A-t-on encore faim de ballon rond ?

Dans quelques jours, moins de deux semaines après le coup de sifflet de la saison 2020-21, l’UEFA nous sert le dessert avec l’Euro 2020. 87 rencontres, un mois de compétition en plus pour les meilleures équipes : nous allons encore manger du football en ce début d’été. Mais joueurs et spectateurs ont-ils encore faim de ballon rond ?

« Le calendrier est trop important. Il est impossible pour beaucoup de joueurs d’y faire sans préjudicier leur état mental. Ce n’est pas si difficile à comprendre » alertait Pep Guardiola dès octobre 2020. Pourtant, il n’est sûrement pas l’entraîneur le plus à plaindre. Avec un effectif de rêve à quelques centaines de millions d’euros, le Catalan s’est offert un doublé national et une finale de Ligue des champions dans cette cette saison si particulière. Le problème, c’est que cette plainte d’un calendrier trop chargé n’est pas un cas isolé. Klopp, Arteta ou Solskjaer n’ont pas manqué de fustiger ce « nombre incroyable de matches à venir » pour reprendre les mots de l’Espagnol du côté d’Arsenal.

Évidemment, le COVID-19 a directement sa part de responsabilité. En contaminant, le virus met rapidement hors de forme des internationaux pour plusieurs jours, semaines ou mois de compétition. Récemment, le cluster dans la sélection italienne n’a pas épargné les Italiens du PSG, particulièrement Moïse Kean, touché très durement par la maladie, étant incapable de reprendre son souffle lors de son entrée en jeu contre Munich.

Derrière, il faut dire que l’UEFA ne s’est pas rangée dans le sens des sportifs. D’abord en souhaitant à tout prix boucler d’une manière ou d’une autre la saison 19/20, quitte à jouer sous les chaleurs espagnoles en juillet, ou à bricoler un Final 8 délocalisé à Lisbonne, moins d’un mois avant la reprise de la saison 2020/2021. La préparation physique estivale des clubs européens a donc été tronquée. Encore plus pour les équipes ayant fait le voyage au Portugal, à l’image du PSG qui en payé les frais en piochant physiquement sur la première partie de saison. Kylian Mbappé l’a rappelé sur le CFC lors de la remise de son trophée UNFP, la saison a été compliquée à cause de cette fin de saison tardive : pour preuve, Marquinhos, Goretzka ou Süle sont tous sortis sur blessure lors de l’intense première mi-temps du Bayern-PSG. Puis l’institution européenne n’a pas sué pour faire souffler les internationaux : entre trêves internationales durant l’hiver additionnées aux matches européens rapprochés dans le temps, le rythme a été insoutenable entre octobre et mars.

(Source : DailyMercato)

LA CRISE DE FOIE ?

Alors dans quelle forme les joueurs vont-ils aborder cet Euro ? Faut-il craindre le pire pour des internationaux comme Frenkie De Jong ayant déjà plus d’une cinquantaine de matches dans les pattes ? Ce mois de compétition et de préparation en plus ne présage évidemment rien de bon pour la santé physique des joueurs. Inigo Martinez, joueur de l’Athletic Bilba, a d’ailleurs tout de suite décliné sa place pour la Roja, trop fatigué mentalement et physiquement pour disputer l’Euro.

Au-delà de l’intégrité physique des joueurs qui interroge et inquiète, le spectacle sur le terrain est également placé sous le signe de l’interrogation. Jean-Baptiste Guégan lors de notre récente interview rappelait que le spectacle devait être beau pour cet Euro 2020 : « Cet Euro c’est ce qui devrait normalement nous amener à un retour à la vie normale. » Mais comment assurer un spectacle si les artistes sont déjà épuisés avant son démarrage ?

Pire, un spectacle peut-il se dérouler avec seulement un quart de public face à lui ? Difficile de faire sans cette source d’énergie supplémentaire pour les sportifs. Cette saison 2020/21 aux enceintes vides dans les championnats du Big 5 a lassé nombre de passionnés de foot. Le fidèle abonné au stade habitué aux ambiances du stade chaque week-end. Ou l’autre abonné fidèle, aux chaînes cryptées au prix exorbitant, trouvant son compte chaque fin de semaine en prenant plaisir à regarder un match. Ce football sans supporteurs au plus proche du rectangle vert sonne profondément creux et nous laisse parfois de marbre devant celui-ci. Qui n’a pas regretté au moins une fois l’absence de public à Bollaert pour fêter le retour explosif des Lensois dans l’élite ? Ou celui du Parc des Princes pour PSG-Bayern ? Qui n’a pas trouvé Giuseppe-Meazza bien trop silencieux pour accompagner la fougue de l’Inter d’Antonio Conte ?

Alors à une heure où le football international nous divertit de moins en moins, couronné par un Euro délocalisé dans 12 pays différents pour des fins politiques et économiques, qu’en sera-t-il d’une compétition sans supporteurs irlandais inondant pubs et métros ? Sans clapping géant fêtant une victoire de l’Équipe de France ? Certainement une compétition qui semblera loin de nous. Notre petit sourire devant RMC Story quand nous avons vus des sièges garnis au stade du Dragao pour la finale de C1 nous rappelle ô combien le public nous manque.

Source : L’Est Républicain

QUELLE ISSUE ?

Malgré un déroulement inhabituel et peu excitant, le futur pays vainqueur de cet Euro ravivera toute une nation. Et Belges, Hollandais, Anglais, voire Turcs, Italiens ou autres outsiders ont peut-être -plus que jamais- leur mot à dire sur cette édition. Les deux dernières finales européennes nous l’ont prouvées : les statuts de favoris n’ont été que des illusions. Chelsea a été récompensé pour son excellente dynamique depuis 4 mois malgré l’armada citizen, tandis que Villarreal a piégé Manchester United aux tirs au but. Un schéma similaire avec un vainqueur surprise est loin d’être exclu et demeure un scénario de plus en plus possible tant aucune grosse nation ne sort véritablement du lot. Jean-Baptsite Guégan, géopoliticien du foot, est de cet avis là.

« Je pense qu’il faut peut-être s’attendre à un Euro qui ressemblera à l’Euro 1988 ou 2004 : un Euro surprise avec une sélection qui ne sera peut-être pas attendue au départ. Pour plein de raisons : la première c’est qu’aujourd’hui toutes les sélections ont toutes montré qu’elles étaient faillibles notamment les grosses car une grosse partie des joueurs ont eu le COVID qui va niveler les performances. De deux, on ne sera peut-être pas sur un soutien national fort. Même le pays organisateur ne sera pas forcément très soutenu du fait des 12 pays organisateurs. Et puis aujourd’hui on assiste à un nivellement des équipes : si je dois donner la meilleure équipe d’Europe, je n’en vois pas une qui sort du lot. L’Angleterre pourquoi pas, il faut toujours se méfier des Allemands, peut-être la chance de l’Italie et de la Belgique qui reviennent forts… On n’est pas à l’abri d’avoir une épidémie de COVID qui touche une grosse sélection, l’élimine, avec une équipe qui passe en quarts comme ça, qui arrive en demies, sur un match fermé s’en sort aux pénalties et arrive en finale de manière surprenante, puis sur un match tout se joue. C’est l’Euro le plus incertain depuis très longtemps, y’a pas de vrais favoris qui se distinguent car il y’a énormément d’équipes. Une fois qu’on aura vu l’état de forme lors du premier match on saura qui peut prétendre à la victoire finale. Les joueurs ont déjà 50 matches dans les pattes, y’aura pas de vraies grosses préparations, la pandémie sera toujours là »

Publié par Thibaud CONVERT

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