1927 : Henri Delaunay et le premier projet d’euro

Au soir du 11 juillet prochain, au terme d’un mois de compétition féroce et d’au moins 90 minutes d’une finale disputée, le lauréat de l’édition 2021 du championnat d’Europe des nations se verra remettre la célèbre coupe argentée en forme d’amphore grecque. Le capitaine de l’équipe vainqueur sera le premier à soulever le trophée Henri Delaunay, nommé ainsi en référence au père de la compétition, mort avant d’avoir vu son idée aboutir.

JOUEUR, ARBITRE ET DIRIGEANT

(Source : Le Parisien)

A la fin du XIXe siècle, Henri Delaunay est d’abord joueur de football en région parisienne, au patronage paroissial de l’Etoile des deux lacs. Par la suite arbitre, c’est dans ce même club qu’il débute sa carrière de dirigeant : il en prend la présidence en 1905. Il devient également président de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France et du Comité français interfédéral, l’organe regroupant les différentes fédérations qui organisent alors la pratique du football en France. Lorsque ce comité devient la Fédération Française de football association (FFFA) en 1919, il en est le premier secrétaire général, puis il occupe d’importantes fonctions à la FIFA où il siège de 1924 à 1928. Il est également nommé au Comité consultatif des règles du jeu qui devient le Comité d’arbitrage de l’instance mondiale, où il est en charge des premières interprétations des règles du beautiful game.

En fait, comme le rappelle l’historien du sport Paul Dietschy (« L’euro de l’européisme à la commercialisation de la nation », Pôle Sud, 2017/2 (n° 47), p. 25-39), le premier projet d’une compétition regroupant les équipes nationales européennes est l’oeuvre du français Robert Guérin, premier président de la FIFA. Si son idée est émise dès 1905, elle ne voit jamais le jour.

Pour un temps, la question d’une compétition internationale organisée par la FIFA se pose avec beaucoup moins d’insistance dans la mesure où les Jeux Olympiques, essentiellement européens à cette époque, permettent déjà de voir se mesurer les meilleures sélections européennes. Les victoires uruguayennes de 1924 et 1928 remettent néanmoins en cause ce constat et les relations entre le Comité internationale olympique et la FIFA se tendent : les Jeux Olympiques restent fermés à un professionnalisme qui gagne de plus en plus le football.

COUPE D’EUROPE OU COUPE DU MONDE ?

(Source : Photo Archives AFP)

En 1927, Henri Delaunay émet alors une proposition, soutenue par Hugo Meisl, ancien joueur et arbitre, secrétaire général de la Fédération autrichienne de football et sélectionneur de la Wunderteam des années 20-30. Il suggère le lancement d’une compétition opposant les équipes nationales européennes.

Le plan est rejeté, et la FIFA se consacre plutôt à la concrétisation d’une autre idée, émise elle-aussi par Delaunay : celle de la Coupe du monde de football. La création d’une telle compétition donne une nouvelle fois un véritable coup d’arrêt au projet de compétition exclusivement européenne qui n’est désormais plus vraiment justifiée.

Mais si aucun tournoi n’est organisé à l’échelle continentale, certains se structurent au niveau d’aires géographiques plus limitées : la Coupe internationale européenne réunit plusieurs pays d’Europe centrale dès 1927, la Coupe baltique et la Coupe balkanique voient le jour les années suivantes.

LA COUPE D’EUROPE DES NATIONS

(Source : UEFA.com)

Après-guerre, la FIFA accueille un nombre important de nouveaux pays membres, essentiellement asiatiques et africains. Est alors décidée la création de confédérations continentales.

C’est donc lorsque l’UEFA voit le jour, en 1954, que le projet de compétition européenne refait surface. Les statuts initiaux de l’instance prévoient « d’organiser à sa convenance et au moins tous les quatre ans un Championnat d’Europe dont elle sera seule compétente pour fixer les règles et conditions ». Premier secrétaire général, Henri Delaunaye continue d’œuvrer à sa réalisation. Lorsqu’est lancée la Coupe des clubs champions en 1955, il salue une « merveilleuse initiative », mais il ajoute : « Il est encore plus nécessaire de créer une compétition européenne pour les équipes nationales ».

Quelques mois plus tôt, il écrivait :

L’idée est celle d’une compétition ouverte à toutes les fédérations européennes qui puisse retenir l’attention de tous. Un comité de trois membres a été chargé d’examiner ce problème difficile. La compétition ne doit pas mener à un nombre infini de matchs. Elle ne doit pas non plus faire du tort à la Coupe du monde, et les participants ne doivent pas toujours rencontrer les mêmes adversaires

Il précisait alors son projet, en répondant aux critiques, qui empêchaient alors la création d’une telle compétition. En s’éteignant le 10 novembre 1955, Henri Delaunay n’aura jamais vu la réalisation de sa compétition, celle qui serait associée à son nom, quand la Coupe du monde a retenu celui de Jules Rimet. C’est finalement lorsque son fils Pierre Delaunay lui succède à la tête de l’UEFA qu’est créée la Coupe d’Europe des nations.

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