Dall’Oglio et son Breizhil

En cette particulière fin d’année 2020, les mastodontes européens n’en finissent plus d’ennuyer les amoureux de football. Du Manchester City de Guardiola qui semble à bout de souffle au FC Barcelone de Koeman qui n’a pas encore trouvé la bonne formule en passant par le Paris Saint-Germain de Tuchel qui allie jeu insipide et défaites successives.

Les raisons sont multiples comme la multiplication d’échéances importantes, notamment en Coupe d’Europe. Cependant, cela sourit aux équipes qui malgré de plus petits budgets arrivent à jouer avec des idées. On peut noter Sassuolo de l’autre côté des Alpes ou Everton outre-Manche. Malgré ses nombreuses imperfections, l’élite française voit également certains effectifs être sublimés par la philosophie du club. Nous avons déjà consacré des papiers sur celles de Claude Puel et Christian Gourcuff. Nous pouvons rajouter à celles-ci le RC Lens de Franck Haise qui, par le pressing, impressionne la Ligue 1. L’autre équipe qui met les amateurs de ballon rond dans sa poche cette saison est le Stade Brestois d’Olivier Dall’Oglio.

A lire : Dall’Oglio, le vent de fraicheur

L’AMOUR DU RISQUE

(Source : beinsports.com)

Que ce soit le Dijon FCO d’il y a quelques saisons ou l’actuel Stade Brestois, il n’y a pas à dire, les équipes de Dall’Oglio aiment prendre des risques. Parfois, cela tourne mal comme les revues face à Nantes (3-1) ou Strasbourg (0-3) en octobre dernier. Cela tourne quelquefois bien plus mal comme en décembre 2018 où il se voit limoger de son poste au DFCO. Cependant, il ne faut pas oublier les nombreuses fois où ses formations nous ont enthousiasmés. Les deux derniers matches du Stade Brestois en Ligue 1 font partie de ceux-ci. Une victoire face à l’ogre lillois trois buts à deux après avoir mené 3-0 et une fessée collée aux bien tristes stéphanois sur le score cinglant de 4-1. Les pirates du stade Francis Le Blé ont concédé des buts évitables lors de ces deux rencontres mais en ont marqué à chaque fois plus que leurs adversaires et c’est ce qui leur importe. « Ce n’est pas commun de continuer à attaquer malgré les buts, avoue-t-il. C’est risqué. Il faut savoir prendre des risques ».

Gautier Larsonneur n’est plus aussi impérial que la saison dernière dans les cages mais il peut compter sur ses coéquipiers offensifs pour faire oublier ses quelques erreurs. Parmi ceux qui font oublier les errements défensifs du Stade Brestois on retrouve Romain Faivre véritable maître à jouer de l’équipe, Romain Perraud qui anime parfaitement son couloir gauche, Irvin Cardona, monsieur top but du SB29 ou encore Jean-Kévin Duverne qui tente de relancer proprement dans toutes les situations. Ce dernier réalise ce que Dall’Oglio demande. Orphelin d’Ibrahima Diallo, Duverne peine davantage à toucher Paul Lasne ou Haris Belkebla qui composent le double pivot breton mais continue à relancer court dans les circuits préférentiels de l’entraineur. L’amour du risque.

Un risque oui mais pas si inconsidéré que cela. En effet, l’entraineur français fait énormément travailler ses équipes dans le secteur défensif. « Je veux faire progresser mon équipe au niveau défensif, dit-il, j’ai besoin de la renforcer. Qu’elle récupère les ballons rapidement, qu’elle soit solide défensivement ». Malgré cela, les buts encaissés par ses équipes sont beaucoup trop nombreux, en témoigne la dernière place au classement des défenses de ce début de championnat. Le principal défaut de Brest est la gestion des coups de pieds arrêtés adverses qui représentent neuf des vingt-trois buts pris. Dans le jeu également la défense est perméable et si on loue la qualité de relance de Duverne on peut également remettre en cause son niveau sans ballon. Il n’est toutefois pas aidé par le fait d’être rarement aligné avec le même central à côté de lui entre Chardonnet (six apparitions) et Hérelle (cinq) ou encore Brassier qui a rendu une belle copie pour son premier match face à Saint-Etienne.

RIGUEUR TACTIQUE…

(Source : letelegramme.fr)

A coup de visionnage vidéo et séance d’entrainement où le rondo est roi, Olivier Dall’Oglio a à coeur de développer sa philosophie de jeu pour permettre au Stade Brestois d’être l’équipe la plus protagoniste de chaque match. Monaco, Lille ou Saint-Etienne ont fait les frais de cette formation proactive. La victoire face aux Verts a d’ailleurs fait dire au technicien originaire d’Alès que son équipe « a joué comme on voulait ». Il décrypte cette volonté en expliquant : « Aujourd’hui, il faut de la variété, développer ce côté imprévisible pour déstabiliser l’adversaire ». Pour ce faire, quelques points sont primordiaux pour appréhender la rigueur tactique de son 4-2-3-1 malléable en 4-4-2 sans ballon.

C’est cependant avec le ballon que le Stade Brestois est le plus intéressant. Nous pouvons noter comme points centraux de la tactique : les relances courtes, le jeu sur les côtés et celui créé par les joueur axiaux. La phase de relance bretonne est l’une des plus intéressantes à analyser en Ligue 1 d’ailleurs seuls Navas et Benitez relancent plus court que Larsonneur cette saison. Les circuits de relance sont aussi nombreux que différents. Il est possible de voir les défenseurs centraux écartés pour permettre aux latéraux de monter. Auquel cas, il n’est pas rare de voir l’un des deux milieux du double pivot redescendre entre les axiaux laissant le second milieu comme relai préférentiel plus haut. Jean-Kevin Duverne est le joueur le plus touché lors de ces relances, en témoigne son pourcentage de 59 passes par match (pour une réussite de plus de 80%). Dès la relance, la largeur est créée par le bloc rouge et blanc obligeant celui adverse de s’écarter au maximum.

C’est donc ici qu’interviennent les latéraux. Ceux-ci ont le champ libre dans leur couloir grâce aux ailiers rentrés dans l’axe. Cependant, il est intéressant de souligner que l’arrivée de Franck Honorat sur l’aile gauche restreint d’avantage les montées le long de la ligne de Ronaël Pierre-Gabriel. Celui-ci n’en semble pas gêné et apporte parfois son soutien dans l’axe. Cet axe pourrait paraitre surchargé avec au minimum trois joueurs mais cela permet davantage de choix de passes à Romain Perraud qui comptabilise déjà quatre passes décisives dans son couloir droit en plus de ses trois buts. Steve Mounié et Irvin Cardonna ont été alignés ensemble devant dernièrement au détriment de Gaëtan Charbonnier. La liberté de Romain Faivre est alors accrue pusqu’il peut s’appuyer dos au jeu sur le premier ou lancer le second en profondeur. Le troisième a, lui, tendance à trop dézoner et à ne pas assez créer d’espaces exploitables.

… MAIS FOOTBALL PLAISIR

(Source : francebleu.fr)

Une rigueur tactique chère à Oliver Dall’Oglio et son staff mais qui ne restreint pas les joueurs. Ceux-ci sont conscients de l’importance des préceptes travaillés maintes et maintes fois à l’entrainement et des précieux conseils de l’entraineur. Franck Honorat dit à ce propos : « Il travaille beaucoup sur les petits détails. Par exemple, sur les placements, il est très pointilleux ». Malgré cette intransigeance, les joueurs trouvent beaucoup de satisfaction sous ses ordres comme c’était le cas à Dijon. Cela passe évidemment par le terrain où on peut voir en moyenne 3,81 buts par match ! Le stade Francis Le Blé est friand de beau jeu et malgré le huis clos actuel on ne doute pas que les supporters brestois sont heureux devant leur télévision tous les week-ends.

Ce plaisir est la quête première de l’entraineur. Dans un entretien radio, il s’exprime sur ce divertissement dans une période particulière. Il explique d’abord que malgré les buts encaissés, le risque était mûrement réfléchi entre lui et ses adjoints. Vient ensuite la partie que l’on qualifiera une nouvelle fois de vent de fraicheur : « Il y a autre chose qui a joué dans la décision [de continuer à attaquer] c’est qu’on est aussi dans une période difficile. C’est à dire un contexte général. Moi personnellement, quand je m’assois chez moi et que je regarde un match, j’ai pas envie de m’ennuyer donc j’ai pas envie d’ennuyer les autres non plus. Il faut chercher à avancer, à faire du spectacle, à marquer des buts et à nous d’être meilleurs derrière ». Oubliez Messi, Neymar ou Ronaldo, les vrais vendeurs de rêve jouent pour le « Breizhil ».

Un plaisir disparu pour ceux qui ne regardent que les grandes équipes européennes. Celles-ci nous servent actuellement des plats assez indigestes dans une période délicate. Des clubs parfois impactés par l’épidémie de Covid-19, jouent dans des stades privés de supporters. Des amoureux de football qui peuvent également être touchés par la maladie. Les entraineurs ayant le même goût qu’Olivier Dall’Oglio pour le spectacle sont trop rares dans un football dominé par la marasme social. En attendant les évolutions sanitaires, ne nous lassons pas des montées incessantes de Romain Perraud, bien lancé par Jean-Kevin Duverne, pour arriver dans les pieds d’Irvin Cardona qui nous gratifiera d’un nouveau bijou. Debout dans sa zone technique, sourire aux lèvres, l’entraineur brestois pourra être fier et saura rendre les téléspectateurs heureux.

Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

3 commentaires sur « Dall’Oglio et son Breizhil »

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