Crise de formation au FC Nantes

20 ans après son dernier titre de champion de France, le FC Nantes n’est plus que l’ombre de lui-même. Célèbre pour son « jeu à la nantaise », le club n’arrive plus à reproduire ce qui l’a caractérisé durant des saisons. Le FCN semble à des années-lumière de cette époque où la philosophie sur la formation des jeunes régnait au stade Marcel Saupin. Actuellement 17ème de Ligue 1, le club est en crise de résultats. Mais un problème n’arrive jamais seul. Aujourd’hui c’est l’académie des jeunes qui est pointée du doigt, sans doute la source d’une équipe qui peine à produire un jeu agréable.

Abdoulaye Dabo, Thomas Basila, Batista Mendy, Elie Youan. Ces noms ne vous disent peut-être pas grand chose et pourtant ils sont le symbole d’un club historique en difficulté. Mais avant de traiter cette crise en cherchant les causes et en expliquant les conséquences, attachons-nous à une piqûre de rappel historique. Avant d’être un club de milieu de tableau, les jaune et vert ont vécu de belles années dans le championnat de France. Une rivalité avec l’AS Saint-Etienne faisait la une des les années 1960 à 1980. Nous avions affaire, à l’époque, aux deux plus belles équipes sur le papier, mais surtout sur le terrain. Pendant 40 ans, les Canaris occupaient bien souvent les premières places et gagnèrent ainsi 8 fois le championnat (64/65, 65/66, 72/73, 76/77, 79/80, 82/83, 94/95, 00/01). Comme nous le soulignions précédemment, ces victoires étaient aussi accompagnées d’un beau jeu. Une fluidité des déplacements et des mouvements entre des joueurs qui se connaissaient par cœur. Et bien souvent cela menait à des buts spectaculaires, quelques fois dans la finition, mais surtout dans la construction.

Cet extrait est le symbole d’une idée de jeu appliquée à merveille par des magiciens du ballon rond, non pas grâce à leur talent mais grâce à leur intelligence de jeu. Ce que nous appelons aujourd’hui le QI football. Tous savaient quoi faire et comment le faire. Ils savaient aussi où se trouvait le coéquipier à qui faire la passe et ce, sans même le regarder. Alors lors de ce Nantes-Lyon, les Canaris nous ont offert cette séquence presque irréelle. 6 passes en une touche de balle auront suffi à faire tourner la tête des Lyonnais, défaits 6-1 à l’arrivée. Cette année-là, sur les 31 joueurs qui composent l’effectif, 20 sont formés au club. Après des années passées ensemble chez les plus jeunes, beaucoup se trouvaient les yeux fermés sur le terrain, comme nous le montre ce but de Sibierski. Et dans cet effectif nous retrouvons à l’époque de futurs bons joueurs voire de futures stars du football Français. Mickaël Landreau (20 ans), Frederic Da Rocha (24 ans) ou encore Marama Vahirua (19 ans) sont tous des produits nantais. Même si la qualité footballistique n’a pas atteint un tel niveau, nous pourrions comparer ce FC Nantes de la fin des années 90 au grand Barcelone de Pep Guardiola. Tous issus du centre de formation, ils pratiquent un jeu qu’ils apprennent depuis des années, d’un côté le fameux jeu de position, de l’autre ce que l’on surnomme le « jeu à la nantaise ».

A lire : Guerre ouverte au FC Nantes

Mais depuis cette dernière saison en haut du championnat Français, le club n’a cessé de régresser et pas seulement dans les résultats. C’est toute une institution qui a changé, tombée dans ce que l’on peut nommer le « football business ». La formation n’est plus la priorité du club, on recherche des résultats immédiats en achetant ce qui pourrait se faire de mieux, avec les moyens disponibles. Comment Waldemar Kita a-t-il mis cela en place ? Grâce à un homme en particulier : Mogi Bayat. Cet homme d’affaires Belge s’est hissé dans les rangs du club, permettant à la famille Kita de profiter de son réseau dans son pays natal. Ainsi, la formation a été délaissée au profit de transferts bien souvent avec des clubs Belges. L’effectif professionnel ne ressemble plus à celui d’il y a 20 ans. Les jeunes formés à Nantes ne jouent que très peu, et finissent bien souvent par quitter un club qui ne veut pas leur donner de chance.

ABDOULAYE DABO, DE JAUNE ET VERT À BLANC ET NOIR

(Source : enlucarne.com)

Abdoulaye Dabo a 19 ans et joue actuellement pour les U23 de la Juventus Turin. Formé depuis 2014 à Nantes, il signe son premier contrat pro à 16 ans le 4 octobre 2017, devenant la plus jeune signature de l’histoire du club. Il est alors un grand espoir de l’académie, pouvant jouer milieu gauche mais aussi dépanner au centre. Déjà, l’international U16 suscite l’intérêt de quelques clubs dont la Juventus qui avait formulé une offre de 7 millions d’euros cette même année 2017. Mais le FC Nantes veut garder son joyau, il intègre même le groupe pro pour le stage de pré-saison 2018/2019. Signe d’un début prometteur, il commence même titulaire le premier match de la saison face à Monaco (défaite 1-3). Après 90 minutes sur le banc la semaine suivante, il débute sur le terrain pour la 3ème journée face à Caen (match nul 1-1). Il regardera le match suivant face à Lyon (match nul 1-1) depuis le banc nantais. Mais ce résultat solde le sort de Miguel Cardozo, viré par la direction. Depuis, c’est le vide. Dabo n’a plus jamais été sur la feuille de match, seul un stage de milieu de saison sous Gourcuff aura laissé un infime espoir. Ni Halilhodžić, Gourcuff ou Domenech plus récemment, ne semblent intéressés par l’intégration de Dabo au groupe pro. Des choix de coachs surprenants quand nous connaissons le lien qui unit ce club et la formation.

Alors sans rentrer dans la tête du joueur, nous pouvons imaginer que la descente fut difficile, lui qui avait touché son rêve en août 2018. Depuis, il a enchainé les matchs avec la réserve, mais l’espoir de le revoir jouer avec la 1 n’a fait que diminuer mois après mois. Alors la Vielle Dame a décidé de réactiver le dossier et le joueur s’est envolé de l’autre côté des Alpes le 13 janvier pour un prêt de 6 mois. Symbole d’une mauvaise gestion, le prêt est accompagné d’une option d’achat de 1,5 millions, somme bien inferieure à celle de 2017. Et pourtant le joueur ne semble pas avoir perdu en qualité. Régulièrement à l’entraînement avec les pros, ces derniers n’hésitent pas à parler de lui comme le plus prometteur du vestiaire. Le FC Nantes vient de perdre un de ses joueurs d’avenir, préférant rejoindre un grand d’Europe chez qui il s’épanouira sans doute plus. Enfin, dans ce cas Dabo, la stratégie Kita ne semble pas avoir été respectée. Lui qui semble baser son projet sur l’argent uniquement n’a pas réussi à tirer grand chose de ce jeune de 19 ans bourré de talent.

MENDY, BASILA, BIS REPETITA ?

Le cas d’Abdoulaye Dabo ne semble pas isolé à la Jonelière (centre d’entraînement du club). Deux autres joueurs très prometteurs, très rarement alignés en professionnel, devraient faire leurs bagages cet été et partir gratuitement. Formés au FC Nantes, ils cumulent à deux 13 pauvres matchs joués avec les pros depuis le 4 mai 2017. Et depuis plusieurs mois, Batista Mendy et Thomas Basila semblent subir comme un boycott du club. Suite à leur décision de ne pas prolonger leur contrat ils ont tous les deux été écartés du groupe pro. Pourquoi baser notre échelle des matchs joués depuis 2017 ? Puisqu’il s’agit de la date à laquelle Thomas Basila, défenseur central, signe son premier contrat professionnel avec les Canaris. Aujourd’hui âgé de 21 ans, il a participé à 12 rencontres avec la A, aucune cette saison. En fin de contrat le 31 juin prochain, le destin de Basila semble se dessiner loin de la Beaujoire. À bientôt 22 ans, il n’est sans doute pas le joueur plus prometteur de sa génération, mais son intégration au groupe pro semble pourtant tout à fait possible. À ce jour, ils sont 4 à se faire concurrence pour couvrir Alban Lafont. Nicolas Pallois, 33 ans, titulaire indiscutable depuis quelques années mais qui semble en difficulté cette année, comme la plupart de ses coéquipiers. Andrei Girotto, 28 ans, initialement 6, repositionné en défense par Christian Gourcuff. Jean-Charles Castelletto, 25 ans, arrivé cet été de Brest et qui a joué 9 matchs sur 21 possibles. Le dernier n’est autre que Thomas Basila. Si le cas semble entendu, nous pouvons tout de même rêver à un changement d’idées et à l’intégration de Basila dans le « projet » (faut-il encore en avoir un…). Pourquoi ce jeune ne pourrait-il pas rentrer dans la rotation en défense ? Avec un titulaire plutôt âgé et le second assez irrégulier, l’arrivée d’un nouveau souffle semble logiquement la bienvenue. Oui mais qui le pense ? Les supporters et ceux qui suivent un peu le club qui semblent bien isolés. Seulement, le FC Nantes est une histoire de famille, l’avenir de ce jeune semble être dans les mains de Waldemar Kita.

L’autre cas similaire est celui de Batista Mendy, 20 ans, milieu défensif. Il est considéré par beaucoup comme le deuxième joueur le plus prometteur du club derrière…Abdoulaye Dabo. Avec seulement 1 match joué avec l’équipe 1 depuis la signature de son contrat professionnel, son avenir est tout aussi incertain. Deux joueurs avec des profils qui se rapprochent du sien semblent devant lui dans la hiérarchie. Abdoulaye Touré, 26 ans, formé à Nantes mais dont un départ du club se dessine de plus en plus et Pedro Chirivella, 23 ans, arrivé cet été de Liverpool. Ce dernier avait débuté la saison titulaire prenant la place de Touré mais une véritable concurrence entre les deux s’est installée. Depuis l’arrivée de Domenech, l’Espagnol n’a pas joué une seule minute. À la vue de l’âge de ses concurrents, le cas de Mendy semble compliqué. Mais avec le possible départ de Touré, il pourrait très bien intégrer le turnover devant la défense des jaune et vert. En plus de rajeunir l’effectif, il se retrouverait aligné aux côtés d’un autre joueur formé à Nantes qu’il connait bien : Imran Louza. Mais malgré une convocation dans le groupe pro pour le match du 24 janvier face à Metz, Batista Mendy semble lui aussi bel et bien sur le départ. Selon 20minutes.fr, des proches du dossiers parlent d’une « offre bancale », il n’y aurait « même plus aucune négociation ».

ET Après ?

(Source : sofoot.com)

Si la situation des 3 joueurs dont nous avons parlé semble entendue, à quoi faut-il s’attendre pour le FC Nantes ? Pour l’heure c’est Waldemar Kita et Frank Kita qui sont à la tête du club, il est alors difficile d’imaginer un changement de cap. Avec un effectif qui semble s’améliorer, les résultats eux ne suivent pas. La faute à une cohésion d’équipe très faible ? Peut-être. Loin de nous l’idée qu’une équipe ne peut proposer un beau jeu sans une majorité de jeunes issus de la formation. Seulement le cas du FCN est particulier. D’abord les moyens financiers sont moindres. Bâtir un effectif cohérent semble compliqué, d’autant plus si une grande partie des transferts ne se fait que depuis un seul championnat (Belge ici). De plus, la formation et le FC Nantes résonnent presque comme une histoire d’amour. C’est cette formation qui a permis d’écrire les plus belles années du club. Ce sont ces jeunes qui ont donné une véritable identité à ce maillot bien souvent jaune et vert. Alors que pouvons-nous espérer ? Le retour de cette philosophie autour de l’académie et la mise en place d’un nouveau jeu à a nantaise dans chaque catégorie d’âge ? Oui mais à quel prix ? Des années de flottement le temps que tout se mette en place. Et si on laissait le club bâtir un autre projet cohérent grâce à une vente du club ? Oui mais qui peut garantir son succès ? Nous pourrions écrire encore des lignes sur les solutions possibles, mais chacune renferme des doutes tous plus effrayants les uns que les autres.

Comme bien souvent dans ce sport, tout n’est qu’une question de la vision du football que nous avons. Acceptons-nous le football business et ses joueurs stars rassemblés dans des équipes surpuissantes ? Préférons-nous le football basé sur la formation avec de plus petits joueurs mais qui se connaissent sur le bout des doigts ? Chacun pourra fournir sa réponse personnelle mais ici un seul homme semble détenir les clés de ces problèmes, Waldemar Kita. Les Basila, Mendy mais aussi Youan, Yepié Yepié ou encore Merlin toquent à la portent du monde professionnel et rêvent tous de marcher sur les pas des Loko, Desailly ou encore Deschamps. Seulement cette porte n’est que partiellement ouverte, si ce n’est fermée pour certains. Être jeune joueur du FC Nantes est une situation incertaine dans un club avec un passé riche en histoire mais un présent pauvre en idées.

Pour approfondir :

L’histoire du jeu à la nantaise

Le FC Nantes et la grande rivalité avec Saint-Etienne (ainsi que toute la web-série)

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