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Robert Valette : « Maxence Caqueret, t’es obligé de le mettre titulaire »

Sept ans de joueur professionnel, puis vingt-six d’entraineur, Robert Valette est une figure emblématique de l’Olympique Lyonnais et de son centre de formation. Educateur des U15 puis entraineur de la réserve lyonnaise, il a vu défiler les plus grands prodiges de Tola Vologe. Pour La Causerie et Lyon Academy, ce passionné de football, aujourd’hui à la retraite, s’est longuement confié sur son expérience et sa vision du métier.


Bonjour Robert Valette, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Après une carrière de joueur professionnel à l’Olympique Lyonnais, je suis devenu éducateur. C’était un choix que j’avais fait depuis longtemps. J’ai arrêté de jouer à 31 ans et j’ai directement commencé à entraîner au Stade Riomois, à Bourges, un peu dans toute la France. Je suis revenu à l’OL grâce à Raymond Domenech en 1989. Il voulait relancer le centre de formation qui ne s’appelait pas encore comme ça. Il voulait changer la méthode. J’y suis resté jusqu’en 2015. 

Comment s’appelait le centre de formation à l’époque ?

Le club avait des équipes de jeunes, trois ou quatre selon les catégories d’âge. Ça faisait beaucoup de monde quand on y pense. Raymond Domenech a voulu copier ce qui se faisait du côté d’Auxerre, qui était précurseur avec Guy Roux. A l’époque on ne disputait pas les championnats avec l’ambition de gagner. On a ensuite compris que si nous voulions faire venir les meilleurs jeunes de France, nous devions être crédibles au niveau des résultats. Nous avons supprimé des équipes, pour n’en garder qu’une, composée des meilleurs joueurs. On a fait de l’élitisme. 

Pensez-vous que votre expérience de joueur au sein du club vous a permis d’être mieux placé qu’un autre pour entrainer ? 

On est toujours marqué par ce qu’on a fait évidemment. Petit, je voulais devenir journaliste sportif ou entraineur. Je savais que pour être entraineur dans l’élite, je devais l’avoir connue en tant que joueur. Pourtant, ce n’est pas de cette carrière de joueur que je garde les meilleurs souvenirs mais bien sur le banc. 

Quelles sont les spécificités de chaque catégorie entrainée ?

J’ai d’abord commencé par entraîner les seniors de clubs amateurs. Ils venaient surtout pour prendre du plaisir. Je devais donc garder cela en tête aussi bien en match qu’à chaque entraînement. Si je faisais des séances trop rébarbatives, ils ne seraient plus venus. J’ai gardé cette idée de faire des entraînements ludiques où on ne s’embête pas lorsque je suis devenu éducateur. Quand on passe avec les jeunes, ils attendent beaucoup de vous. Quand on est à l’OL, ils attendent que vous fassiez d’eux des joueurs professionnels. Il ne faut pas rompre le lien de confiance qui s’établit entre eux et vous. Il y a certaines spécificités propres aux U15 et propres à la CFA de Lyon mais c’était à chaque fois un plaisir de les entraîner.

(Source : leprogres.fr)

Qu’est-ce qui vous plaisait dans la catégorie U15 ?

J’ai toujours demandé aux joueurs ce qu’ils voulaient faire à l’entraînement en leur faisant comprendre qu’ils étaient là pour jouer au football. Ils ne devaient pas oublier que c’est un jeu. A 15 ans, ils ne doivent pas se mettre une pression pour du jeu, même si celle-ci vient souvent des parents. Quand vous êtes sur le terrain, vous devez être heureux ! Il fallait que je constitue des groupes de travail homogènes où tout le monde prenait du plaisir. Dans un groupe, il y aura toujours deux ou trois jeunes meilleurs. Si vous créez un très bon groupe, ces deux ou trois joueurs seront très bons. Par contre, si vous constituez un groupe moyen, les deux ou trois meilleurs ne seront sûrement pas prêts à atteindre le haut niveau, ils seront seulement meilleurs que les joueurs moyens. L’essentiel du travail de formateur est d’arriver à faire des groupes très homogènes où sortiront forcément certaines individualités. C’est pour cela qu’il ne faut pas perdre de vue l’aspect ludique. J’ai toujours été contre le fait de faire monter un joueur en catégorie supérieure. Vous pensez qu’à 17 ans Rayan Cherki a les mêmes centres d’intérêt que les joueurs de 30 ans qu’il côtoie dans les vestiaires professionnels ? Même s’ils ont la capacité de jouer dans le meilleur groupe, ils prendront moins de plaisir. Surtout quand ils ont relativement peu de temps de jeu comme Rayan qui ne fait que rentrer et n’est jamais, ou presque, titulaire.

Est-ce que le club vous a déjà contraint à surclasser un joueur sans vous laisser le choix ?

J’ai eu ce problème avec Steed Malbranque. Lorsque j’entraînais en U15, il était dans la catégorie inférieure et tout le monde ne parlait que de lui. Ils voulaient tous le faire monter. Moi j’avais mon groupe et je voulais qu’ils le laissent en minimes pour le moment. On s’est qualifié pour les phases finales du championnat où je l’ai appelé. Il a un peu joué en phase finale, on a été champion, et il était fin prêt la saison suivante sans être surclassé. On a même de nouveau été champion mais il n’était pas usé. Quand vous faites deux années de suite dans la même catégorie, l’intérêt est moindre pour le joueur.


Karim Benzema marquait, faisait marquer et tirait l’ensemble de l’équipe vers le haut


Comment incorpore-t-on un jeune joueur en CFA ?

Si c’est un bon joueur, il n’y a pas de problème : il va jouer et va être adopté par les autres. L’exemple de Malbranque marche encore parce qu’il était le meilleur de toutes les catégories. Le souci arrive si on impose ce joueur, la hiérarchie du groupe ne va plus être respectée. Il faut incorporer les joueurs suivant leurs capacités et suivant ce qu’ils peuvent apporter de supplémentaire à ce groupe. Je pense aussi à Karim Benzema, qui marquait, faisait marquer et tirait l’ensemble de l’équipe vers le haut. D’ailleurs, il fait toujours cela, demandez à Cristiano Ronaldo (rires). 

On connait la difficulté physique que certains joueurs connaissent lors de ce franchissement de pallier. Des critères sont-ils essentiels pour faire intégrer un jeune au groupe de la CFA ? 

Il y a une énorme différence entre “le football de gamin” où l’on voit ça comme un jeu, et le football plus cadré où il faut respecter de nombreuses consignes. En montant en CFA, vous jouez face à des adultes qui, à 33 ans, veulent terminer leur carrière en beauté. Le deuxième problème est l’arbitrage car il est plus simple de sanctionner un jeune de 20 ans qu’un joueur plus expérimenté. Un jour, nous avions joué un match à Aurillac où ils ont voulu nous casser et la rencontre s’est terminée à 8 contre 9. Pour l’anecdote, on les a bien reçus au match retour et cela a terminé sur un score de 7-0. Dans l’apprentissage il faut savoir avec qui, contre qui et à quel niveau vous jouez.

Faire monter un jeune joueur trop tôt peut-il vraiment avoir des conséquences sur sa progression ?

Vous avez des joueurs très doués pour le football mais qui manquent de maturité. Au contraire, dès petit je savais que Florian Maurice deviendrait professionnel parce qu’il avait le mental, le physique et la technique. On parlait de Steed Malbranque, il avait une maturité exceptionnelle pour son âge également et il a fait une carrière tout aussi belle. Farès Bahlouli était un des meilleurs chez nous et en France mais ses départs à Monaco puis à Lille ne lui ont pas permis de faire une carrière à la hauteur de son talent. Il n’a pas su adhérer au monde professionnel. 

(Source : leprogres.fr)

Comment se passe ensuite la passerelle entre la CFA et le groupe professionnel ?

C’est plus complexe. Chaque année, au mois d’avril, on constituait les groupes pour chaque catégorie. On voyait donc quels joueurs étaient susceptibles de signer un contrat pro. Vous en aviez cinq ou six avec trois qui allaient intégrer le groupe professionnel et d’autres qui étaient courtisés par d’autres clubs comme Xavier Chavalerin à Tours, Julien Faussurier à Troyes ou Romain Del Castillo à Rennes (après avoir été prêté à Bourg-en-Bresse et à Nîmes). Pour ceux qui arrivent à intégrer le groupe professionnel de l’OL, il faut faire son trou au milieu de joueurs talentueux et expérimentés. Aujourd’hui, il y a Maxence Caqueret que j’ai connu lorsqu’il était jeune. Il avait déjà l’âme d’un patron et je me disais comme pour Malbranque : « Lui, quand on le met dans un groupe, c’est pour le mettre titulaire, t’es obligé. Il répond à tous les critères, il est trop fort”. Le passage de la CFA au monde professionnel est difficile à encaisser mais certains en sont largement capables. C’est cependant un parcours du combattant où la famille doit être présente, où il faut faire attention aux médias, où tout doit être anticipé. 

En plus de vingt ans au sein du centre de formation lyonnais, quelles sont les principales évolutions que vous avez pu constater ?

L’élitisme d’abord. C’est devenu de plus en plus pointu sur tous les plans. On s’est entouré d’une équipe d’entraineurs à laquelle on a joint des préparateurs physiques, un service médical avec un médecin à temps plein, des kinés, un maître d’internat… On a mis en place tout un système pour faire progresser les joueurs dans tous les domaines. Au niveau de la diététique, par exemple, on faisait très attention à la masse graisseuse. Si c’est venu après dans tous les centres de formation, c’est parce que nous avons été avant-gardistes sur le plan diététique, sur le plan athlétique, sur le plan mental. Aujourd’hui, chaque cellule de centre de formation s’enrichit de psychothérapeutes parce que certains jeunes sont à la dérive. On oublie de le dire mais il y en a pour qui c’est très difficile. L’échec est dur à avaler. On voit ceux qui réussissent mais on oublie que la majorité échoue. Aujourd’hui, on valorise le centre de formation en faisant signer davantage de contrats professionnels car ils sont accompagnés d’une valeur marchande. C’est par exemple le cas de Myziane Maolida qui a vite été vendu à Nice. Il y a aussi l’étiquette “Académie OL” qui est collée sur le front de ces joueurs. On ne dit pas Clément Grenier le Rennais mais Clément Grenier l’ancien lyonnais, pareil pour Amine Gouiri. Il faut valoriser car c’est le nerf de la guerre. C’est ici que j’aimerais remercier le président Jean-Michel Aulas car si nous avons réussi c’est parce qu’il nous a laissé faire. Avec José Broissart, Alain Thiry ou Armand Garrido on a eu la chance de travailler dans un environnement stable. On a emmené le centre de l’Olympique Lyonnais là où il est aujourd’hui.

Vous avez parlé de la vente de Maolida mais quel est votre sentiment sur le départ des jeunes formés à l’OL ?

Pour devenir joueur professionnel, aujourd’hui, il faut à tout prix intégrer un centre de formation. Il faut ensuite jouer avec l’équipe réserve et signer un premier contrat soit aspirant, soit stagiaire, soit professionnel. Il y a ensuite un dilemme qui se pose. Soit vous considérez votre club comme assez stable pour y rester soit vous le voyez comme un tremplin pour s’imposer plus haut. Lyon a perdu quelques joueurs à cause de cette seconde vision mais en a aussi enrôlé dernièrement comme Kadewere ou Ndombele. J’ai connu des joueurs qui sont partis car ils étaient désirés par un entraîneur mais qui se sont retrouvés sur la touche lorsque cet entraîneur s’est fait éjecter. Même les meilleurs comme Corentin Tolisso, Alexandre Lacazette ou Karim Benzema y ont été confrontés. Même lorsque Bruno Genesio a pris la tête du groupe professionnel, Clément Grenier n’a plus joué, il a quand même été international. Le joueur est là pour jouer. C’est important de garder tout le monde à flot même quand on a un effectif pléthorique. Mais c’est loin d’être facile est c’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas voulu entraîner en pro. Ce n’est pas le même métier !


Florent Balmont était irréprochable mais jamais appelé en équipe première. Ce sont les choix au-dessus et on n’y peut rien


Vous avez vu passer de nombreux talents sous vos yeux, quel est celui qui a le plus retenu votre attention ?

J’en ai un qui me vient souvent à l’esprit, c’est M’Saddek Senoussi. Il était de la même génération (1977) que Christian Bassila ou Joseph-Désiré Job. C’est celle qui eut le plus grand nombre de joueurs professionnels. Alors que Senoussi était certainement le plus talentueux, il n’y est pas arrivé à cause d’une blessure à la cheville. C’est le pire endroit pour un footballeur. C’est un de mes plus grands regrets de ne pas avoir vu “Mouss” jouer en pro, c’était un numéro 10 qui te faisait gagner les matchs à lui tout seul. Ça me rappelle une anecdote avec Maxime Gonalons. A l’époque, je le nomme capitaine de la CFA et au début de sa dernière saison de contrat stagiaire, il ressent une gêne à la cheville après un match amical contre Bourg-en-Bresse. On s’est rendu compte qu’il avait un staphylocoque. Il a donc dû être arrêté cinq mois et n’a recommencé à jouer qu’en février. Vu que c’est un immense bosseur, il revient très bien. Mais, il a fallu que je me batte avec l’entraîneur du moment (Claude Puel) parce qu’il ne voulait pas le faire signer professionnel. J’ai fait le forcing car il voulait ne faire signer qu’un seul joueur et ce n’était pas Max. J’ai dit : “Si vous ne le faites pas signer pro, vous n’en signez plus aucun. Ce n’est pas possible” et ils m’ont répondu : “Allez, on lui donne un contrat d’un an à ton Gonalons et on va donner un contrat de trois ans à un autre joueur”. Celui-ci a terminé à Villefranche-sur-Saône et « mon » Gonalons fait une plutôt belle carrière. C’est difficile à encaisser le staphylocoque, Sidney Govou a failli être amputé à cause de cette blessure. Aujourd’hui je ne regrette pas d’avoir fait le forcing. Ce que je retiens de mes années à l’OL c’est d’avoir connu autant de joueurs talentueux qui ont été champions de France en U15, en U17 avec Armand, en Nationale 2… Ils n’ont pas tous fait de grandes carrières mais ils font partie d’une magnifique aventure. 

Dans une institution aussi forte que celle de l’OL, est-il possible pour un entraîneur d’avoir sa propre philosophie de jeu ?

Oui, moi j’avais ma propre philosophie. Vous pouviez aussi faire comme à Auxerre où toutes les équipes jouaient de la même façon. Seulement, les joueurs ne sont habitués qu’à un seul système, à une seule idée et n’arrivaient pas à s’imposer ailleurs à cause de ces stéréotypes. Moi je veux bien jouer comme l’équipe première mais mon rôle premier est de former des joueurs pour le monde professionnel. Je tente de leur montrer tous les projets de jeu, tous les systèmes. En professionnel, il n’y a souvent qu’un seul attaquant et des joueurs de couloirs, mais si nous on ne joue que comme ça, on ne forme qu’un seul attaquant. Lacazette était un bon dribbleur alors je l’ai fait passer ailier droit mais avec comme consigne, qu’une fois le dribble effectué, il devait aller au but. Il y avait le modèle Benzema qui n’était attiré que par les cages. On le voit encore aujourd’hui avec son but contre le Barça d’une talonnade. Ishak Belfodil était le contraire car il partait de l’axe et terminait au poteau de corner. C’est plus compliqué pour marquer. De la même façon, avec Gérard Drevet, on a fait passer François Clerc latéral droit alors qu’il était ailier. On y a pensé en août et en décembre, Gérard Houllier m’appelle et me dit “Robert, je suis dans la merde. Réveillère s’est fait les croisés et Diatta part à la CAN donc j’ai plus de latéral droit. T’en as un toi ?”. Lui, il ne s’occupait pas de la formation mais heureusement qu’on avait fait passer Clerc derrière car il est monté en pro grâce à la similarité de profil avec Réveillère. Il sera même international à la fin de cette saison et aura une belle carrière. J’ai connu Florent Balmont aussi et c’est celui qui détient le record de matchs en CFA avec moi : 99 ! Je me demandais pourquoi ils ne l’essayaient pas dans le groupe professionnel alors qu’il était irréprochable mais on lui préférait Jérémy Clément. Quand Balmont a été prêté à Toulouse, ils se sont tous demandés pourquoi il n’était pas avec l’équipe première de l’OL. Pareil lorsqu’on l’a donné à Nice. Ce sont les choix au-dessus et on n’y peut rien. 

Pensez-vous que ce n’est pas parfois trop dur pour un jeune d’avoir sa place dans le groupe professionnel et d’avoir du temps de jeu ? 

Pour jouer en L1, il faut avoir de la chance. Moi par exemple, j’ai eu cette chance suite à une bagarre a l’entraînement. Pour être pro il faut avoir de la chance, de la place, ce n’est pas simple. Moi je disais toujours à mes joueurs qu’il fallait qu’ils montrent à l’entraînement qu’ils ont le niveau, le prouver à l’entraîneur, il faut donner envie à l’entraîneur de te faire jouer, c’est de la subjectivité. Donc oui, quand vous êtes à l’OL depuis petit, parfois on pense connaître vos limites, on pense au sein du club que vous n’irez pas au-dessus de certaines limites. Gouiri c’était le Benzema-bis, sauf que… Il a subi cette terrible blessure. Quand vous êtes blessé en formation les autres progressent, prennent votre place, et vous devez repartir de 0. C’était pareil pour Maxime Gonalons. Vous voyez également le changement de fonctionnement du club, depuis 5-6 ans, le club s’appuie beaucoup moins sur son centre de formation mais cherche à faire des opérations fructueuses en prenant des jeunes joueurs déjà formés dans des clubs pour les valoriser puis les revendre un peu plus cher. 

En parlant de post-formation, quel est votre avis dessus ? 

Vous savez, un jour on nous apprend que le club va vendre notre futur attaquant à Monaco pour un montant de 5M, je me suis dit « On est fou c’est le futur attaquant de l’OL ». Aujourd’hui, il est titulaire à Manchester United et sélectionné en Equipe de France. Deuxième exemple, Amine Gouiri, il était là il était disponible, mais non, on a préféré faire venir Kadewere à sa place. En tant qu’éducateur c’est triste, j’ai eu Kanouté, Malbranque également qui n’ont pas eu de contrat professionnel avec l’OL, c’est rageant de voir partir des jeunes comme ça. Pareil avec Florent Balmont qui est de chez nous, ils n’ont pas eu leur chance malheureusement. On est appelé à voir partir nos jeunes, c’est comme cela. On voit arriver des jeunes, je pense à Cornet ou Tousart par exemple, on les prend alors qu’on avait du monde. Le problème avec cela c’est que les autres jeunes voient, ils observent, ils voient arriver des jeunes des Pays-Bas ou autre cela vous bloque malheureusement. Quand on regarde l’OL aujourd’hui, à part Lopes et Aouar, aucun n’est titulaire indiscutable. Avant, vous aviez le « gang des Lyonnais » comme pendant la saison 2014/15, une équipe composée en grande partie de joueur du centre. C’est d’ailleurs la dernière année où l’équipe première a été compétitive en Ligue 1.

(Source : ol.fr)

Suivez-vous encore attentivement l’académie lyonnaise ? 

Honnêtement, de moins en moins, cela a beaucoup changé, il reste deux éducateurs que je connais, Cyrille Dolce et Amaury Barlet. Ils font du bon boulot, ils sont un peu les derniers, les résistants du centre de formation de l’OL. Vous avez des nouveaux c’est bien, mais si le centre de formation ne peut plus faire la promotion de ses joueurs pour les amener en haut c’est embêtant. Ce n’est pas de leur faute. Dernièrement le seul qui y est arrivé c’est Maxence Caqueret. Cela prouve qu’il faut avoir un niveau exceptionnel. La passerelle passe d’abord par le recrutement. Avant on avait une cellule de recrutement qui était super bonne, avec Gérard Bonneau qui faisait un travail incroyable, il avait un réseau, il était séducteur, et les gens lui faisaient confiance. 

Justement en parlant de l’OM, le président de l’Olympique de Marseille a dernièrement provoqué, malgré lui, une polémique au sein du football français en jugeant qu’on ne travaillait pas assez au niveau collectif, que l’individu passait avant l’idée de jeu. Voyez-vous la formation française de la même façon ? 

Peut-être oui, même si je suis enclin à défendre la formation française. Quand j’allais passer les diplômes à Clairefontaine, il m’arrivait d’avoir des discussions avec certains membres de la DTN. Est-ce qu’on forme bien les entraîneurs ? Pourquoi ils ne s’exportent pas ? C’est un vaste débat et il y avait beaucoup de désaccord. D’abord : qu’est-ce qu’un grand entraineur ? C’est quand on accède au banc d’un grand club mais il faut avoir de la chance. Ensuite vous avez les meilleurs joueurs et c’est plus simple. Albert Batteux, avec qui j’adorais parler, me demandait : « Est-ce que je suis un grand entraineur ? » J’ai quand même tendance à le croire (rire). Il a quand même été troisième du mondial 58 et deux fois finalistes de la coupe d’Europe avec Reims. Toujours est-il qu’il me disait que le président de Reims lui donnait les meilleurs joueurs français comme Raymond Kopa, Just Fontaine ou Roger Piantoni. Il me disait : « J’avais les meilleurs joueurs, je gagnais avec Reims. Puis j’allais en sélection et j’avais toujours les meilleurs donc je gagnais ». Ensuite à Saint-Etienne, après Jean Snella, il a aussi eu les meilleurs joueurs. Par contre à Grenoble, il y avait moins d’argent et c’était plus compliqué. Quand je lui demandais, Batteux répondait : « Alors, suis-je un grand entraineur ? A Grenoble, je n’avais pas de bons joueurs, nous sommes descendus ». On peut aussi prendre la carrière de Jacquet qui réussi là où il y a des bons joueurs comme Bordeaux, Montpellier et l’Equipe de France. Même si pour les Bleus c’est différent puisqu’il succède à Gérard Houllier qui représente la plus grande débâcle du football français. Il a fait quoi à Marseille et Nancy ? Pas grand chose. Pourtant aujourd’hui c’est une référence car il a remporté la Coupe du Monde. Aujourd’hui, les deux hommes qui sont considérés comme les meilleurs entraineurs français sont à la tête de l’Equipe de France et du Real Madrid donc ils ont, par essence, des effectifs exceptionnels.

Propos recueillis par Florian J. et Enzo Leanni

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Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

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