Gabriel Heinze, que retenir de ses débuts d’entraineur ?

Sur le terrain, Gabriel Heinze a eu une remarquable carrière. Newell’s, le Paris Saint-Germain, Manchester United, le Real Madrid, l’Olympique de Marseille ou encore l’AS Roma ont pu compter sur les précieux services de cet ancien robuste défenseur central argentin. Depuis sa retraite prise du côté de l’Estadio Marcelo Bielsa (stade des Newelll’s Old Boys), il a enfilé le costume d’entraineur pour suivre les pas d’El Loco qu’il considère comme son « père footballistique ». Pour l’instant, Gabi Heinze n’a pas encore su conquérir leur pays d’origine. Est-il tout de même à la hauteur ?

Retraité en 2014, sur un banc en 2015, rumeurs l’envoyant à l’OM en 2018 et démission de Vélez, son troisième club entrainé, en 2020. Dire que tout va très vite dans la carrière de coach de Heinze est un euphémisme. Il effectue ses premiers pas d’entraineur à la tête de Godoy Cruz où il se fait limoger après onze petits matchs. Ce fiasco n’effraie ni l’ancienne idole du Vélodrome ni les dirigeants d’Argentinos Juniors, alors en deuxième division, qui l’enrôlent à l’été 2016. Pari réussi car en plus de la montée, le club se voit complètement restructuré par Heinze. La Nación parle même de Révolution du côté de Buenos Aires. Formation, diététique ou encore séances vidéos, tout y passe, à l’instar de la vision de Bielsa. Egalement comme lui, il ne semble pas aimer prendre racine dans les clubs puisqu’il le quitte seulement un an après son arrivée. Un nouvelle fois aucun mal à retrouver un banc puisqu’il reste dans la capitale argentine pour entrainer Vélez Sarsfield.

DES SIMILITUDES AVEC BIELSA

C’est à Vélez qu’il va réellement connaitre le haut niveau argentin. C’est également là-bas qu’il va pouvoir médiatiser sa philosophie de jeu. Il officie du côté de Vélez de décembre 2017 jusqu’en mars 2020 pour un total de soixante-dix rencontres Un bilan plutôt positif avec 31 victoires, 21 matchs nuls et 18 défaites en faisant passer le club d’une triste dix-neuvième place à une inespérée troisième. Malgré cela, il décide de démissionner à la surprise générale. Cette démission, annoncée lors d’une conférence de presse qui semblait anodine à première vue, n’est pas le seul point commun avec son mentor Marcelo Bielsa. Rémi Dendani et La Grinta ont même noté les 5 filiations entre Heinze et Bielsa. Dans ce papier sont classés distinctement « rigueur et jeu protagoniste », « manière et principes », « Newell’s Old Boys », « médias » et enfin « amour fou ».

Damian Giovino explique, dans cet article, que « Heinze ne parle pas individuellement avec la presse. Il est très réticent au journalisme. Il a ses raisons : il a l’impression que les journalistes cherchent seulement à polémiquer et à parler de sujets frivoles, pas de football. Pour lui, très peu de journalistes sont vraiment formés, et s’ils le sont, ils poursuivent d’autres intérêts pour remplir les pages ou les programmes et ainsi, vendre ». Une des grandes similitudes avec son mentor Marcelo Bielsa. Ce dernier est également précautionneux pour s’exprimer individuellement devant les journalistes. Cependant, il n’est pas rare d’assister à de véritables cours tactiques de Gabriel Heinze lorsque celui-ci se trouve en conférence de presse. Rémi Dendani, une nouvelle fois, a d’ailleurs réalisé une série de vidéos de ces cours pas si improvisés.

Lucas Vitantonio, journaliste argentin voit une autre similitude entre Bielsa et Heinze. Celle-ci se situe dans la méthode de travail : « Chaque entraînement est un véritable laboratoire tactique dans lequel il inculque avec la passion et la persévérance d’un scientifique chacun de ses schémas tactiques ». Giovino, lui, explique que le disciple d’El Loco « peut passer des heures, des heures et des heures enfermé devant son ordinateur ou sa télévision à regarder plusieurs fois un match de son équipe, analyser les rivaux, planifier des entraînements ». Comme nous l’avons préalablement précisé, celui qui est surnommé Gabi pense que la réussite de l’équipe première passe obligatoirement par le professionnalisme de l’ensemble des structures du club.

UN JEU PROTAGONISTE

Souvent positionnées en 4-2-3-1, les équipes de Gabriel Heinze offrent un spectacle de jeu entre rigueur tactique et créativité dynamique. Déjà quelque peu mis en place du côté des Argentinos Juniors en Primera B, son jeu a réellement pu s’organiser à la tête de Vélez Sarsfield. Les préceptes sont, une nouvelle fois, proches de ceux de Marcelo Bielsa. Des similitudes mais ne parlons pas de mimétisme, El Gringo ne veut pas copier El Loco. Le style du premier est fait de construction rapide toujours vers le but adverse. Les passes sont vives, au sol, ce qui permet d’apporter un supériorité numérique dans le camp adverse. Sur la vidéo ci-dessous, nous pouvons voir lors de la première séquence que ce sont les milieux qui apportent le surnombre pour se retrouver à trois contre deux dans la surface.

Les deux séquences suivantes sont intéressantes pour comprendre la manière de presser du Vélez de Gabriel Heinze. Soit le porteur de balle est attaqué lorsque celui-ci attend le ballon (deuxième séquence) soit la récupération se fait en coupant les lignes de passes adverses (troisième séquence). On voit dans ces deux extraits que dès le cuir récupéré il est projeté très vite vers l’avant. La profondeur est immédiatement recherchée, le milieu est compact et les ailiers sont en perpétuel mouvement. Ce sont d’ailleurs ces deux postes qui sont primordiaux dans la récupération voulue par l’entraineur. Sur la quatrième vidéo, on peut apercevoir une séquence de passes où celles-ci sont parfois risquées mais sont toujours recherchées.

Le reste de la vidéo est extrait de la victoire de Vélez face à Colón (3-1) en décembre dernier. Lors de ce match, les hommes de Pablo Lavallén on exercé une grosse pression sur ceux de Gabriel Heinze. Pour s’en défaire, ces derniers ont accumulé les séquences de passes courtes tout en étirant au maximum le bloc adverse. Les relances impulsées du gardien ou des défenseurs sont également courtes est toujours vers l’avant. Durant ces quelques attaques placées, on peut apercevoir de nombreuses permutations des joueurs dans le camp adverse.

UNE GRANDE DEMANDE D’EFFORTS

A la tête du club d’Argentinos Juniors, il termine avec la meilleure attaque de seconde division mais également avec la meilleure défense. Point plus intéressant car on pourrait croire qu’il ne veut qu’attaquer tout en déséquilibrant complètement son bloc. Cela arrive parfois, notamment en Primera avec Vélez où les adversaires sont meilleurs. Cependant, dans la majorité des rencontres, Heinze demande à son équipe d’attaquer tout en portant un intérêt majeur à la défense. Celle-ci s’établit en premier lieu avec le pressing montré précédemment, preuve que le jeu protagoniste voulu est également le cas en phase défensive. Il voit cependant les défenseurs comme les premiers attaquants et avoue choisir ses centraux par rapport à leurs caractéristiques balle au pied.

Cependant, s’il demande à ses défenseurs d’être aussi énergiques que techniciens, c’est le cas pour tous les autres joueurs. Interrogé par un journaliste sur sa façon de faire évoluer techniquement chaque joueur individuellement en plus du travail tactique qui lui est si cher. A cette question il répondit d’abord par une autre : « Pourquoi n’aurions nous pas le temps » avant d’expliquer que « ce qu’il faut faire, c’est travailler la technique dans des situations de match ». Il prend l’exemple des espaces réduits pour « améliorer l’aisance balle au pied » des joueurs « parce que dans ces situations, si vous avez le ballon, l’adversaire se dirige obligatoirement vers la balle ». Une leçon adressée au parterre de journalistes face à lui qui fait écho à celles données par Bielsa partout où il passe.

Vous l’aurez compris, Gabriel Heinze ressemble énormément à son « père footballistique ». Comme lui, il est n’est pas impossible de le voir, un jour, entrainer en France. Cela se fera-t-il du côté de l’Olympique de Marseille ? C’est en tout cas la piste la plus logique quand on connait l’excellent souvenir qu’il a laissé du côté de la cité phocéenne. A l’instant où nous écrivons ces lignes, Gabi n’a pas retrouvé de banc après sa démission de Vélez. Cette situation ne devrait pas durer indéfiniment après avoir vu ses deux dernières expériences professionnelles. Si la prochaine est en France, libérez d’ores et déjà vos week-ends pour regarder ses matchs, ainsi que les jours précédents pour assister à ses conférences de presse.

Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

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