Dans un mois, dans un an, de quoi souffrirons-nous ?

Dans un mois débute l’Euro 2020 ou 2021, on n’en sait rien pour être honnête. Dans un an, débute la Coupe du Monde 2022. Les deux compétitions sont parmi les plus fédératrices des événements sportifs. Tous les deux ans, les amoureux de football mêlent leur passion, le soleil et les amis pour fêter les victoires de leur équipe et les défaites du voisin. Souvenez-vous de l’Euro 2016, de cette victoire face à l’Allemagne prolongée tard dans la nuit, dans les bars ou sur la plage. Souvenez-vous de la Coupe du Monde 2018, de cette frappe dantesque chantonnée tout l’été. Cette fois, la mélodie semble être davantage grinçante. C’est pour cela que nous vous soumettons la même interrogation que celle de Bérénice à Titus il y a 350 ans : « Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous ? » 

L’histoire d’amour entre les supporters et le football ne semble jamais aussi proche de la tragédie qu’aujourd’hui. Au contraire de la pièce de théâtre de Jean Racine, les deux parties ne semblent pas accepter cette séparation. Du moins pas les supporters. Le football et ses intérêts s’en accommodent finalement à coups de bandes sons sans âme. Il est même allé jusqu’à créer une ligue fermée. Heureusement, les principaux acteurs du spectacle lui ont fait comprendre qu’il ne devait pas oublier qu’il était un sport populaire. Une certaine hypocrisie a émané des débats autour de cette décision. Il fallait unanimement être contre cette Superligue synonyme de mort du football. Pourtant, dès la fin de celle-ci peu de gens se sont préoccupés de la future réforme de la Ligue des Champions qui représente tout autant le manque d’égalité et qui est pourtant toujours en vigueur. Une égalité qui n’existe plus depuis longtemps. Si on nomme vulgairement sa mort au 15 décembre 1995 avec l’arrêt Bosman, il ne faut pas non plus oublier la réforme de la Premier League trois ans plus tôt où l’importance de l’économie a été étroitement liée à la fin du supporterisme.

LE QATAR COMME SYMBOLE

(Source : amnesty.fr)

Cette séparation entre le football et ses supporters ne date pas de l’instauration de la Superligue. Rappelez-vous, avant cela des incidents à la Commanderie pour demander la démission d’André Villas-Boas mais surtout de Jacques-Henri Eyraud. Ces événements ne sont que des symboles de problèmes plus profonds liés au football et à sa libéralisation. Les deux prochaines compétitions internationales qui nous attendent sont également le reflet de ces maux. L’Euro 2021 dirigé par l’UEFA qui va se jouer à travers plusieurs pays et la Coupe du Monde 2022 au Qatar dirigée par la FIFA.

Après l’épisode Superligue qui a -un peu- remis sur la table le sujet de la réforme de la Ligue des champions, l’UEFA va jouer très gros avec cet Euro. La compétition va se jouer dans onze pays comme il en avait été décidé sous la présidence de Michel Platini. Depuis, l’ancien numéro 10 des Bleus a été dans la tourmente extra-sportive au même titre que les fédérations internationales. S’est ajoutée à cela une épidémie mondiale qui va transformer la fête d’un continent entier entre l’Espagne et le Danemark en passant par l’Ecosse ou la Roumanie, à un spectacle en demi-teinte dans des stades aux trois-quarts vides. Nous verrons au cours de ce dossier que certaines candidatures ont été acceptées par intérêts politiques et économiques comme celle de l’Azerbaïdjan. Certains pays paraissent même être de mauvais choix par rapport à leurs situations politiques comme la Hongrie ou la Russie.

Pour la Coupe du Monde 2022, le pays hôte met tout le monde d’accord en cochant ces deux cases. Le Qatar est en effet le successeur de la Russie pour accueillir le mondial. Après tout l’Italie de Mussolini a bien organisé la Coupe du Monde 1936 et l’Argentine de Videla celle de 1978, sans parler du lien qu’avait établi Franco avec le football. Cependant, dans une époque comme celle d’aujourd’hui, il est plus difficile de soumettre à des hommes de faire le voyage vers un pays ne respectant aucunement les droits de l’homme. En février dernier, le journal britannique The Guardian publiait une enquête qui dressait l’effroyable bilan de la préparation de cet événement. Il était annoncé que 6 750 travailleurs migrants avaient perdu la vie en marge des chantiers de construction de stades depuis 2010. Face à ces chiffres, il y eut une timide fronde de certaines équipes nationales. Le Danemark et la Norvège en tête. Un caillou qui n’est même pas senti dans la chaussure de la FIFA en somme et ce mondial mortel aura tout de même lieu devant les yeux ébahis de millions de spectateurs.

LES JOUEURS TIENDRONT-ILS LA CADENCE ?

Bouleversant la planète football et non football depuis maintenant un an et demi, le Covid jouera un rôle prépondérant dans les prochaines échéances internationales. En effet, les organismes des joueurs seront mis à rude épreuve, entre les températures extrêmes du Qatar, les effets du coronavirus, les voyages dans toute l’Europe et l’accumulation de matchs. Ce dernier facteur risque d’être l’un des plus importants. Les joueurs ayant disputé près d’un match tous les trois jours – 8 matchs disputés pour les grandes écuries européennes en avril dernier- depuis le début de la saison 2020-2021 semblent déjà exténués. Les blessures sont toujours aussi présentes. Et les doutes persistent quant à la possibilité d’avoir des compétitions réussies. De plus, les joueurs vont disputer une multitude de compétitions entre l’Euro, les Jeux Olympiques, la Copa America, la CAN et enfin la fameuse Coupe du Monde au Qatar en hiver. Quels seront les contextes de ces événements ? Dans quel(s) état(s) seront les organismes ? Les joueurs tiendront-ils cette cadence infernale ? Tant de questions qui laissent présager un avenir parsemé d’incertitudes.

L’incertitude la plus inquiétante est celle liée au Covid. Malgré les efforts des différentes politiques pour éradiquer le virus, il est toujours présent et il risquerait de jouer les trouble-fête. L’UEFA tente de contrer cette pandémie avec la nouvelle règle des 26 joueurs sélectionnés pour jouer la compétition internationale. Toutefois, les problèmes demeurent et les risques de voir se créer au fil de la compétition des clusters ne sont pas à exclure. Les exemples sont encore nombreux entre les déboires du Clermont Foot 63 et du Toulouse Football Club victimes tous deux de plusieurs infectés au sein de leurs rangs. De plus les rétablissements suite au Covid ne sont pas immédiats. En effet, certains joueurs qui ont pâti de ce virus ont eu du mal à se remettre de ce dernier. A l’instar de Ben Yedder qui avait mis quelques mois pour retrouver une forme perdue depuis l’annonce de son infection.

L’accumulation des matchs et le contexte sanitaire actuel laissent présager un avenir incertain où les multiples compétitions internationales viendront s’ajouter aux championnats et aux coupes d’Europe, avec au-dessus de ce chaos le bras de fer entre les grandes instances du football, la FIFA, l’UEFA et les présidents des grands clubs d’Europe.

SOUFFRIRONS-NOUS DU SPECTACLE ?

Malgré les nombreux problèmes extra-sportifs, concentrons-nous sur l’aspect majeur du football : le jeu. Nous verrons tout au long de ce dossier que l’histoire de l’Euro est aussi riche que spectaculaire. Des neuf buts de Platini en 1984 à la partition espagnole de 2012 en passant par la compétition presque parfaite de 2000, les équipes du Vieux continent nous ont souvent offert des rencontres grandioses. Qui ne se souvient pas des vidéos de la Panenka du héros éponyme, du but en or de Trezeguet ou de la célébration, muscles saillants, de Balotelli. Ces moments sont tous intervenus au bout de spectacles dignes des plus grandes pièces tragiques de Racine. Un spectacle qui semble s’étouffer depuis quelques années au sein du football international. L’Espagne et son jeu de position aux inspirations catalano-hollandaises ont servi d’arbre cachant la forêt et faisant presque oublier le sacre grec de 2004 qualifié d’anomalie. Douze ans plus tard, les finalistes portugais sont devenus champions d’Europe pour la première fois. Fernando Santos à leur tête.

(Source : leparisien.fr)

Cette victoire lusitanienne ressemblait au symbole d’un football de sélection ayant totalement évolué. Deux ans plus tard, la France de Didier Deschamps régna sur le monde. Cette année, les deux pays se retrouvent dans le même groupe en compagnie d’une Allemagne de Joachim Löw n’ayant plus grand chose d’une Allemagne de Joachim Löw… Du côté des autres équipes, peu d’entre elles nous ont enthousiasmé durant les qualifications. Comme en demi-finale de la dernière Coupe du Monde, l’Angleterre de Gareth Southgate et la Croatie de Zlatko Dalic vont se retrouver dès la phase de poules pour, on l’espère, plus de spectacle. On va enfin retrouver l’Italie qui semble s’être refait une santé sans pour autant s’affirmer comme favori. Les Pays-Bas, eux, sont sur pente descendante depuis le départ de Ronald Koeman et son remplacement par Frank De Boer. Ce dernier ne propose vraiment pas la même chose que l’actuel entraineur du Barça.

Néanmoins, cette faible qualité de jeu n’est pas à mettre que sur le dos des sélectionneurs. C’est tout le système qui en est responsable. Avez-vous regardé beaucoup de matchs lors de la dernière trêve internationale ? Avez-vous regardé les trois matchs de l’Equipe de France ? La prolifération de matchs à la télévision nous fait oublier l’importance des sélections nationales. Quand il n’était possible de voir Alain Giresse qu’avec les Bleus ou en coupe d’Europe avec Bordeaux, on peut désormais voir l’ensemble des minutes jouées par Antoine Griezmann, et cela autant de fois qu’on veut. Quelle importance alors de le voir jouer en Bosnie ? La motivation des joueurs change également quand on sait la multiplication des matchs et encore plus cette saison. Quand Pep Guardiola ou Jurgen Klopp se plaignent du problème de jouer autant dans une saison, ils voient tout de même leurs effectifs se vider -et se fatiguer- de trois-quart au moment des trêves.

Un nombre de matchs qui s’accroit au même titre que les sélections participant aux qualifications de chaque compétition. Alors que 17 équipes y participaient en 1960, 55 y ont pris part pour l’Euro 2021 ! L’éclatement de l’URSS et de la Yougoslavie ont participé à cela en faisant émerger de nouvelles nations. Celles-ci sont cependant plus faibles et le spectacle en pâtit. On espère néanmoins que cet enthousiasme sera au rendez-vous dans un mois. Dans une période difficile marquée par la crise sanitaire mondiale, le football se doit d’être un divertissement. Si l’article peut paraitre pessimiste, il se veut pourtant révélateur de problèmes majeurs du ballon rond actuel. Dans un mois l’Euro, dans un an la Coupe du Monde. Alors, de quoi souffrirons-nous ?

A partir d’aujourd’hui et jusqu’au 11 juin prochain, La Causerie se lance dans un dossier spécial Euro. Au menu, des chroniques sur certaines équipes actuelles, des retours sur les plus beaux moments de l’histoire de la compétition ou encore des interviews ! Théo et moi-même, les deux fondateurs du site, vous souhaitons bonne lecture et vous remercions du soutien qui ne cesse de grandir. En espérant que ce mois spécial puisse continuer à nous faire grandir. mais pour cela, on compte sur vous !

Théo Mahalatchimy et Enzo Leanni

Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

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