, sous l’influence de Rinus Michels et du football total. De son côté, l’Ajax a ébloui l’Europe par ses ambitions et son jeu, remettant en lumière l’affection néerlandaise pour le romantisme. Avec, encore une fois, un échec à l’arrivée. Les Pays-Bas ou l’art de révolutionner le football sans en récolter les fruits, retour sur l’une des plus belles équipes de l’histoire.

LES ORIGINES

Dans son ouvrage La Pyramide inversée, le journaliste Jonathan Wilson définit Jack Reynolds comme le père fondateur du football néerlandais. Arrivé pour la première fois à l’Ajax en 1915, ce dernier passera 25 ans au club, durant trois périodes distinctes. A l’époque, il déclare déjà « Pour moi, l’attaque est et demeure la meilleure forme de défense ». Reynolds pose ainsi les bases d’un jeu offensif voué à durer. Cela tombe bien, c’est avec un certain Rinus Michels sous sa tutelle qu’il revient à l’Ajax pour un ultime passage en 1945…

Un projet amené à subsister, car un autre entraineur anglais, Vic Buckingham, amènera de la suite dans les idées ; un jeu basé sur la possession – à l’opposé du « kick and rush » anglais en vogue à l’époque – et sur l’intellect, des manières de procéder compatibles avec les convictions du club. Durant son premier passage, l’Ajax remporte le championnat lors de la saison 1959/60. Son retour en 1964 est moins couronné de succès, il est licencié en janvier 1965. Mais qu’importe, son remplaçant est tout trouvé : Rinus Michels prend les commandes du club de la capitale, le 22 janvier 1965.

Reynolds and Buckingham: The Englishmen who built Ajax | Daily Mail Online
Source : Daily Mail

AJAX : MICHELS L’ENTRAINEUR

Ancien attaquant de l’Ajax Amsterdam, club dans lequel il a joué 12 ans, Michels, héritier de Reynolds, semble prédisposé à un football offensif. Et, comme Reynolds en son temps, Marinus Jacobus Michels est connu pour sa discipline de fer. En effet, au-delà même de sa vision du football, c’est par son professionnalisme, son sérieux et sa vision avant-gardiste que le néerlandais va se démarquer. Lorsqu’il prend en main le club, l’Ajax est à la peine en championnat et doit lutter férocement pour se maintenir dans l’élite. Lancé dans une quête de modernisation, il réussit à faire passer sous statut professionnel tous les joueurs de l’équipe en deux ans. A l’entrainement, les joueurs effectuent plus de travail avec le ballon, en vue de renforcer leurs compétences techniques. Michels entend également poursuivre un processus lancé avant lui, « le football des habitudes », défini comme tel par Buckingham. Des groupes de joueurs intelligents, qui savaient parfaitement quand et comment se trouver et se situer par rapport à leurs coéquipiers. Ce n’est pas un hasard si Sjaak Swaart, recordman du nombre de matchs joués pour l’Ajax déclara plus tard « Quand je voyais Suurbier monter devant, je savais que je devais reculer : personne n’avait à me le dire ». Des joueurs habitués à jouer ensemble pour un rendu le plus optimal possible.

Les résultats sont visibles ; en plus de se maintenir, l’Ajax signe très vite d’excellentes performances sur la scène européenne, avec notamment une large victoire 5-1 sur Liverpool dès 1966. Les ajacides se hisseront également en finale de C1 en 1969, pour une défaite amère 4 buts à 1 face à l’AC Milan. Sur le plan national, ce sont 4 championnats qui sont remportés entre 1966 et 1970. Le passage du 4-2-4 au 4-3-3 en 1971, probablement occasionné par la lourde défaite deux saisons plus tôt face au club lombard ou la résistance montrée par le Feyenoord, permet à Michels et à l’Ajax de remporter la Coupe des clubs champions en 1971. Le club remportera les deux éditions suivantes, mais sans Michels, parti au Barça et remplacé par Kovacs, qui utilisera la même tactique. Alors, si les résultats ne sont qu’une finalité, il convient d’expliquer la façon de jouer et de parvenir à eux…

LE FOOTBALL TOTAL

Johan Cruyff : qu'est-ce que le football total, inventé par le footballeur  néerlandais ?
Source : RTL

Le football total, totaalvoetball en VO, se caractérise en premier lieu par un pressing très intense lancé par toute l’équipe. L’adversaire est pourchassé dès qu’il touche le ballon. Ce pressing est directement coordonné au piège du hors-jeu, orchestré par le libéro (à l’Ajax Vasovic puis Blankenburg) qui lance le signal à toute l’équipe, sachant à la perfection quand et comment mettre les attaquants adverses en position illicite. Ce même libéro vient s’implanter au milieu de terrain quand le ballon est récupéré, transformant le 4-3-3 en 3-4-3. La ligne défensive est ainsi placée très haut sur le terrain, de manière à réduire l’espace possible d’expression des adversaires. A contrario, lorsque l’équipe est en possession du ballon, situation privilégiée, il faut agrandir au maximum l’espace, la clé du système. Ces espaces sont créés par des joueurs sans cesse en mouvement aux déplacements et aux transmissions dévastateurs pour l’adversaire, dont le bloc à vocation à exploser. Des grosses capacités physiques sont requises, incitant Michels à devenir l’un des pionniers du recrutement d’experts en préparation.

A lire : Retour vers le futur à Amsterdam

Ainsi, les attaques se font en masse. Des permutations constantes dans la longueur des joueurs d’axe entre eux et des joueurs de côté entre eux apparaissent pour fluidifier le jeu. Cette fluidité, essentielle, couplée à l’habitude déjà évoquée précédemment permet de développer aisément la polyvalence des joueurs. Par exemple, les permutations entre Cruyff et Neeskens ont amené ce dernier, milieu défensif de formation, à finir nombre d’occasions comme un vrai attaquant de pointe. L’interchangeabilité des postes et des circuits de passes amène une grande incertitude chez l’adversaire. Au-delà de cette exigence tactique, les néerlandais sont aussi experts de l’art des choses simples comme la passe ou la frappe. Enfin, même s’il serait réducteur de dire que l’Ajax et les Pays-Bas s’appuient sur un seul homme, l’apport de Cruyff magnifie complètement l’équipe. Tel un deuxième entraineur sur le terrain, le triple vainqueur du Ballon d’Or, capitaine en club et en sélection et symbole de cette génération dorée régule son équipe. Il se déplace où il le souhaite, aide ses partenaires à se situer selon sa vision du jeu et donne le ton de l’équipe. Son coéquipier Ruud Krol le définit par ailleurs comme « un génie qui pouvait décider seul de l’issue d’un match ».

L’ÉCHEC DE LA SÉLÉCTION

Rétro - Pays-Bas 74, orange mécanique - France Football
Source : France Football

Arrivé au début de l’année 1974 à la tête de la sélection, Rinus Michels n’a que peu de temps pour préparer la Coupe du monde 1974, la première à laquelle les Pays-Bas participent depuis l’après-guerre. Fort heureusement, son effectif est composé de plusieurs de ses anciens joueurs à l’Ajax, de Johan Cruyff qui l’avait accompagné au Barça et de nombreux joueurs du Feyenoord, équipe rivale de l’Ajax s’inspirant de ses principes. Le football total peut donc facilement être mis en place pour la plus belle des compétitions internationales.

Les Oranje entament parfaitement la compétition en remportant leur match d’ouverture face à l’Uruguay 2-0. Un nul contre la Suède et une raclée infligée à la Bulgarie plus tard et les néerlandais accèdent au deuxième tour, finissant premiers de leur groupe. Dans un groupe beaucoup plus relevé composé de la RDA, de l’Argentine et du Brésil, les Pays-Bas vont écraser toute concurrence, ne concédant aucun but et remportant entre autres une incroyable victoire 4-0 sur l’Albiceleste, avec notamment un doublé de leur numéro 14. En finale, les néerlandais affrontent le pays organisateur, la RFA. Malgré l’ouverture du score de Neeskens, les Pays-Bas s’inclineront 2-1. Une finale qu’ils n’auraient jamais dû perdre selon de nombreux experts. Comme la Hongrie en 1954, la plus belle équipe du tournoi s’incline en finale contre la RFA… 4 ans plus tard, la sélection échouera à nouveau en finale, cette fois-ci sans Cruyff ni Michels, contre l’Argentine du romantique Menotti. Fort heureusement, les Pays-Bas seront enfin récompensés par un trophée, l’Euro 1988 pour lequel Michels accepta de reprendre du service. En Coupe du Monde, le théorème « jamais deux sans trois » s’appliqua pour une autre défaite en finale, cette fois face à l’Espagne.

C’est ainsi que s’achève le récit de l’une des plus belles équipes de l’histoire, sans aucun doute la plus marquante des années 70. Un projet lancé bien des années auparavant, mis en forme par des anglais bousculant les codes du jeu et perfectionné par des néerlandais symboles d’une nouvelle génération. Le point de départ du football moderne, incarné essentiellement par un entraineur autoritaire et un génie avant-gardiste au numéro 14 floqué sur le dos.

Sources : La Pyramide Inversée – Jonathan Wilson https://www.sofoot.com/rinus-et-cortex-168967.html https://www.youtube.com/watch?v=6Df0FpXBdaw

4 commentaires sur « L’âge d’or des Pays-Bas »

  1. « Petit » pays par la taille ,,mais immense de part sa culture footballistique
    Hormis une période de disette (début des années 80 ) ,Les hollandais volants…n’ont cessé d’être protagonistes et novateurs dans le jeu .
    Les Pays-Bas ont toujours eu cette volonté de créer et de dominer l’espace !
    le mouvement permanent ,la créativité individuelle au service du collectif sont dans leur ADN .
    Peter Bosz ,Éric Ten Hag sont les derniers (dignes) héritiers de cette lignée de techniciens délicieux ….

    Aimé par 1 personne

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