Dennis Bergkamp, l’aérodromophobe qui planait sur les années 90 et 2000

À l’heure où les statistiques ont pris une place prépondérante dans le football moderne, ces dernières éclipsent parfois l’élégance dont peut disposer ce sport fabuleux qu’est le football. Mais qu’est ce vraiment que l’élégance sur un terrain et comment la définir chez un footballeur ? Dribbles chaloupés, inspirations géniales, intelligence d’exécution, vista ou encore création d’espaces par des contrôles de balle venus d’ailleurs ? La réponse doit être un subtil et doux condensé de toutes ces caractéristiques. Cela tombe bien, car un joueur des décennies 90 et 2000 a ébloui la planète foot de par son élégance dans le rectangle vert. Cet homme, ou du moins cet artiste, n’est autre que Mister Dennis Nicolaas Maria Bergkamp.

L’ENFANCE ET LA FORMATION AMSTELLODAMOISE 

Le jeune Dennis naquit le 10 mai 1969 dans la banlieue d’Amsterdam. Il grandit dans une famille modeste issue d’un quartier ouvrier. Comme souvent dans ces quartiers, le football est souvent plus qu’un sport. Dans la famille Bergkamp, le ballon rond est élevé au rang de seconde religion dans cette famille catholique. Le père, Tonnie, est un joueur de football amateur et étant un grand fan de Denis Law, il décide d’appeler son fils Dennis, en référence au célèbre attaquant écossais. Dans cet univers régi par le football, le jeune Bergkamp cultive son talent avec le cuir en s’inspirant de son modèle, Glenn Hoddle. L’international anglais est notamment passé par Tottenham et l’AS Monaco, où il était coaché par Arsène Wenger, un coach que l’on risque de recroiser dans ce portrait.

A lire : Retour vers le futur à Amsterdam

Joueur élégant sur le terrain, Hoddle n’a jamais eu une grande carrière même si tous les coachs qui ont eu la chance de l’entraîner estimaient que son talent aurait pu et aurait dû le mener bien plus haut. Bergkamp intègre le centre de formation de l’Ajax Amsterdam dès ses 11 ans, et y fait toutes ses classes sous l’égide d’un certain Johan Cruyff. Formaté au beau jeu et au Football Total initié par cette légende, c’est justement son mentor feu Johan Cruyff qui va le lancer dans le grand bain le 14 décembre 1986 face à Roda alors que le jeune Dennis n’a que 17 ans.

L’EMERGENCE D’UN TALENT DE FINISSEUR 

Bergkamp marque son premier but en professionnel seulement deux mois plus tard face à Harleem. Dès ses premières saisons, le natif d’Amsterdam montre de belles dispositions dans le jeu tout en travaillant ses talents de finisseur. Ces derniers se montreront à leur paroxysme lors de ses trois dernières saisons dans la capitale néerlandaise. En 1990-91, Bergkamp n’a que 21 ans et est déjà co-meilleur buteur d’Eredivisie, aux côtés d’un certain Romario, grâce à ses 25 pions en 33 matchs. Les deux saisons qui suivent, le titulaire indiscutable de l’attaque ajacide plante 24 puis 26 buts dans le championnat hollandais.

Des performances de futur grand buteur qui permettent à la pépite oranje d’être élu footballeur néerlandais de l’année en 1992 et en 1993, au milieu de légendes comme Gullit ou Van Basten. Sur le plan collectif, Bergkamp est champion des Pays-Bas en 1990, vainqueur de la coupe des vainqueurs de coupe en 1987 et double vainqueur de la coupe des Pays-Bas en 1987 et 1993. Un dernier trophée pour ponctuer un début de carrière de très bonne facture dans son club de coeur. 122 buts plus tard dans sa ville natale, il est temps pour Dennis de prendre son envol. Un dernier conseil de son mentor Cruyff, et voilà que Bergkamp s’envole pour Milan pour rejoindre l’Inter.

(Source : Who Ate all the Pies)

LE FIASCO DANS LE CALCIO

L’adaptation dans le championnat italien se fait difficilement pour Bergkamp. Certes, il marque au bout de quelques matchs à l’issue d’une victoire face à Cremonese, mais le jeu élégant dont dispose l’ancien ajacide dénote fortement avec le football rugueux qui règne dans le Calcio des années 90. Bien moins physique que ses aînés Gullit ou Rijkaard, Dennis n’y arrive pas dans une attaque où il figure souvent aux côtés de Sosa et Toto Squillaci. Malgré ses huit buts en championnat, la saison du hollandais est à l’image de celle des Nerrazzuri. Treizièmes de Serie A, les Interistes parviennent tout de même à réaliser une vraie performance sur la scène européenne en remportant la coupe de l’UEFA.

La saison 1994-95 est un véritable calvaire pour l’Inter et Bergkamp qui réalise très probablement la pire saison de sa carrière. Sur le terrain, celui qui avait une réputation de buteur fiable réalise une saison à cinq buts en 26 matchs sous le maillot de l’Inter. Malgré tout, c’est l’univers extra-sportif qui va définitivement consumer le divorce entre Bergkamp et l’Italie. Raillé pour ses performances insuffisantes, le natif d’Amsterdam ne s’est jamais adapté tant au jeu qu’à la vie italienne. La star néerlandaise développe alors une relation conflictuelle avec les médias et les supporters italiens qui le prennent en grippe pour sa timidité alors interprétée comme de l’arrogance ou de l’antipathie. La signature de Mauricio Ganz en fin de saison sonne le glas de l’aventure milanaise pour Dennis Bergkamp qui décide alors de rallier Arsenal, club où il marquera les plus belles pages de sa carrière.

L’ELEGANCE AU SERVICE DE LA LÉGENDE CHEZ LES GUNNERS

A son arrivée, le Batave est la recrue la plus chère de l’histoire d’Arsenal. C’est un nouveau départ pour Bergkamp qui, après les Pays-Bas et l’Italie, découvrait là son troisième championnat à seulement 26 ans. Il rejoint le club londonien alors en déclin depuis de trop nombreuses années et en quête d’un renouveau. La première saison est expérimentale pour celui qui est désormais la figure de proue du projet des Gunners. Il crée un début d’alchimie intéressant avec Ian Wright et commence à faire rêver Highbury par quelques gestes de génie.

Bien acclimaté au championnat anglais, la carrière de Bergkamp en terres anglais prend un tournant le 30 septembre 1996 avec la nomination d’Arsene Wenger. C’est sous la houlette du coach alsacien que Bergkamp va devenir le joueur élégant par excellence. Le jeu offensif prôné par Wenger correspond parfaitement aux qualités de l’ancien intériste qui va commencer à gratifier le monde du football de son talent et de son élégance tellement rares. Lors de ses deux premières saisons avec l’ancien coach de Monaco, Bergkamp va offrir vingt caviars à Ian Wright et consorts. Lors de la saison 1998-1999, avec la légende anglaise d’Arsenal partie, Bergkamp assume ses responsabilités et porte les Gunners avec ses 12 buts et 13 passes décisives. L’histoire de Bergkamp à Arsenal va connaître un nouveau tournant à l’été 1999 avec l’arrivée de la jeune pépite française, Thierry Henry.

HENRY-BERGKAMP, DUO ICONIQUE

Comment ne pas évoquer la carrière de Dennis Bergkamp sans évoquer sa complicité sur le terrain avec Thierry Henry ? Une combinaison parfaite entre l’esthétisme du jeu et l’efficacité, dont l’histoire est belle. À l’arrivée du jeune Henry, Wenger veut utiliser celui-ci au plus proche du but, contraignant Bergkamp à jouer encore plus reculé sur le terrain, en position de meneur de jeu. Dans son nouveau rôle, il va devenir le parfait relais entre le milieu et l’attaque, de par ses passes flamboyantes,  ses dribbles fous et son incroyable vision du jeu. Encore mieux, son entente étincelante avec Henry mènera les Gunners dans une période dorée. Se trouvant comme cul et chemise, le duo était magistral. Les deux compères se comprenaient et s’anticipaient, comme si la nature avaient fait que ces deux joueurs étaient des âmes soeurs du football. Le tout pour le plus grand bonheur des Gunners et de Wenger, car en 7 saisons au total avec le duo, autant de trophées remportés et 265 buts inscrits à eux deux, avec en apogée le titre de Premier League sans concéder une défaite en 2003-2004. 

A lire : Les invincibles Gunners, succès et duo légendaire

(Source :TheMirror)

Si la saison de Bergkamp, 35 ans cette année-là, peut être vue comme décevante (4 buts, 7 passes décisives), le maestro batave est néanmoins l’un des hommes clés du titre doré d’Arsenal. Omniprésent dans le jeu londonien, il est à l’origine de nombreux buts en étant à l’avant dernière passe, toute autant décisive. L’idylle du Prince d’Highbury avec les Gunners prend fin en 2006, après l’immense déception de la finale de la Ligue des Champions 2006 perdue contre le Barça de Rijkaard. Son jubilé est organisé contre l’Ajax le 22 juillet, où notamment des légendes des deux clubs telles que Cruyff, Van Basten, Vieira ou encore Wright s’affrontent.

LE GESTE : LA PIROUETTE CONTRE NEWCASTLE 

S’il fallait retenir un geste de Bergkamp parmi tant d’autres, ce serait celui face à Newcastle le 2 mars 2002. A la réception d’une passe de Pirès, le prodige néerlandais fait un contrôle orienté du pied gauche vers la droite, se retourne de l’autre côté et effectue l’un des grands ponts les plus humiliants de l’histoire sur le malheureux Nikos Dabizas. Comme si ça ne suffisait pas, Bergkamp finit son chef d’oeuvre sur un plat du pied d’une élégance simple. A l’aide d’un simple contrôle orienté comme il les aime, Dennis inscrit un but absolument monumental qui est décrit encore aujourd’hui par beaucoup comme le plus beau de l’histoire du championnat. Rien que ça.

MAILLON FORT D’UNE GENERATION BATAVE MAUDITE

Bergkamp débute en sélection en 1990, aux côtés du fabuleux trio milanais, vainqueur de l’Euro 1988, Gullit-Rijkaard-Van Basten. Ses débuts sont virevoltants, avec 3 buts inscrits en 4 rencontres, dont un doublé face à Malte. Pour sa première compétition, lors de l’Euro 92, il inscrit deux buts en poules, un en demie face au Danemark mais voit, impuissant, le Danemark se qualifier en finale aux tirs aux buts. Le début d’une malédiction pour lui et sa sélection. Il finira néanmoins co-meilleur buteur du tournoi et figurera dans l’équipe type. 

Le Non-Flying Dutchman (appelé comme ça à cause de sa phobie de l’avion, avec un clin d’oeil à Johan Cruyff), encore dans sa période d’attaquant, continuera de planter des buts. 5 en 8 matchs d’éliminatoires de la Coupe du Monde 94, 3 en autant de matchs lors de cette Coupe du Monde (éliminé par le Brésil en quarts). Après la Coupe du Monde 94, Bergkamp va connaître une mauvaise passe, deux petits buts en 2 ans, et une élimination aux tirs aux buts face à la France lors de l’Euro 96. 

Son plus beau tournoi sera sans aucun doute la Coupe du Monde 98. Auteur d’un seul but en poules, Dennis va se montrer étincelant en huitièmes avec un but contre la Yougoslavie qui va lancer son équipe (victoire 2-1). En quarts contre l’Argentine, d’une belle remise de la tête il permet à Kluivert d’ouvrir le score. Il inscrira l’un des plus beaux buts du tournoi dans le même match, après un sublime enchaînement en fin de match dont lui seul a le secret. A la réception d’une sublime transversale de De Boer, Bergkamp réceptionne le ballon dans la surface d’un contrôle splendide, élimine le défenseur avec facilité et place un léger extérieur du pied en lucarne. Le tout dans les ultimes secondes du match. Qualifiant son équipe en demies, il va subir encore une fois une désillusion en perdant encore aux tirs au but contre le Brésil. 

Lors de sa dernière compétition internationale, à l’Euro 2000, après une énième défaite aux tirs aux buts en demie finale (contre l’Italie), Bergkamp annonce sa retraite internationale. Au total, 79 apparitions pour 37 buts, record national battu depuis par Kluivert, Huntelaar et Van Persie. Mais en dehors de cela, on se souviendra d’un illustre meneur de jeu extrêmement malchanceux en sélection.

Dennis Bergkamp, tout comme un de ses prédécesseurs Johan Cruyff, était le jeu. Un créateur hors pair doué du sens du but, préférant de loin la création, qui aura éclaboussé de son talent les années 90 et 2000. Son style de jeu, sa simplicité à trouver des espaces, à se défaire simplement d’un adversaire en auront marqué plus d’un, son ancien acolyte chez les Gunners Thierry Henry le premier. Ce dernier le gratifie de meilleur joueur avec qui il a joué, un éloge sublime quand on sait qu’Henry a côtoyé Zidane, Ronaldinho, Messi, Xavi.. Arsenal ira aussi de son hommage. Le club londonien lui a fait une statue en 2014 devant l’Emirates Stadium, le classant au même rang que Henry, Chapman et Adams en légende vivante du club.

Chemssdine Belgacem et Pierre Benard

Publié par pierrebenard

Étudiant en journalisme, je participe à un projet de classe sur un média social.

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