La Grèce à l’Euro, l’illusion de 2004

Premier pays des Balkans à remporter un titre majeur, la Grèce est célèbre pour son parcours à l’Euro 2004 au Portugal. Mais si l’on se plonge dans l’histoire de la 51ème nation au classement FIFA, le sujet n’est pas si beau. Retour sur la plus grande surprise d’un Championnat d’Europe des nations depuis sa création en 1960.

UNE EXPÉRIENCE INTERNATIONALE FAIBLE

Le football en Grèce s’installe comme partout en Europe à la fin du 18ème siècle. La première sélection voit le jour en 1919 lors d’un tournoi à Paris pour célébrer la fin de la guerre. Une équipe composée de joueurs du Panionios et Panathinaïkos se rend un an plus tard aux Jeux à Anvers et s’incline lourdement 9-0 contre la Suède. Mais c’est en 1926 qu’une fédération chargée d’organiser un championnat national voit le jour. Un an plus tard elle se lie avec la FIFA et va donc créer une sélection qui jouera son premier match officiel face à l’Italie le 7 avril 1929. Les années se suivent et se ressemblent alors. Les Grecs échouent en qualification de coupe du monde en enchaînent les résultats en dent de scie. Ils enregistrent par ailleurs leur plus grosse défaite en 1938 face à la Hongrie (11-1).

1980 va être le premier déclic pour les blancs. Ils terminent premiers de leur groupe de qualification et participent donc pour la première fois à un Euro qui se joue à 6 équipes. Un bilan plus que difficile avec deux défaites et un match nul contre le futur vainqueur la RFA. Mais ce qui semblait être le début d’une histoire n’est en fait qu’une illusion. Ils ne parviennent pas à se qualifier aux Coupes du monde 82, 86, 90 et aux Euros 84, 88 et 92. Panagoulias le coach de l’Euro 80 est alors rappelé et parvient à qualifier son équipe pour la Coupe du monde 94 aux Etats-Unis mais échouent de nouveau en phase de poule avec trois défaites et aucun but marqué. Comme après 80, les années suivantes sont compliquées et la Grèce ne parvient pas à passer les qualifications des compétitions internationales suivantes.

L’EURO 2004, UN OUTSIDER QUI SURPREND

(Source : agonasport.com)

Pour rebondir, Otto Rehhagel prend les commandes de la sélection et entame alors les qualifications pour l’Euro 2004. La campagne débute mal avec deux défaites contre l’Espagne et l’Ukraine. Les Grecs se surpassent et remportent les 6 matchs suivants dont celui en Espagne (0-1). Un parcours flamboyant qui permet aux hommes de Rehhagel de se qualifier directement pour cet Euro qui se joue au Portugal. Un exploit puisque qu’ils signent à l’époque seulement leur deuxième participation pour la competition du vieux continent.

Mais les blancs montrent de plus grandes ambitions dès leur arrivée au pays de Salazar. Pour l’ouverture de la compétition, ils affrontent l’hôte de cette édition 2004. Une équipe bien supérieure sur le papier avec des noms comme Luis Figo, la légende du PSG Pedro Miguel Pauleta mais aussi le jeune Cristiano Ronaldo, 19 ans à l’époque. Une équipe au jeu offensif plus que bien rodé, aux antipodes des Grecs. La tactique de ces derniers est claire : effectuer un gros pressing, puis une fois le ballon récupéré, balancer le ballon devant pour espérer surprendre la défense adverse. Zisis Vryzas, du haut de son mètre 90, est l’atout majeur de cette tactique. L’attaquant a pour rôle de jouer les ballons aériens et avec son corps, dos au jeu, de conserver le cuir en attendant l’arrivée de coéquipiers. Il peut également se remettre dans le sens du jeu à l’aide de ses bras puis décaler sur un joueur excentré.

Le pressing constant va s’avérer payant dès les premières minutes de jeu avec une mauvaise passe de Paulo Ferreira. Georgos Karagounis en profite, pas attaqué, il frappe à ras de terre depuis l’extérieur de la surface. Le portier Portugais, Ricardo Pereira, trop court, ne peut empêcher ce tir de franchir la ligne. Nous sommes à la 7ème minute de jeu et la Grèce mène 1-0 face au Portugal. Les hommes de Scolari ont beaucoup de mal à se créer des occasions en ce début de match. Face à une défense Grecque très bien alignée, la seule solution est une frappe de loin. Une situation qui frustre les locaux, jusqu’à copier le jeu de leurs adversaires. Durant ce premier acte, la balle passe une majeure partie de son temps dans les airs de Porto. Les attaques rapides des rouges sont elles vites stoppées par une défense centrale adverse concentrée et qui ne perd aucun duel. C’est seulement en fin de première mi-temps que les Portugais vont décider de poser leur jeu. On découvre alors les failles des outsiders de l’édition. Malgré leur bon placement et des joueurs qui coulissent bien, les Grecs semblent piégés dès que la possession adverse se transforme en véritable occasion. Ils se mettent alors à commettre beaucoup de fautes, nous rentrons dans un match plus que haché. Offensivement, ils sont incapables de construire au sol, un réel défaut de niveau de passes se fait ressentir. Malgré l’entrée de Deco et Cristiano Ronaldo dès la reprise, rien en change. Sans idées, les locaux ne parviennent pas à percer la muraille Grecque. Pire que ça, le jeune prodige de Manchester United va venir faucher Seitaridis dans la surface de réparation. Basinas ne tremble pas et transforme en force ce penalty à la 55ème minute. Le reste du match n’est guère plus plaisant. Le jeu proposé par les deux équipes font endormir le stade et les fautes s’enchaînent. Les Grecs tirent dans le ballon depuis leur camp, sans même chercher à faire des passes. Ce n’est qu’en fin de rencontre que Figo et les siens se réveillent avec un but de la tête de Ronaldo à la 93ème minute.

Pierluigi Collina, célèbre arbitre, met un terme à la rencontre après une dernière tentative repoussée par la défense Grecque. Rehhagel a réussi son coup. Il a battu le Portugal et met une option sur la qualification en quart de finale.

RÊVONS PLUS GRAND

Pour le deuxième match de poule ils affrontent une équipe qu’ils connaissent bien : l’Espagne. En produisant un jeu similaire, les Grecs arrivent à accrocher la Roja 1-1 et se permettent de rêver à la qualification. Le dernier adversaire est la Russie quand le Portugal et l’Espagne jouent le match de la mort. À ce moment de la compétition Grecs et Espagnols sont à égalité avec 4 point, à une petite unité devant les locaux. Un faux pas contre la Russie serait une très mauvaise opération, synonyme d’élimination en cas de nul dans l’autre rencontre. Mais les blancs et bleus aiment le risque. Défaits 2-1, ils peuvent remercier leur nombre de buts marqués supérieur à l’Espagne qui, battue par les hôtes, est éliminée de cet Euro.

(Source : agonasport.com)

Terminant deuxièmes, ils doivent affronter un premier. Entre la Suède, la République Tchèque et la France, le destin leur offre les champions en titre menés par leur capitaine, Zinedine Zidane. Mais impossible n’est pas Grec. Nous nous en rendons compte dès le début, ces équipes qui partagent les mêmes couleurs ne partagent pas la même philosophie du football. Le ballon d’or 1998 ne peut jouer comme il le veut, sans cesse fauché par un adversaire, comme tous ses coéquipiers. Incapables de construire, leur tactique ne change pas. La rapidité et les longs ballons devant se devront de surprendre les Français. C’est le cas à la 14ème minute sur un coup franc très lointain où une tête Grecque bien placée vient jeter un froid dans la surface Française. Barthez, très vigilant arrête le ballon sur sa ligne. À l’instar des Portugais, les bleus sont perdus face à la surprise de cet Euro. Ils ne se trouvent pas et laissent la Grèce se créer les meilleures occasions en première période. Au retour des vestiaires le spectacle ne s’améliore pas, au contraire. Seule une reprise de volée de Thierry Henry vient réveiller le public. Même Zidane se met à manquer ses passes, les Français n’y sont pas du tout. Comme prêts à se faire éliminer par une équipe foncièrement moins impressionnante et plaisante à voir jouer. À la 64ème minute, Lizarazu se fait éliminer par Zagorakis qui prend tout son temps pour centrer et dépose le ballon sur la tête de Charisteas. Ce dernier envoie un véritable coup de casque sous la barre de Barthez, figé. Malgré leurs nombreuses tentatives, les bleus n’arrivent à égaliser et s’inclinent prématurément dans cet Euro. Rehhagel et sa bande passent eux, un nouveau cap et se présentent face à la République Tchèque pour un billet en finale.

(Source : agonasport.com)

Contre Pavel Nevdev et cette séduisante sélection de la République Tchèque, rien ne change. Mais en gardant ce plan de jeu, le match est étouffant pour les Grecs. La facilité technique de leurs adversaires les met en difficulté des les premières minutes de jeu. Mais eux aussi bousculent les Tchèques qui commettent beaucoup de fautes lors des contre-attaques. En fin de première période, le maitre à jouer Nevded, blessé, cède sa place et fragilise son équipe. Un fait de jeu qui refroidit les deux équipes et gèle la rencontre au milieu de terrain. À dix minutes du terme, Rosicky et Koller dédoublent avant que ce dernier frappe, seul dans la surface de réparation. Nikopolidis voit la balle lui passer juste à sa droite, impuissant. Heureusement pour lui cette même balle meurt à coté de son poteau. 12 minutes plus tard, l’arbitre siffle la fin de la rencontre et des prolongations débutent. Avec rappelons-le, la règle du but en argent mise en place pour cet Euro. Si une équipe mène à la fin de la première période de la prolongation, elle remporte son match et se qualifie pour le tour suivant. Un point dont les Grecs vont venir profiter au meilleur des moments. Sur un corner tendu à la 104ème minute, Dellas vient mettre un coup de tête rageur, imparable. C’est fait, la Grèce de Rehhagel est en finale de l’Euro 2004 où elle s’apprête à affronter… le Portugal !

LA GRÈCE DE 2004, LE PORTUGAL DE 2016, MÊME COMBAT ?

Vainqueurs lors du match d’ouverture, les Grecs ne comptent pas laisser les rouges prendre leur revanche. Mais la tâche sera difficile face aux quatre de devant. Figo, Deco, Pauleta et Ronaldo tous titulaires pour franchir la muraille blanche. Mais l’agressivité de la défense emmenée par Dellas sème de nouveau le doute dans tout un pays. Une agressivité que nous retrouvons également chez les Portugais ce qui, comme en phase de groupe, rend le match très haché. Au total 37 fautes ont été commises par les protagonistes. La première mi-temps est assez terne, les deux équipes se maîtrisent sans prendre le moindre risque. Alors on commence à croire que l’exploit est possible. Ce petit pays de football qu’est la Grèce pourrait pousser l’exploit jusqu’au bout. Mais coté terrain le Portugal pousse de plus en plus, acculant les Grecs dans leur camp. Mais sur la seule et unique frappe cadrée des blancs tout bascule. Comme en demi-finale, c’est un corner qui vient chambouler la rencontre. Ricardo doute de lui et ne sort pas assez pour toucher le ballon très haut frappé par Basinas. Charisteas en profite et marque de la tête dans le but vide. Les supporters qui ont fait le déplacement explosent, la Grèce doit maintenant tenir 35 minutes. Et tenir ils savent le faire. C’est tout ce qu’ils ont fait durant le tournoi. Tenir sans produire. Commence alors un attaque défense irrespirable. À l’image d’une frappe peu puissante mais très bien placée de Deco à la 89ème minute. Le ballon s’en va mourir juste à coté du but de Nikopolidis, encore une fois chanceux. Mais voila, l’histoire avait décidé en cette année 2004 de récompenser Otto Rehhagel. L’arbitre siffle la fin de cette finale au combien dominée par le Portugal (17 tirs à 4), la Grèce est championne d’Europe. Les larmes de Ronaldo et le silence des supporters locaux témoignent de ce que nous vivons ce 4 juillet 2004 : un vol vient de se passer sous les yeux du monde entier.

(Source : Lecorner.fr)

Mais peut-on pour autant comparer la Grèce de 2004 au Portugal de 2016 ? Dans le jeu certainement. Ce n’est pas un football plaisant à regarder. Dans les résultats aussi. Certes la défense des blancs est solide (aucun but pris en phase finale) mais nous en sommes très loin offensivement. Jamais les Grecs n’auront dominés une rencontre, bien souvent fonctionnant en contre-attaque avec de longs ballons devant. Effectif trop faible pour fonctionner autrement ? Argument sans nul doute irrecevable. Et c’est Monsieur Marcelo Bielsa qui pourra vous le dire lui même. Dans un football qui a changé certes, le coach de Leeds est parvenu cette saison à produire plus que du beau jeu avec des résultats qui en découlent. Le tout sans avoir un effectif très impressionnant, loin de là. Toujours est-il que la comparaison entre la Grèce et le Portugal s’arrête lorsque nous épluchons les effectifs. Il faut souligner le collectif des Grecs qui ne pouvaient se reposer sur des individualités. C’est ensemble que l’équipe dirigée par Rehhagel est venu prendre cet Euro. Sans aucun plaisir pour le spectateur, mais pour le plaisir de tout un pays.

Avant l’Euro 2004 l’histoire de la sélection Grecque n’était pas très longue, et depuis… rien n’a changé. Malgré les qualifications pour l’Euro 2008 et 2012 ainsi que pour les coupes du Monde 2010 et 2014, le pays traverse une période très compliquée. Critiquée pour son jeu, elle n’est pas appréciée par une partie des fans de football. Les sélectionneurs se sont enchaînés et depuis le grand ménage orchestré par Claudio Ranieri en 2015, tout s’est effondré. L’équipe n’était pas présente en France en 2016, pas plus qu’en Russie en 2018 et encore moins qu’à l’Euro 2021. En reconstruction, la Grèce se cherche une identité. Loin des résultats c’est un jeu plus offensif et plaisant pour les yeux que la fédération cherche à obtenir. De quoi réconcilier cette sélection avec ceux qui considèrent l’Euro 2004 comme un vol.

Le football et la Grèce est une histoire semée d’embuches. Un parcours compliqué, presque fantomatique avant 2004. Un exploit très critiqué en éliminant les champions en titre Français, les très plaisants Tchèques puis les locaux Portugais. Et depuis des années sombres, symbolisées par l’absence de la sélection dans les dernières compétitions internationales. Alors si vous ne voyez pas Mavropanos et autres joueurs prometteurs Grecs à cet Euro 2021, vous pouvez compter sur eux et leur solidarité durant les qualifications pour le Qatar 2022. Troisième de son groupe avec deux matchs nuls, la sélection de l’Est européen n’a pas dit son dernier mot.

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