Les jeux FIFA sont-ils une bonne chose pour le monde du foot ?

En octobre, sortait le dernier opus de la saga FIFA. Cette série de jeux a détrôné PES depuis quelques années maintenant et s’est imposée comme le jeu vidéo de foot le plus populaire au monde. Depuis sa sortie, FIFA 21 est rapidement devenu l’un des jeux les plus achetés autour du globe. Cependant, depuis quelques années, de plus en plus de critiques apparaissent tant sur le « gameplay » (que l’on pourrait traduire par jouabilité, la façon de jouer) que sur l’évolution de certains modes de jeux. D’autres encore portent plutôt sur la manière dont les jeux FIFA auraient, au fil du temps, appauvri l’analyse footballistique. Alors penchons-nous sur ce jeu, sur l’exposition dont il dispose et sur son influence de l’analyse du football, afin de déterminer ce qu’il apporte éventuellement au monde footballistique.

UN JEU QUI TOUCHE LE GRAND PUBLIC

Malgré de belles ventes, la licence FIFA perd du terrain par rapport aux éditions précédentes.
(Source : S.E.L.L)

Commençons par dresser un constat difficilement contestable : les jeux FIFA touchent un grand public qui ne se limite pas aux amateurs de foot. Depuis sa création, la licence d’EA Sports s’est écoulée à plus de 280 millions d’exemplaires dans le monde. Ce nombre est inférieur à celui du public d’une finale de coupe du monde (516 millions pour France-Croatie par exemple) mais reste tout de même très important. En France, depuis plus de cinq ans, les différents jeux de la saga s’écoulent tous à plus d’un million d’exemplaires l’année de leur sortie, les plaçant ainsi en haut du classement des jeux les plus vendus en France. Selon un sondage effectué en 2018 par l’institut d’études YouGov, plus de 41% des Français sondés seraient « plutôt » ou « très intéressés » par le football. Ce nombre surpasse donc largement les ventes des jeux FIFA. Néanmoins, rappelons que plus de 50% des Français jouent régulièrement aux jeux vidéo et ne sont pas systématiquement attirés par le football. Ainsi, selon un sondage réalisé par l’Ifop, parmi les Français ayant déclaré jouer aux jeux vidéo, seuls 17% d’entre eux pratiquent les jeux de sport et, parmi eux, tous ne jouent pas à des jeux de football. Ces chiffres prouvent donc l’importance qu’occupent les jeux FIFA dans le monde du “gaming”

Par ailleurs, on peut ajouter à ces chiffres des exemples « plus ancrés » dans la vie quotidienne afin de témoigner de cette importance. Prenons le cas de plusieurs steamers de jeux vidéo très célèbres comme Squeezie ou encore Gotaga (respectivement 2,5 Millions et 2,7 Millions d’abonnés sur la plateforme de diffusion Twitch). Ces deux hommes ont, à de nombreuses reprises, diffusé leurs parties sur les jeux FIFA, particulièrement avec FIFA 21. En revanche, rien ne semble indiquer qu’ils ont un intérêt profond pour le football. On remarque même parfois qu’ils ne connaissent pas certains joueurs de football plutôt célèbres dans le monde du football mais peu connus du grand public. Ainsi, les jeux FIFA touchent un public ne se limitant pas aux amateurs de ce sport. On connaît tous, dans notre entourage, des joueurs amateurs qui apprécient jouer, occasionnellement ou plus régulièrement, aux jeux FIFA sans être particulièrement intéressés par le football. En ce sens, ces jeux peuvent propager l’intérêt du football chez des personnes peu ou pas touchées par le football avant FIFA. Les jeux permettent donc d’augmenter le nombre d’amateurs de football, ce qui est nécessairement une bonne chose pour le sport.

Les jeux FIFA permettent, en outre, de rester connecté au monde du football. Au regard de la forme de certains joueurs, de certaines équipes, des transferts… les utilisateurs de FIFA sont alors tenus au courant de ce qu’il se passe sur la « planète football ». De plus, ils peuvent découvrir de nouveaux joueurs, de nouvelles équipes grâce à ces jeux qui deviennent, en quelque sorte, des médias à part entière, des vecteurs de transmission et de publicité pour le football.

UNE STANDARDISATION DE L’ANALYSE ?

(Source : professeur-poteaux.com)

Néanmoins, certains joueurs de FIFA ont tendance à ne plus réellement regarder les matchs (ce constat peut s’étendre, plus globalement, à l’ensemble du milieu du football) tout en continuant à jouer au jeu d’EA Sports. Ainsi, l’analyse du football et de ses composantes n’est plus faite à partir du terrain mais plutôt des données fournies par EA Sports. Et c’est là que l’analyse du football se trouve biaisée. Certains s’en tiennent au fait que tel ou tel joueur est « en forme » dans FIFA pour penser que, sur le gazon, il a réalisé un bon match. Ceci étant dit, ce phénomène se retrouve dans l’analyse footballistique en général : on se contente de plus en plus des statistiques d’un joueur pour évaluer son niveau, sans regarder les matchs. Mais c’est un autre sujet. Dans FIFA, c’est EA Sports qui décide de la « forme » d’un joueur. Or les choix de l’entreprise suscitent régulièrement des débats, notamment sur les notes attribuées aux joueurs à la sortie du jeu. Ainsi, Diego Godin, 34 ans, est bien loin de ses meilleures années à l’Atlético. Pourtant il obtient une note de 85, soit autant que Serge Gnabry qui est, lui, en pleine force de l’âge et a réalisé une excellente saison avec le Bayern, ponctuée par le triplé Coupe-Bundesliga-Ligue des Champions. Un exemple parmi de très nombreux autres qui peuvent susciter des réactions quant aux évaluations de l’éditeur. Il est cependant important de rappeler que la diversité de réactions et d’opinions existe partout, tout le temps et particulièrement quand on parle de football. Susciter des débats n’est donc pas propre aux choix d’EA Sports.

Par ailleurs, le « gameplay » du jeu est régulièrement remis en cause. Ces critiques portent, par exemple, sur le manque de construction du jeu nécessaire pour marquer un but. FIFA reste globalement sur un jeu de contre-attaques de très haute intensité, sans que les attaques placées ne présentent de réel intérêt. Le choix d’un « gameplay » tendant à ce style de jeu peut être légitime lorsqu’il est mis en parallèle ou sur un même niveau que d’autres styles de jeu, par exemple plus axés sur la construction du jeu, comme c’est le cas dans le football de haut niveau. Et oui, jusqu’à preuve du contraire, être positionné en bloc bas en ne proposant que des contre-attaques n’est pas nécessairement plus efficace qu’un pressing haut et une construction « propre » du jeu. En ce sens, FIFA, par son « gameplay« , induit un formatage de l’analyse tactique : pour gagner, il faut être positionné bas, être solide en défense et balancer loin devant pour des joueurs rapides. Pour revenir à la question initiale, ce formatage n’est clairement pas une bonne chose pour le monde du football. En effet, si tous les observateurs ne reconnaissaient qu’une seule manière de jouer au football, les autres approches du jeu n’intéresseraient plus personne et seraient alors dévaluées. On perdrait la diversité d’approches qui existent dans le football professionnel, ce qui pose problème pour une « simulation du football », comme s’en réclament les jeux FIFA.

Enfin, ce « gameplay » peut également induire des erreurs dans l’analyse de certains joueurs ou même d’équipes entières. Ainsi, on peut citer Daniel Parejo, Toni Kroos ou encore Ever Banega, des joueurs de très grand talent et d’une élégance particulière, dont les performances réelles vont être critiquées par des joueurs qui ne suivent pas particulièrement leurs équipes sous prétexte que leur utilisation, au sein du jeu, n’est pas efficace. Ces joueurs sont souvent jugés trop lents par certains utilisateurs de FIFA, pas assez physiques pour d’autres. On le sait, aujourd’hui, pour de nombreux observateurs, les qualités athlétiques sont au moins aussi importantes que les qualités techniques. Ainsi, les avis basés uniquement sur l’utilisation de ces joueurs dans FIFA vont principalement se focaliser sur leurs qualités athlétiques (du côté technique, on peut toutefois noter l’importance des dribbles chez de nombreux joueurs) alors même que leur rôle, dans le monde professionnel, n’est justement pas axé sur leurs qualités athlétiques. FIFA tend donc à généraliser l’analyse uniquement basée sur l’utilisation des footballeurs dans le jeu, sans prendre en compte d’autres facteurs. Une catastrophe pour le football.

La série de jeux FIFA est donc aujourd’hui une composante importante du monde footballistique. En touchant un large public, ces jeux vidéo deviennent une véritable plateforme et une source d’informations pour beaucoup d’amateurs de ce sport. Bien que l’intérêt des nouvelles générations pour le football diminue, les jeux d’EA Sports continuent d’être utilisés chez de nombreux jeunes disposant du pouvoir d’achat suffisant. Mais cette source d’informations n’en reste pas moins partielle et peut parfois entrainer des analyses biaisées sur les acteurs majeurs de ce sport. D’autres jeux vidéo, à l’instar de la série Football Manager, permettent, quant à eux, de mieux percevoir certains aspects du football professionnel comme la gestion des finances d’un club ou encore l’approche tactique, plus poussée que chez EA Sports. En définitive, si l’on est en droit de critiquer l’influence négative de cet éditeur et notamment de son jeu phare, concernant l’analyse du football, il faut tout de même rappeler que  le principal objectif de ces jeux n’est pas de transformer leurs utilisateurs en experts du sport mais plutôt de les divertir. Au sens littéral du terme.

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