Memphis Depay, trublion devenu lion

En fin de contrat à l’OL après quatre ans et demi passés entre Rhône et Saône, Memphis Depay devrait selon toute vraisemblance s’engager avec le FC Barcelone dans les prochaines heures. Exaspérant à son arrivée dans la capitale des Gaules, le néerlandais part finalement dans la peau d’un joueur de classe mondiale. 

« À Manchester, j’avais perdu ma joie et mon football. À Lyon, je les ai retrouvés. J’avais à peine 23 ans quand je suis arrivé. J’ai changé, j’ai grandi. Ici, je suis devenu un homme. » Mercredi 20 mai, à quelques jours de son dernier match avec l’OL, Memphis Depay revient, dans les colonnes de L’Equipe, sur son séjour lyonnais.

Entre le néerlandais et l’OL, l’histoire débute le 18 janvier 2017. Cantonné au banc à Manchester United sous les ordres de José Mourinho, Memphis Depay choisit de signer à l’Olympique Lyonnais pour se relancer. Alors âgé de 23 ans, l’international batave s’engage pour 4 ans et demi avec le club rhodanien. Après une période de vaches maigres due au coût de la construction du stade, l’OL est de retour sur le marché des transferts. Pour la première fois depuis la signature de Yoann Gourcuff six ans et demi plus tôt, Jean-Michel Aulas tient une recrue de poids en la personne de Memphis Depay. 

(Source : Eurosport)

UN GRAIN DE FOLIE À APPRIVOISER

À Lyon, l’ancien ailier du PSV est très attendu. Il faut dire que sa Coupe du monde 2014 et son côté rockstar intriguent et suscitent l’espoir. 

Sur une bonne dynamique après plusieurs belles victoires glanées face à Paris et face à Marseille notamment, l’OL évolue en 4-2-3-1 à l’arrivée du néerlandais. Si Alexandre Lacazette est inamovible à la pointe de l’attaque, Bruno Genesio peut également compter sur le récent retour en grâce de Mathieu Valbuena. Comme à Manchester sous Louis Van Gaal puis José Mourinho, c’est sur l’aile gauche du 4-2-3-1 de Bruno Genesio que Memphis Depay dispute ses premières minutes sous le maillot rhodanien. Très vite, un potentiel important est palpable. Mollets saillants dans chaussettes baissées, le néerlandais est capable de faire de gros dégâts sur son côté gauche. Pourtant, bien que loin d’être inintéressantes, les premières apparitions de l’ancien joueur du PSV laissent un goût d’inachevé. Relativement à l’aise en un contre un, Memphis a tendance à trop en faire. Outre-Manche, déjà, ce goût trop prononcé pour le dribble lui est reproché. Ancien joueur d’Arsenal désormais consultant pour Sky Sports, Charlie Nicholas y va fort au moment d’évoquer le jeune batave : « C’est un joueur de cirque et Mourinho déteste ça. C’est le Neymar du pauvre. Quand il dribble un joueur, il attend que ce dernier revienne pour tenter de le dribbler à nouveau. Je suis effaré de voir le prix auquel ils vont le vendre. Ce n’est pas un hasard s’il n’y avait aucune autre offre… » lâche le consultant quelques jours avant le départ de la jeune star de Manchester United. 

À Lyon, Memphis Depay doit grandir et épurer son jeu s’il veut retrouver les top clubs auxquels il aspire. Interdit de participer à la campagne de Ligue Europa de sa nouvelle équipe en raison de quelques minutes disputées un peu plus tôt dans la compétition avec Manchester United, Memphis Depay termine la saison 2016/2017 de Ligue 1 sans faire grand bruit. Enfin, le néerlandais est tout de même auteur de quelques coups d’éclats comme ce lob inscrit depuis sa moitié de terrain face à Toulouse. 

BRUNO GENESIO, LA CAROTTE ET LE BÂTON

Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso et Maxime Gonalons partis, Memphis Depay est très attendu à l’aube de la saison 2017/18. En présence d’une équipe sans leader naturel,  Bruno Genesio décide de responsabiliser celui qui sera la clé de voûte de son système, Nabil Fekir. Désormais remis à 100% de sa rupture des ligaments croisés, le natif de Vaulx-en-Velin est désigné capitaine par l’ex-entraîneur de Villefranche-sur-Saône. Ailier depuis son retour de blessure, l’international français évoluera même au poste de numéro 10 qu’il occupait lors de la saison de son explosion, en 2014-2015. Toujours positionné sur l’aile gauche du 4-2-3-1, Memphis Depay se cantonne quant à lui à un rôle de lieutenant de luxe du numéro 18 lyonnais. 

Pour le natif de Moodrecht, le début de saison est, à l’image des six mois précédents, en demi-teinte. Si Nabil Fekir rayonne dans son nouveau rôle, Memphis Depay demeure, bien que régulièrement décisif, un intermittent du spectacle. Désemparé, Bruno Genesio tente de piquer son joueur. Face à Monaco, Marseille, Paris ou encore Villarreal, le néerlandais débute sur le banc. Puis, au moment d’entrer, tel un diable sortant de sa boîte, Memphis Depay montre qu’il n’est pas un joueur comme les autres. Le 21 février 2018, il est 21h53 à Décines-Charpieu lorsqu’à quelques secondes de la fin du match, l’OL et le PSG se neutralisent (1-1) au Groupama Stadium. Buteur un peu plus tôt dans la partie, Layvin Kurzawa rate son dégagement sur la ligne médiane. À 50 mètres du but parisien, Nabil Fékir récupère. Alors que le capitaine lyonnais remonte le ballon, la foule s’embrase. Sur l’aile gauche, Memphis Depay lève le bras et réclame le ballon. La suite est une séquence culte de la carrière du commentateur de Canal + Stéphane Guy. Bien déterminé à faire chavirer ses supporters, le néerlandais élimine Giovanni Lo Celso avant de déclencher une frappe imparable dans la lucarne droite d’Alphonse Areola. Brutal. Les doigts dans les oreilles, Memphis Depay salue ses détracteurs. 

Oui mais voilà, à Bordeaux puis face à Rennes, l’international batave retombe dans ses travers. De quoi inciter Bruno Genesio à utiliser de nouveau le levier de la non-titularisation face à Villarreal en Ligue Europa. Rebelote. Tout juste entré en jeu, Memphis fait couler le sous-marin jaune d’une frappe violente en première intention. Le déclic ? Toujours pas. Il faut attendre le sprint final pour voir l’ancien du PSV performer lors de plusieurs matchs d’affilée. 

Une nouvelle fois clutch dans le temps additionnel à Marseille, Memphis finit la saison en trombe. Buteur lors de cinq matchs à la suite en avril, il permet à l’OL de décrocher son ticket pour la phase de poules de la Ligue des Champions lors de l’ultime journée de championnat. Ce soir-là, Walter Benitez et les niçois ne peuvent rien face à la prestation majuscule du néerlandais. Un centre coupé au premier poteau d’abord, un coup franc sous le mur ensuite avant de terminer par un majestueux petit ballon piqué. Dans un Groupama Stadium plein à craquer, Memphis Depay fait le show. Encore inconstant, le néerlandais réalise tout de même la meilleure saison de sa carrière sur le plan statistique (22 buts et 17 passes décisives). Suivent quelques déclarations malencontreuses. Memphis Depay clame haut et fort ses envies de « grands clubs ». 

MARQUER LE CLUB DE SON EMPREINTE

(Source : La Dépêche)

Pour atteindre ses rêves, Memphis Depay doit décoller l’étiquette d’intermittent qui lui colle à la peau. Pourtant, les mois se suivent et se ressemblent pour l’international batave. À l’OL, 2018/2019 n’est toujours pas sa saison. Désormais incontournable sous Ronald Koeman à la pointe de l’attaque des Oranje, le néerlandais continue de déjouer sur son aile gauche lyonnaise. Pourtant, à Lyon, Bruno Genesio ne veut pas entendre parler d’un changement de poste pour Memphis. Une situation exceptionnelle se présente le 14 septembre 2018. En ouverture de la phase de poules de la Ligue des Champions, l’OL se déplace à l’Etihad Stadium pour y affronter Manchester City. Alors que tout le monde annonce une véritable boucherie pour les lyonnais face au rouleau compresseur Citizen de Pep Guardiola, Bruno Genesio aligne une composition d’équipe inédite. Pour la première fois de sa carrière, Memphis Depay est aligné seul à la pointe du 4-2-3-1 du technicien rhodanien. Sa prestation est exceptionnelle. Contre toute attente, l’OL s’impose en Angleterre ! Si toute la lumière est mise sur Nabil Fekir, dans l’ombre de son capitaine, Memphis Depay réalise 90 minutes de grande classe. Dos au jeu, l’ancien du PSV est intraitable, permettant à son équipe tantôt de souffler, tantôt de contrer . De quoi donner envie de capitaliser là-dessus pour la suite du championnat ? Pas pour Bruno Génésio. S’il aligne le même onze de départ lors du week-end qui suit face à l’OM (victoire 4-2), le technicien français repositionne Memphis sur l’aile gauche dans la foulée, désireux de faire une place à la recrue phare de l’été, Moussa Dembélé.  

La saison passe et s’avère finalement une nouvelle fois en demi-teinte pour Memphis Depay. Le constat est d’autant plus regrettable qu’en sélection, l’attaquant néerlandais rayonne. À l’intersaison, les départs coordonnés de Bruno Genesio puis de Nabil Fékir lui confèrent enfin le statut de joueur clé de l’équipe. Venu pour lancer une nouvelle ère, le tandem Juninho-Sylvinho compte bien faire de l’ancien mancunien un homme de base du nouveau projet lyonnais. 

Si les débuts sont encourageants, le temps se gâte très rapidement pour Sylvinho et pour l’OL. Après neuf petits matchs de Ligue 1 et une pâle défaite dans le derby, le technicien auriverde est remercié puis remplacé par Rudi Garcia. 

RUDI GARCIA, LE DÉCLIC

(Source : Footsur7)

L’arrivée du natif de Nemours sur le banc lyonnais est un déclic pour l’attaquant formé au PSV Eindhoven. À l’image de ce qu’avait fait Bruno Genesio avec Nabil Fekir deux ans plus tôt, l’ancien entraîneur du LOSC décide de confier le brassard à Memphis Depay. Au-delà du capitanat, le néerlandais évolue désormais à la pointe de l’attaque lyonnaise. Clés de l’animation offensive de l’équipe en main, Memphis se montre tout de suite à son avantage. Face à Metz, pour le deuxième match de Rudi Garcia sur le banc lyonnais, c’est lui qui, au bout d’une superbe chevauchée, débloque la situation. Même chose à Toulouse où, alors que l’OL est tenu en échec dans le temps additionnel, Memphis Depay prend le ballon aux 25 mètres et s’en va seul tromper Baptiste Reynet, permettant à l’OL de l’emporter. Face à Leipzig aussi, alors que l’OL est mené 2-1 à dix minutes du terme au Groupama Stadium, le néerlandais protège bien son ballon dans la surface allemande avant de pivoter puis d’envoyer une frappe croisée millimétrée dans le petit filet de Peter Gulacsi. Ce soir-là, le but du néerlandais qualifie l’OL pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. 

En patron, Memphis Depay assume son nouveau statut de capitaine. Jusqu’à prendre en grippe un supporter qui, à la fin du match face à Leipzig, pénètre sur la pelouse avec une banderole « Marcelo dégage ». Quelques minutes après le match, Memphis prend la parole en zone mixte, demandant à ses dirigeants d’agir : « Je suis furieux, en colère. Je ne sais pas quoi dire. On n’a pas fait notre meilleur match, mais on s’est qualifiés. C’est extrêmement difficile de jouer pour une équipe en sachant que l’un d’entre nous est en conflit avec les supporters. Ça n’a aucun sens de jouer dans un stade plein si on ne peut pas se réjouir ensemble après le match. On veut faire un avec nos fans, mais eux ne veulent pas faire un avec nous. Après la rencontre, c’est au président et aux dirigeants de prendre leurs responsabilités quant aux solutions. Si vous quittez le terrain avec ce sentiment, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. C’est dur de rester calme » déclare l’attaquant lyonnais au micro de RMC Sport.

(Source : RTL)

En récupérant le brassard, Memphis Depay est passé du gamin irritant au chef de meute fédérateur. Malheureusement, alors qu’il donne enfin la pleine mesure de son potentiel, le néo-capitaine lyonnais est victime le 15 décembre 2019 d’une rupture des ligaments croisés. Un terrible coup dur qui le prive d’une fin de saison durant laquelle l’OL déçoit. S’il compte initialement revenir pour l’Euro 2020, le Covid modifie les plans de Memphis Depay. La compétition étant reportée, le néerlandais a désormais le Final 8 en ligne de mire. Titulaire pour le match retour face à la Juventus le 7 août, Memphis Depay pioche physiquement mais parvient à envoyer l’OL en quarts d’une panenka pleine de sang-froid. Face à Manchester City, il débute à nouveau, associé à Karl Toko-Ekambi à la pointe de l’attaque. Quand le camerounais a pour mission de prendre la profondeur, le néerlandais se mute en un point d’appui polyvalent, rôle qu’il affectionne tout particulièrement. Là encore, bien que rapidement à la peine physiquement, Memphis est très précieux dans la gestion des temps forts et faibles. Le seul regret intervient pour lui lors de la demi-finale face au Bayern Munich lorsque, parfaitement lancé par Maxence Caqueret dans la profondeur, il ne parvient pas à donner l’avantage à l’OL en tout début de match. La chance lyonnaise est passée. En face, Serge Gnabry et le Bayern ne se font pas prier pour tuer les espoirs d’Anthony Lopes et sa bande (0-3).

Après quelques jours de repos, l’OL fait son retour sur la scène hexagonale. Septièmes au moment de l’arrêt définitif du championnat en avril, les protégés de Jean-Michel Aulas ne jouent pas de Coupe d’Europe. Un match par semaine donc et l’objectif avec un effectif quasiment inchangé de retrouver la Ligue des Champions en 2021/2022. Après un début de saison poussif, le 4-3-3 mis en place par Rudi Garcia se met en ordre de marche. À la pointe de l’attaque, alors qu’il a retrouvé l’intégralité de ses moyens physiques, Memphis rayonne. Véritable 9 sur le papier, le capitaine de l’OL occupe en réalité un rôle d’organisateur, permettant aux deux ailiers Karl Toko-Ekambi et Tino Kadewere de plonger dans son dos.

Loin de ses premières saisons, le jeu de Memphis Depay est désormais quasiment vierge de déchet. Le poulet sans tête est devenu un leader exemplaire. Toutefois, pas suffisant pour faire remporter à un OL champion d’automne son neuvième titre de champion de France. Hyper régulier et principal responsable du retour en grâce de son équipe d’octobre à janvier, Memphis Depay est trop seul en deuxième partie de saison, victime de la très nette baisse de régime de ses deux compères d’attaque, Karl Toko-Ekambi et Tino Kadewere. Auteur de 21 buts et de 12 passes décisives, Memphis ne parvient pas à éviter quelques défaites évitables concédées à domicile face à Metz, Montpellier ou Lille. La réception du LOSC est d’ailleurs le tournant de la saison lyonnaise. Alors qu’ils mènent 2-1 à la pause, les lyonnais finissent par perdre un match crucial dans la course au titre. Ce soir-là, Memphis et l’OL ont dit adieu à l’Hexagoal.

(Source : Eurosport)

Après s’être offert un sursis au Stade Louis II pour obtenir une place en Ligue des Champions, l’OL craque encore lors de la dernière journée face à Nice au Groupama Stadium (2-3). Là encore, les lyonnais mènent 2-1 à la mi-temps. Cette fois, pas de miracle comme trois ans auparavant lorsqu’un triplé de Memphis avait offert le dernier ticket en Ligue des Champions à l’OL face à Nice. Plein de regrets, l’international quitte à 27 ans un club dans lequel il sera resté 4 ans et demi, sans titres certes, mais haut placé dans le cœur des supporters lyonnais. 

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