Bons baisers d’Europe

« Dans une famille on a beau avoir vécu les mêmes choses, on n’a pas les mêmes souvenirs » disait Marie Darrieussecq. Il en va de même pour chaque fan de football. Chaque nation a son histoire que partagent unanimement leurs supporters, selon l’âge et le degré de passion. Toutefois, à travers chacun des événements qui font une sélection nationale se forge un souvenir unique pour chacun fan.

« Ce qui me plaît en vous, je ne puis savoir pourquoi, ce sont mes souvenirs » faisait dire Alain Fournier au personnage de Valentine dans Le Grand Meaulnes. Un geste fort, une décision inattendue, un but spectaculaire, chaque instant d’une compétition peut laisser une trace à jamais et entretenir la flamme. Nul doute que dans chacun de ces pays, et non seulement en Finlande et Macédonie du Nord qui participent à leur premier Euro, de nouvelles flammes s’allumeront et de précieux souvenirs viendront étoffer la mémoire des inébranlables. À la manière des sorciers d’Harry Potter, j’ai donc demandé à des supporters des 24 nations qualifiées à l’Euro 2020 de se munir de leur baguette magique pour extraire de leur mémoire un souvenir unique de leur sélection nationale à l’Euro. Témoignages.

Groupe A – Italie

Je suis la Squadra Azzura avec grande régularité depuis désormais dix ans et je m’intéresse également aux équipes de jeunes depuis quelques années. Étant né en Belgique, je compte partager un souvenir de l’Euro 2016 lié à ce pays. Le 13 juin 2016, l’Italie et la Belgique s’affrontent à Lyon. Ce match est la grosse affiche du Groupe E. La génération dorée belge menée par Marc Wilmots face à une Nazionale combattante dirigée par Antonio Conte. En 2014, l’Italie sort en phase de poules en terminant derrière l’Uruguay et le Costa Rica alors que la Belgique fait un mondial assez satisfaisant, éliminé en quart contre l’Argentine, futur finaliste. Marc Wilmost reste sur le banc de la Belgique alors que l’Italie remercie Prandelli et fait venir Antonio Conte qui est loin d’être un homme anodin dans le football italien. Il qualifie l’Italie à l’Euro 2016 avec une équipe qui a réalisé des performances plus que correctes en terminant invaincue. La Belgique termine également 1ere de son groupe de qualification, avec une seule défaite. Je vis à Bruxelles et je peux vous assurer que les Belges étaient très très confiants à la veille de ce match. La campagne publicitaire de la marque de bière belge Jupiler, sponsor de la sélection, disait :  » Les Italiens parlent avec les mains, nous on joue avec les pieds ». L’Italie ne faisait, en bref, pas peur à cette équipe belge et à son peuple.

Détournement de la campagne de pub de Jupiler après la défaite de la Belgique trouvé ici.

Après les matchs de qualification à l’Euro viennent les matchs de préparation. Je n’en retiens pas du positif. Ce n’était que des matchs amicaux, mais la Squadra Azurra me semblait très stérile. Elle avait du mal à se créer des occasions, malgré une base solide derrière avec la fameuse BBC de la Juve. C’était sa seule certitude, avec au milieu Daniele De Rossi, la pièce maitresse. Après la blessure de Marchisio, Conte a pris des joueurs intelligents qui savent s’adapter comme Parolo ou Sturaro. Ces joueurs ont donné une âme à cette équipe et ont bien assimilé ce que voulait Antonio. Pareil pour les pistons. Avec le temps, Conte a également trouvé son duo d’attaque Pellé-Eder. En Belgique, il y a une énorme communauté italienne depuis plusieurs décennies. C’était un match qui était fortement anticipé. Arrive enfin le jour du match, le 13 juin 2016. Le match débute par une bonne possession belge mais l’Italie défend très bien en bloc bas. Petit à petit, l’équipe a gagné en confiance et en maitrise. Vers la 30e minute, l’Italie fait tourner la balle au niveau du rond central et Giaccherini sort un appel exceptionnel.

À son poste de mezalla, c’est un joueur qui doit savoir lire le jeu prendre les espaces, qui doit être capable de donner du soutien sur le flanc et attaquer la surface adverse quand il faut et à ce niveau-là il correspondait parfaitement à ce que voulait Conte. L’action du 1er but c’est une action typique dont Conte a dû parler à ses joueurs dans la préparation du match. Bonucci fait une transversale du rond central, puis Giaccherini ne tremble pas devant Courtois. Après ce but, on sent vraiment que la Belgique prend un coup de massue et l’Italie est proche de marquer le but du break juste avant la mi-temps. Le match se rééquilibre un peu en début de 2nde. Un corner raté de l’Italie donne une grosse situation à la Belgique qui part en contre. De Bruyne arrive à mettre Lukaku pratiquement seul devant Buffon, qui fait une sortie assez correcte pour le gêner et Lukaku rate le cadre en voulant le lober. C’est la 1ere vraie occasion belge de ce match, à la 55e. L’Italie défend correctement en bloc bas mais c’est difficile d’imaginer ne concéder aucune occasion nette pendant la demi-heure restante. Origi se retrouve avec une balle d’égalisation à la 80e. Heureusement pour la Squadra, sa tête n’est pas cadrée. L’Italie dans le temps additionnel arrive à mettre le but du break par Pellé. Ce but est très significatif. Il ne veut pas seulement dire que l’Italie a battu la Belgique. Il veut également dire qu’il faut compter sur l’Italie pour cet Euro, que l’Italie n’est pas morte comme beaucoup le pensaient. Peu de gens auraient misé sur une victoire de l’Italie. Cette victoire italienne, c’est très cliché de dire ça, mais c’est une victoire à l’italienne clairement. Une Italie moins forte techniquement, qui arrive à l’Euro sans réelles certitudes mais qui aura su faire déjouer tous les pronostics. Cette équipe sait qu’elle a un manque de qualités offensives, mais elle sait aussi qu’elle a une base solide et chaque joueur sait ce qu’il doit faire. Cette victoire est également la victoire du peuple italien en Belgique. J’ai vécu ce match chez moi parce que j’étais en période d’examen mais il m’a tout de même marqué et a eu une signification très importante pour la suite de la compétition.

Pronostic Euro 2021 : Il faut y aller pas à pas. Cette sélection revient de loin et n’a plus joué de compétition depuis 5 ans. L’Italie n’est pas habituée à rater les compétitions. C’était vraiment un drame pour nous. L’Italie devrait logiquement passer sa poule, sans devoir compter sur les autres. Ça reste une compétition européenne donc la suite va dépendre du tirage, des blessures et autres imprévus. L’Italie n’a pas affronté de « gros » adversaires durant les matchs amicaux. Beaucoup pensent qu’elle va se casser les dents lorsqu’elle va tomber sur une nation plus forte. Je pense tout de même que cette équipe peut se créer de belles occasions contre tout le monde, il faut seulement voir si elle est capable de concrétiser ses chances. En tout cas, si elle est éliminée, ce ne sera pas en sortant la tête baissée.
– Vito, étudiant italien en Belgique, 19 ans

Mon plus beau souvenir italien lié à l’Euro est le match d’ouverture de la Squadra en 2016 face à la Belgique. J’étais très sceptique pour cette compétition. L’Italie n’était pas dans la plus grande des formes. Le groupe d’Antonio Conte me faisait très peur. Face à la Belgique, j’ai souvenir de Giaccherini dans l’axe ou d’une association Eder-Pellé devant. Mais j’avais tout de même confiance en Conte, notre très bonne défense et nos cadres expérimentés De Rossi et Candreva. Le match face à la Belgique commence et nous sommes très rapidement mis en difficulté mais on s’en sort quand même bien. Jusqu’à cette ouverture du score de Giaccherini ! La passe de Bonucci est parfaite et Giaccherini sort de nulle part. Pellé doublera la mise en fin de match. Les deux autres matchs de poule ne restent pas dans l’histoire avec la victoire acquise à la dernière minute face à la Suède et la défaite contre l’Irlande. Le match qui m’a vraiment marqué est donc Italie-Belgique remporté 2-0. La victoire est belle et la grinta est exceptionnelle ! On avait pas un onze qui vendait du rêve mais j’ai été particulièrement impressionné par le match de Pellé. Buffon aussi a été impérial et ce tout le reste de la compétition.
– Théo, 21 ans, rédacteur à Calciomio depuis 3 ans

L’Italie n’a gagné l’Euro qu’en 1968, donc un an avant ma naissance. C’était un événement dont j’entendais beaucoup parler durant mon enfance. Toutefois, ce n’est qu’en 2000 que mon premier souvenir mémorable de l’euro est arrivé : la demi-finale Italie – Pays-Bas. Un match inoubliable qui nous a propulsé en finale contre la France. Nous avons gagné aux tirs aux buts contre les Pays-Bas et ça n’arrive pas tous les jours ! Ils étaient pourtant les favoris, jouaient à domicile, l’équipe italienne s’est rapidement retrouvée à 10 et un penalty est sifflé pour les Pays-Bas… Et malgré tout on a gagné ce match.

Pronostic Euro 2021 : la Squadra est une équipe solide, qui joue bien. Bien sûr qu’on peut gagner l’Euro, mais je ne pense pas encore que ce soit pour cette année. Les autres équipes semblent tout simplement mieux équipées, au vu de l’expérience et du potentiel des joueurs. Je pense notamment à la France, qui n’a pas gagné la dernière Coupe du monde par hasard !
– Fabio Grosso (heureux homonyme), 52 ans, Udine

Je suis l’équipe nationale italienne depuis un certain temps déjà. Ma passion pour la Squadra Azzura est née lors de la Coupe du monde 2006. Mon plus beau moment avec l’Italie à l’Euro est la performance de Mario Balotelli contre l’Allemagne en 2012. Son premier but, d’une belle tête, était formidable et sa célébration en agitant son maillot et en montrant son amour pour son pays était magnifique à voir. Il est souvent critiqué, même dans son propre pays. C’est donc magnifique de voir sa passion et son amour pour l’Italie. Son deuxième but a été marqué d’une frappe magistrale qui a battu Manuel Neuer, l’un des meilleurs gardiens du monde. La célébration qui a suivi est emblématique et tout les Italien s’en souviennent. Il a retiré son maillot et a pris une pose iconique. La performance globale de Balotelli contre l’Allemagne est le moment le plus marquant de sa carrière en Italie.
– Raffaele, rédacteur de la newsletter The Calcio Corner et présent sur le compte Twitter @ItalianoCalcio

La célébration iconique de Balotelli après son doublé contre l’Allemagne en 2012. Crédit : 808.paint

Groupe A – Suisse

Nous n’avons pas le même éventail de choix en tant que supporter de la Nati entre la coupe du monde et l’Euro. Je suis né en 1999 donc mes premiers souvenirs de foot sont durant la coupe du monde 2006. Le premier Euro auquel on participe c’est en 96, en Angleterre. Même si c’est notre premier, il n’a pas de dimension vraiment historique parce que deux ans plus tôt, aux Etats-Unis, on joue la coupe du monde, notre première compétition depuis 28 ans. On ne réussit d’ailleurs pas très bien nos deux premiers Euros entre celui-ci et celui de 2004. À part le record de jeunesse de Johann Vonlanthen (plus jeune buteur de l’histoire des phases finales du Championnat d’Europe des Nations) et le fait que ce soit la seule compétition avec la Nati pour certains joueurs, j’ai pas l’impression qu’on ressasse très souvent cet Euro 2004. Ce qui nous laisse deux choix : l’Euro 2008 et l’Euro 2016. Selon moi, ces deux Euros se résument en une image. Pour l’Euro 2008, qui se passe en partie chez nous, il y avait un certain enthousiasme, qui n’était pas forcément lié à l’équipe de football. Michel Pont (entraineur adjoint de l’époque) a dit quelques années plus tard que les deux ans de matchs amicaux, avant la compétition, avaient fait beaucoup de mal à l’équipe parce qu’ils n’avaient pas permis de bien se préparer pour l’Euro. J’ai un peu l’impression que du côté des supporters c’était pareil. On se réjouissait d’accueillir la compétition mais les matchs amicaux n’étaient pas très drôles et l’équipe n’était pas dans une bonne dynamique. Lors du premier match, contre la République Tchèque, Alex Freï se blesse au bout de trente minutes. Malgré la domination, on perd le match sur une contre-attaque. La suisse perd trois jours plus tard contre la Turquie et avec les résultats des autres équipes, on se retrouve dans une situation très bizarre. Quatre jours après le début de la compétition, nous sommes éliminés. Cet Euro est passé en un clin d’œil dans le sens où il ne s’est rien passé entre la blessure de Freï et l’élimination. Les larmes de Freï résument tout. Le dernier match contre le Portugal on le gagne, ça fait plaisir à quelques personnes au stade, mais je crois que je l’ai même pas regardé.

Le retourné fantastique de Shaqiri face à la Pologne à l’Euro 2016. Crédit : 808.paint

Pour l’Euro 2016, si il y a un souvenir à garder, c’est la bicyclette de Shaqiri. Parce que ce geste est incroyable et inattendu. Inattendu, parce que j’ai trouvé la Suisse moins bonne que la Pologne dans ce 8e de finale. Même si on s’accroche il y a un moment où on se résigne et cette bicyclette arrive quelques minutes après cet état. Contrairement à 2008, ce match m’a paru très long. On attendait vraiment de voir une Suisse convaincante pendant 4×90 minutes et c’est au bout du temps additionnel du dernier match que tu vois cet éclair de génie. Tu le savoures pendant 30 minutes et après nous sommes éliminés aux tirs au but. C’est un Euro qui est assez paradoxal. La Suisse, qui n’avait jamais vraiment réussi à mettre le pied sur l’accélérateur te fait vibrer avec une égalisation spectaculaire. Ce geste est tout aussi beau qu’il s’avère inutile. C’est un geste qui est très Suisse au final. Il a cette beauté dans le sens où il est inutile au regard de l’histoire mais on a quand même eu 30 secondes d’extase. On l’a vraiment savouré pendant une demi-heure comme si c’était quelque chose d’hyper précieux, puis il s’est effacé. C’était une émotion éphémère dont tu avais l’espoir qu’elle ne le serait pas. Pourquoi il est paradoxal également ? Xerdan Shaqiri, qui est un joueur dont on entend souvent qu’il est irrégulier a été très mauvais sur quatre matchs avec la Nati et c’est à l’Euro 2016. Et pourtant il te sort ce geste.

Pronostic Euro 2021 : Le scénario typique de l’équipe de Suisse pour cet Euro ce serait : s’attendre à une victoire contre le Pays de Galles, mais faire match nul. Commencer à titrer dans la presse que la Suisse est vraiment mal en point. Puis, gagner contre l’Italie et totalement changer de narration sur la suite de la compétition. Passer finalement ras les pâquerettes et tomber contre un adversaire un peu plus fort que nous sur le papier en 8e. Par rapport aux matchs à élimination directe, il faut savoir que la seule victoire de la Suisse, c’est son premier match dans une grande compétition lors de la CDM 1934 où elle bat les Pays-Bas en 8e. Tu prends 90 ans d’histoire : c’est un match à élimination directe gagné. Petkovic a un projet qui est très ambitieux, depuis la CDM 2018 notamment, mais pas grand-chose n’indique que cette équipe a progressé. Ce serait anormal qu’on ne sorte pas des poules, ce serait anormal qu’on passe en quarts.
– Jonathan Tunik, rédacteur chez HoppSuisse

Alexander Freï, se blesse au genou et est contraint de quitter le terrain.

En 2008, j’avais à peine 5 ans mais cet Euro reste gravé dans ma mémoire. Il s’agit de la première compétition majeure de football organisée dans le pays depuis 1954. L’attente était immense et les supporters avaient confiance en l’équipe. Bien que le tournoi fût coorganisé avec l’Autriche, le match d’ouverture a eu lieu en Suisse. La Nati affrontait la République Tchèque pour cette première rencontre. Le match avait lieu à Bâle, à moins d’une heure de ma ville, mais mon père ne voulait pas m’y emmener car j’étais encore trop petit. Pour l’événement, mes voisins avaient installé un écran géant dans un garage. Le match commence, la Suisse domine, tout se passe bien. Mais juste avant la mi-temps, la star du football suisse et mon idole de l’époque, Alexander Freï, se blesse au genou et est contraint de quitter le terrain. L’ambiance de fête a directement disparu, tout le monde était sous le choc. Après cela, la Tchéquie a marqué contre le cours du jeu malgré un nombre important de grosses occasions côté Suisse. J’étais très déçu. Quelques jours plus tard, la Suisse a affronté la Turquie sous une grosse pluie. Cette fois la Suisse marque en première mais est rejoint au score à l’heure de jeu. Encore une fois, j’espérais un bon résultat mais Arda Turan marqua pour la Turquie à la dernière seconde et élimina la Suisse. C’était terrible. Je me souviens que beaucoup de monde se réjouissait de l’événement et voyait la Suisse profiter de l’avantage d’être à domicile. Mais rien de cela ne s’est passé. Je ne me rappelle d’ailleurs plus du dernier match de groupe contre le Portugal où la Suisse a gagné 2-0. J’ai vécu cet Euro comme un drame. Encore aujourd’hui, je le considère comme le moment plus dur lié au football, à égalité avec le poteau de Dzemaili à la dernière seconde des prolongations des 8èmes de la Coupe du Monde 2014 contre l’Argentine. Un faux espoir terrible !
– Clément, co-créateur du compte Twitter @SuisseFoot

Groupe A – Turquie

Ce Turquie – Islande avait un contexte très particulier, c’était le dernier match pour les qualifications de l’Euro 2016. Il fallait absolument que la Turquie gagne mais il fallait aussi un autre exploit, que le Kazakhstan gagne face à la Lettonie. Ce qui relevait de l’impossible. Puis, pendant le match on apprend que le Kazakhstan gagne 1-0 alors que la Turquie est tenue en échec face à l’Islande. J’étais chez mes grands-parents, on regardait tous le match, la tension était tellement forte que personne ne parlait. La Turquie avait un effectif correct mais Fatih Terim l’entraîneur à la tête de l’équipe n’avait pas encore vraiment fait de plan de jeu, ce qui rendait les matchs compliqués et très instables. Toutefois, ce sélectionneur sait user de sa capacité à motiver ses troupes grâce à son tempérament de feu et c’est ce qui nous a permis de gagner. À la 90e, Selçuk Inan inscrit un super but sur coup-franc qui est signe de qualification directe pour l’Euro 2016.

À ce moment-là, on a explosé, ma famille, moi, tout le monde. Nous avons retourné le salon et nous sommes immédiatement partis chercher les drapeaux turcs que l’on possédait pour sortir en voiture faire le tour de la ville en klaxonnant avec tous les autres Turcs de la ville. On a une importante communauté dans ma ville, ce qui a rendu le spectacle encore plus beau. C’était un soir vraiment fantastique, un but sur coup-franc à la dernière minute qui te permet de gagner et de te qualifier c’est inexplicable comme sensation. Le genre de scénario que t’imagines avant de dormir, pas plus. Mais le plus fou dans cette histoire c’est que le Kazakhstan a gagné un match à l’extérieur. Cette soirée reste, avec le 6-1, ma plus belle soirée foot de toute ma vie.
Pronostic Euro 2021 : La Turquie est en nette progression ces dernières années et cela vient surtout de la mentalité des clubs turcs qui ont compris que leur modèle sportif était dépassé et qu’avec une population de 90 millions d’habitants, il était temps de se tourner vers la formation de joueurs et la nouvelle génération. L’entraîneur actuel, Senol Gunes, aime donner sa chance aux jeunes et n’hésite pas à privilégier le petit nouveau plutôt que l’ancien confirmé. Je trouve ça bien, car il y a de très très bon joueurs en Turquie et je pense que la qualité de la formation et de l’effectif va continuer d’augmenter avec le temps. Enfin, pour l’Euro qui arrive j’ai vraiment confiance en mon équipe et ce serait une grande déception de ne pas franchir les poules.
– Ilyas, supporter turc

« Un adulte m’a même donné de l’argent parce que je m’appelais comme le buteur »

Semih, supporter turc

L’Euro 2008 est la première compétition de la Turquie que j’ai suivi. J’étais donc évidemment très excité. La plupart des joueurs provenaient des trois grands clubs stambouliotes, j’avais pu donc les suivre. J’en attendais notamment beaucoup de Semih Şentürk qui avait terminé meilleur buteur du championnat. Il ne m’a pas déçu en finissant 2e meilleur buteur de la compétition. J’ai suivi cette compétition en famille ou au café avec toute la communauté turque. En tout cas, on était toujours très nombreux. C’était un moment très festif. Après la qualification en demi, la communauté turque s’était organisée pour projeter le match au Triangle, à Rennes. Malheureusement, TF1 avait des problèmes techniques et la majorité du match n’était pas diffusé. Évidemment personne n’a accès à internet sur son portable à l’époque, du coup c’était système D avec la radio ou en appelant des personnes qui étaient dans le stade. L’Euro 2008 reste la seule aventure intéressante de la sélection avec la Coupe du Monde 2002 mais mes souvenirs de cette troisième place en Corée sont trop vagues. Je n’oublierai jamais la journée du match Turquie-Croatie. C’était la fête de fin d’année donc on avait raté la majorité du match. Mais on était régulièrement informé du résultat. Une fois la fête terminée mon père m’a directement emmené au bar avec tout les autres. On est arrivé en plein milieu des prolongations. Tout le monde était surexcité. À 2 minutes de la fin les Croates ouvrent le score. C’était une grande déception, plus personne n’avait espoir pour la qualification en demi. À 14 secondes de la fin, le gardien dégage un six mètres et après un cafouillage la balle arrive près de la surface de réparation. C’est là que Semih Şentürk  fait une reprise de volée de la gauche et marque. Tout le monde était déchaîné et criait « Semih, Semih ». Un adulte m’a même donné de l’argent parce que je m’appelais comme lui. Cette soirée est inoubliable.

En revanche, la demi-finale contre l’Allemagne est controversée pour les Turcs. Il y avait une faute non sifflée avant le 3e but de Lahm. On a rêvé l’espace d’un instant qu’on pourrait se qualifier en finale. Mais de toute façon cette année l’Espagne était clairement au-dessus. C’était le début du cycle Espagne/Barca de 2008/2012 qui a quand même remporté 1 Coupe du Monde, 2 euros et 2 ligue des champions. Cette demie était donc quand même une place honorable. Elle a mis en valeur des joueurs comme Arda Turan notamment. Malheureusement, cette dynamique ne s’est pas poursuivie et la Turquie ne s’est pas qualifiée pour l’Afrique du Sud. Cet Euro aura vraiment été un ascenseur émotionnel.
Pronostic Euro 2021 : Ça fait 13 ans que la Turquie n’a pas joué une phase à élimination directe de compétition majeure. Mais depuis deux ans Şenol Güneş a redonné un souffle à cette équipe. La 2e place lors des qualifications à l’Euro le prouve, avec quatre points pris contre la France. Il a su apporter du sang neuf avec une jeunesse prometteuse tout en gardant quelques vétérans, comme Burak Yilmaz, qui peuvent apporter une certaine maturité à cette jeune équipe. Le groupe n’est pas si facile. L’Italie et la Suisse poseront de sérieux problèmes. Mais je pense qu’elle peut sortir du groupe. Si le tirage est favorable elle pourrait ensuite atteindre les quarts ou demis.
– Semih, étudiant turc à Rennes

Groupe A – Pays de Galles

Je suis un fan du Pays de Galles depuis toujours, j’ai commencé à aller les voir à partir de 2000 après avoir regardé la sélection à la télévision quand j’étais petit. Je suis passé par tous les hauts et les bas de la vie d’un fan. Du match nul 0-0 contre l’Arménie en qualification pour la Coupe du monde 2002 à la victoire 3-1 contre la Belgique à l’Euro 2016. Cette victoire a une saveur si spéciale pour nous, car nous avons gagné de manière convaincante contre les favoris du tournoi, quart de finaliste de la Coupe du monde en 2014. Contre toute attente, nous avons réussi l’une des plus grandes surprises du tournoi, confirmant enfin notre potentiel après avoir échoué à nous qualifier pour un tournoi depuis la Coupe du monde de 1958. On a toujours ri de nous, on s’est moqué de nous et on nous a toujours sous-estimé. C’est pourquoi nous avons tant aimé ce tournoi et pourquoi il restera toujours aussi spécial pour nous. Le but de Hal Robson Kanu a failli me donner une crise cardiaque, tout comme à tous les autres fans du Pays de Galles qui regardaient. Personne ne s’y attendait et la réalisation, en pivotant avant de tirer, pour marquer un but aussi important était tout simplement immense. C’est difficile à exprimer par des mots. J’ai également assisté au match contre la Belgique. J’ai beaucoup regardé Lille jouer dans ce stade, alors c’était étrange d’aller voir le Pays de Galles y jouer… et encore moins dans un tournoi majeur !

Après avoir été menés au score par la Belgique, j’ai eu l’impression que nous allions perdre le match, j’étais résigné sur notre sort. Puis nous avons égalisé. Et vint le but de Hal. Sam Vokes avec une tête sublime a marqué le but du 3-1. Nous étions au pays des rêves. J’ai presque eu une autre crise cardiaque sur ce but car je ne pouvais pas croire à ce que je voyais. LE PAYS DE GALLES ! Gagner dans un match à élimination directe, battre la Belgique et aller en demi-finale ? Ces souvenirs me donneront toujours la chair de poule et me feront parfois pleurer en me rappelant cette émotion intense que nous avons tous ressenti en tant que fans du Pays de Galles. C’était spécial. C’était magique.

Pronostic Euro 2021 : J’espère que le Pays de Galles gagnera au moins un match et montrera une bonne image de lui-même. Nous sommes tellement fiers de leur participation à un autre tournoi majeur et nous sommes tellement fiers de voir le nom de notre nation parmi les autres grandes nations, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Pays de Galles. La dernière fois, j’avais l’impression que nous allions « faire chier les grosses équipes ». Nous l’avons fait. Cette fois, nous pouvons le faire à nouveau. Comme l’a dit notre ancien sélectionneur, Chris Coleman, « N’AYONS JAMAIS PEUR DE RÊVER ».

– James, @GalloisInFrance sur Twitter

Groupe B – Belgique

Le souvenir de 2016 est fort mais le résultat est décevant. On avait la meilleure équipe de notre histoire et on perd en quart, contre le Pays de Galles qui plus est. On parle beaucoup de cette génération dorée qui commence avec Kompany et qu’on a encore aujourd’hui avec Hazard, De Bruyne, Courtois ou Lukaku. Seulement, le problème belge est de se voir trop beau. Au final, c’est très décevant. Après, la Belgique actuelle est au top du classement FIFA et est bien placée depuis le mondial 2014 donc il faut nuancer cette supposée déception. La Belgique a toujours été une nation de second plan par rapport à la France, l’Italie ou l’Espagne. Il y a eu une année très marquante, c’est celle de l’Euro 72. Seulement je n’étais pas né et les seuls connaissances que j’ai sont grâce à mes lectures ou mes écoutes.

Pronostic Euro 2021 : C’est un peu maintenant ou jamais. La génération est extrêmement vieillissante. Quand la France se renouvelle tout le temps très bien, la Belgique a une moyenne d’âge trop élevée. Ses deux meilleurs joueurs sont blessés malgré leur sélection. Il y a quatre mois j’aurais pleinement cru en nos chances même si Hazard n’était pas au maximum mais maintenant que De Bruyne est incertain, je suis bien plus pessimiste. Je pense que la Belgique n’a plus ses chances pour gagner l’Euro.
– Simon De Mytt, franco-belge, 28 ans, co-fondateur Bioxegy

Groupe B – Danemark

J’ai suivi l’équipe nationale depuis mes premiers souvenirs de football, le championnat d’Europe de 1992, que le Danemark a remporté contre l’Allemagne en finale. C’était littéralement ma première expérience de football. Je me souviens de tous les drapeaux, confettis et maillots de football. En 1992, j’avais 6 ans et je regardais le match à la maison avec mes parents. Je me souviens que tout était rouge et blanc, toutes les fenêtres étaient ouvertes et on pouvait voir que dans chaque appartement, dans la rue, les gens étaient habillés en maillots de football, avec des drapeaux danois partout.

Pour moi, enfant, Peter Schemeichel était mon plus grand héros. Je me souviens qu’à 6 ans, j’étais debout tard dans la nuit, tout le monde était heureux. Le Danemark avait marqué deux buts et remporté le championnat d’Europe. Dans les jours qui ont suivi, les gens faisaient la fête. Je me souviens de l’équipe nationale rentrant au Danemark, roulant dans les rues de Copenhague dans un bus ouvert.

Pronostic Euro 2021 : C’est envisageable de passer les poules, mais je ne nous vois pas aller plus loin que les quarts de finale. Je sais qu’il ne faut jamais dire jamais, mais si le Danemark va en demi-finale, alors ça voudra dire que beaucoup de joueurs auront surperformé durant le tournoi.
– Kasper Pedersbæk, 35 ans, danois vivant à Copenhague

Groupe B – Finlande

Mon meilleur souvenir de la Huuhkajat (qui signifie « Hibou », surnom de l’équipe de Finlande, nommé après cet incident) s’est produit lors d’une nuit incroyable de novembre 2019. Notre équipe nationale s’est qualifiée pour la première fois pour un tournoi majeur. Nous avons joué notre match décisif contre le Liechenstein à Helsinki, j’ai eu la chance d’être dans un stade à guichets fermés. Il est important de savoir que notre équipe nationale est surtout connue pour perdre des matchs et décevoir les fans année après année. Nous avons quelques souvenirs traumatisants dans le passé. Lorsque nous avons perdu nos chances de nous qualifier dans les dernières minutes, avec, par exemple, ce fameux match contre la Hongrie en 1997. Revenons donc au 15 novembre 2019.

J’ai vu des centaines et des centaines de matchs de football, mais je ne me souviens pas d’une telle atmosphère – tant de nervosité et d’attente. Et c’était comme ça toute la semaine avant le match ! En tant qu’entraîneur de football professionnel, j’analyse normalement avec soin les matchs que je regarde, mais je ne me souviens pas d’un seul aspect tactique de celui-là. J’ai regardé le match avec mes amis et j’ai eu l’impression que je n’avais que des amis partout dans le stade. C’était tellement agréable de voir des collègues, des joueurs que j’ai entraînés, des amis. Tout le monde souriait et s’embrassait (ce qui est très inhabituel, normalement nous gardons nos distances), nous étions si heureux que ce rêve longtemps attendu soit devenu réalité. Je ne me souviens pas de grand-chose du match. Je me souviens que nous avons pris le contrôle du jeu très tôt et que Jasse Tuominen a marqué le premier but, mais ensuite il y a eu une longue période d’attente. Le moment où j’ai su que c’était gagné, c’est quand notre joueur vedette Teemu Pukki a marqué le but du 2-0 sur penalty, à la 64e. Heureusement, notre équipe a fait ce qu’elle devait faire et a remporté une victoire confortable de 3-0 et la fête était prête à commencer ! Après le match, il y a eu une invasion de terrain et tous les fans qui ont attendu tant d’années ont pu entrer sur le terrain pour faire la fête avec les joueurs. La nuit qui a suivi le match a également été mémorable ! Les gens se sont rassemblés dans les rues d’Helsinki pour célébrer, tout le monde chantait et s’embrassait, comme si nous venions de gagner la coupe du monde. Cela montre à quel point la qualification pour l’Euro est importante pour nous. Bien sûr, le tournoi majeur auquel nous nous qualifions est aussi celui qui a reporté à cause de la pandémie mondiale. Donc nous attendons toujours désespérément notre premier match dans les tournois majeurs ! Il ne reste que quelques jours !

Pronostic Euro 2021 : C’est notre premier Euro et nous comprenons que nous ne sommes pas favoris pour gagner un match. Mais avec nos joueurs clés (Pukki, Kamara, Hradecky etc.) en forme, de bons plans de jeu et un peu de chance, nous pouvons finir 3ème du groupe. Avec un peu de chance, cela sera suffisant pour accéder aux phases finales. Notre équipe est solide défensivement, nous n’avons pas encaissé trop de buts lors des qualifications et en Ligue des Nations. Il va falloir poser un bloc médian/bas la plupart du temps et essayer de lancer des contre-attaques dès que possible. Pukki est notre force principale dans ces attaques rapides.
– Miika Nuutinen, coach ( licence UEFA A) de l’équipe U17 de Käpylän Pallo, 29 ans

Groupe B – Russie

Lorsque vous vous faites rejeter par une chaîne de supermarché pour un poste de rayonnage, vous savez qu’il est temps de changer d’orientation. C’est ce que j’ai fait 12 ans après avoir terminé mes études de journalisme. J’ai donc cherché des opportunités à l’étranger. Je ne connaissais rien de la culture russe ni du football local. Si ce n’est les victoires en Coupe de l’UEFA en 2005 et 2008 – et bien sûr la défaite de l’Angleterre au Luzhniki en 2007. Mais lorsque j’ai reçu une offre d’emploi en Sibérie, dans une ville dont je n’avais jamais entendu parler, j’ai sauté sur l’occasion – et l’histoire d’amour a commencé. Ce n’était pas un coup de foudre. Personne autour de moi ne semblait s’intéresser au football russe, alors j’ai contacté les deux seuls médias anglophones couvrant ce sport, Russian Football News et Futbolgrad. J’ai commencé à suivre l’équipe nationale à partir de 2012 pour l’Euro. Même si ce n’était pas vraiment un moment glorieux imprégné de romantisme mielleux, il est arrivé au bon moment, car il m’a appris ce que signifie avoir un lien émotionnel avec le football russe. Andrey Arshavin, affalé dans une chaise du hall d’un hôtel, entouré de supporters russes et haussant les épaules lorsqu’on l’interrogeait sur l’engagement de l’équipe, résumait bien l’ambiance. Tous les supporters russes ont de bons souvenirs de l’Euro 2008 – et à juste titre, après la vague d’optimisme dans le football de club et la grande forme d’Arshavin, le plus grand joueur russe de l’ère moderne – mais pour moi, l’Euro 2016 a été plus significatif. L’époque grisante de Guss Hiddink était révolue depuis longtemps, la colonne vertébrale de l’équipe craquait. Avec Igor Akinfeev dans les buts, les jumeaux Berezutsky Aleksey et Vasily, Sergey Ignashevich, Slutsky à la tête de l’équipe, l’équipe était solide sur le papier. Pourtant, quelques signes ne trompaient pas : lorsque Igor Denisov a été écarté sur blessure, son remplaçant a été choisi en la personne d’Artur Yusupov, simplement parce qu’il était en vacances en France à ce moment-là.

Gary Cahill au duel face à Oleg Shatov  / Crédit : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Avec aucune préparation, un désastre. En tant qu’Anglais vivant en Russie, avec une famille mi-anglaise mi-russe et des collègues des deux pays, il y avait bien sûr une rencontre à attendre avec impatience. Nous nous étions arrangés pour regarder le match tous ensemble dans l’appartement d’un de mes collègues anglais, avec une quinzaine de personnes, et pour être honnête, je n’avais vraiment pas décidé quel pays j’allais soutenir. Ce n’était pas un rejet réfléchi de ma nationalité, mais j’avais quand même un sentiment de rejet un peu bête du fait que l’Angleterre ne m’ait pas donné de travail malgré mes deux diplômes d’enseignement supérieur. Ajoutez à cela le fait que j’avais rencontré ma femme en Russie, que nos deux enfants étaient nés ici et que c’était le pays qui m’avait offert un style de vie que je n’aurais jamais pu reproduire en Angleterre. Alors, que faire ? Je suis un supporter passionné de tous les sports que je regarde ; peut-être est-ce une sorte d’addiction ou de trouble obsessionnel, mais il m’est presque impossible de regarder un sport sans prendre parti. Lorsque j’ai vécu en Italie pendant un an, mon ami Darren et moi sommes même devenus compétitifs à propos des résultats de voile publiés dans La Gazzetta dello Sport. Angleterre contre Russie ? À l’Euro ? Avec la violence qui règne dans les rues de Marseille ? De tous les matchs, quel que soit le sport, celui-ci était le plus dur pour lequel je devais simplement faire un choix. Il ne me restait plus qu’à voir ce qui se passait naturellement. L’Angleterre a dominé une rencontre tendue et relativement terne – le tir de Wayne Rooney détourné sur le poteau par Akinfeev a probablement été le moment le plus marque – jusqu’à ce qu’Eric Dier marque. À l’instant où le but est entré, mes compatriotes dans la salle se sont déchaînés – mon cœur s’est effondré. Ce n’était pas une tentative pour me différencier des autres, et certainement pas une décision consciente à quelque niveau que ce soit, mais une émotion simple et pure. J’étais dévasté. Le coup de tête de Vasily Berezutsky à la fin du match était une délivrance. L’euphorie suite à l’égalisation n’a fait que confirmer ce que je ressentais. N’est-ce pas ce que devrait être le football ? Des émotions brutes et viscérales ? Pour moi, en tout cas, suivre la Russie pendant ce tournoi a été un moment très important dans ma « carrière » de supporter. En vérité, j’espère ne plus jamais avoir à vivre un moment comme Angleterre contre Russie. C’est un déchirement horriblement inéluctable entre deux moitiés, qui me laisse un mélange de fierté, d’adrénaline, de culpabilité, de nerfs et de pure panique aveugle. Le tournoi s’est terminé de la manière la plus russe qui soit : par un glissement désespéré et inévitable vers la déception. J’ai grandi en étant endoctriné dans l’amour de Manchester United grâce à mon père, qui était à Wembley pour assister à la victoire en Coupe d’Europe en 1968, et je n’avais jamais vraiment connu que le succès pur – United semblait gagner presque tout ce qu’il touchait. Désormais, j’avais un véritable intérêt pour une équipe qui était son opposé. 2016 a été le vrai début d’une relation chimérique que je ne changerais pour rien au monde. Slutsky est parti à la fin de son contrat temporaire, la plupart des anciens ont pris leur retraite et Stanislav Cherchesov est arrivé pour préparer la Coupe du monde à domicile. Un nouveau cycle commençait, un cycle qui avait désespérément besoin de se produire, et pourtant cet Euro 2016 a été un moment de découverte personnelle. Parfois, il n’est pas tout à fait rationnel de suivre la Russie, et cela donne rarement des succès tangibles, mais cela représente quelque chose de réel. Le poète Fedor Tyuchev a dit ceci un jour au sujet du pays : « La Russie ne peut être comprise par l’esprit seul, aucun critère ordinaire ne peut en mesurer sa grandeur. » Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j’aime l’équipe nationale russe non plus, mais je l’aime.
– Andrew Flint, journaliste, These Football Times, Russian Football News et autres

Groupe C – Autriche

Je n’ai pas toujours été fan de football. J’étais plus du genre à faire du ski, c’était ma passion. Le football est venu plus tard, à 14 ans je crois que c’est à partir de ce moment où c’est devenu important pour moi. Mais depuis petit, j’ai toujours regardé l’équipe nationale, à chaque match. Je me souviens de notre première qualification pour l’Euro, notre première qualification, pas notre première participation à l’Euro. C’était contre la Russie où notre attaquant, Marc Janco, a marqué d’une retournée. C’était un match à l’extérieur et c’est le seul but qui a été marqué dans ce match. Il s’agit de l’un des matchs qui a ouvert la porte à l’Autriche pour l’Euro 2016. Je pense néanmoins que le but qui m’a le plus marqué est le premier but marqué par l’Autriche lors de son premier Euro. Mais je pense que le but le plus important pour moi a été le premier but, que l’Autriche a marqué lors de son premier Euro. C’était à l’Euro 2008, où nous avons accueilli l’Euro 2008 avec la Suisse. Pour notre deuxième match de poule, après notre défaite contre la Croatie, nous jouons la Pologne à Vienne. À la toute fin de la recontre, alors que la Pologne mène 1-0, un pénalty nous est accordé. Ivica Vastić égalise. C’est l’un des vétérans et l’un de mes joueurs préférés quand j’étais enfant, et qui jouait en plus à Sturm Graz. J’avais alors neuf ans et je regardais le match avec mes parents et c’était tellement incroyable. Il n’y avait que du bonheur et de bonnes vibrations dans la salle. Ce but nous a permis de gagner notre premier point au championnat européen.

Pronostic Euro 2021 : Dernièrement, nous n’avons pas été très bons contre l’Angleterre et la Slovaquie lors des amicaux. Nous avons bien joué contre l’Angleterre, mais contre la Slovaquie il n’y avait pas de créativité. Nous avons un bon jeu de possession, mais nous n’arrivons pas à marquer de but. Nos adversaires pour l’Euro sont la Macédoine du Nord, les Pays-Bas et l’Ukraine. Et pour être honnête, je ne suis pas sûr que l’on passe les poules. Notre entraineur, Franco Foda, est beaucoup critiqué en ce moment parce que nous avons beaucoup de bons joueurs et tout le monde dit qu’il ne peut pas en tirer le meilleur. Mon souhait à cet Euro est que nous puissions gagner notre premier match à l’Euro.
– Lukas Lorber, 21 ans, rédacteur du média 12terMann spécialisé sur le football autrichien

Groupe C – Pays-Bas

Durant l’Euro 2008, nous avons battu la France 4-1. Pour beaucoup de personne c’est sûrement juste un simple match. Mais j’avais 8 ou 9 ans, tout le monde a l’école me disait que la France allait facilement gagner contre les Pays-Bas. Le lendemain, quand je suis venu à l’école avec mon t-shirt « Van Persie » je me rapelle que tout le monde me regardait mal. Pour ce match, nous étions en famille autour de la télé, on regardait ce match avec passion, même si on espérait pas grand chose contre la France. Surtout, les Pays-Bas se retrouvaient avec les deux finalistes du coupe du monde 2006.

On avait peu de chances. Le groupe était surnommé « Groupe de la mort ». Après le premier but, au début du match, tout le monde a hurlé de joie. Il suffisait de gagner contre la France pour être minimum 2ème dans le groupe. En 2e mi-temps, Van Persie met le second but, sur une passe de Robben. À partir de là c’est bon, on se dit que c’est gagné. Sur la réduction de l’écart d’Henry, on dirait qu’une clim s’est allumé et que la France va remonter. Mais, à la 70ème, Robben montre que c’est bien les Oranje qui sont au-dessus sur ce match. Quand je le regarde le 4e but de Sneijder à nouveau aujourd’hui, j’en ai encore des frissons. Son tir est magnifique, mais surtout toute ma famille était contente et a célébré alors la qualification du Pays-bas.

Pronostic Euro 2021 : Je ne m’attends pas à grand-chose. Je sens qu’ils vont sûrement aller en quart de finale. Leur groupe n’est pas le plus relevé du tournoi, mais l’équipe des Pays-Bas ne me rassure pas. De Boer va utiliser les prochain matchs pour voir comment l’équipe fonctionne sous pression et pour se concentrer sur la CDM.
– Ashwin, 21 ans, membre de @Foot_NL

Groupe C – Macédoine du Nord

Le but de Goran Pandev contre la Géorgie, qui nous qualifie pour l’Euro, est un moment inoubliable qu’on racontera à nos petits-enfants. Un moment magique. Il est le pilier de l’équipe nationale et a attendu près de 20 ans de carrière pour qualifier son pays pour sa première compétition internationale. C’est si symbolique.

L’équipe de Macédoine du Nord saute sur le buteur du soir Goran Pandev, légende nationale.

À cause du Covid, j’ai vu le match seul chez moi, mais j’ai quand même crié. À part ma famille, il y a très peu de Macédoniens en France. Pour faire la fête, ce n’était donc pas facile. Mais j’ai quand même pu échanger avec ma communauté. Ce jour-là, c’était magique de voir tous les gens supporter la Macédoine. Tous les Macédoniens étaient en trance, c’était vraiment une nuit spéciale qu’on n’oubliera jamais.

Pronostic Euro 2021 : Déjà, être qualifié pour l’Euro est une fierté. C’est un tournant majeur pour le football en Macédoine. Nous ne sommes en revanche pas là pour faire de la figuration. On a une carte à jouer et on peut essayer de vaincre une équipe comme l’Autriche en match d’ouverture, ou même l’Ukraine s’ils débutent mal la compétition. Pourquoi pas également faire un résultat lors du dernier match contre les Pays-Bas s’ils mettent leur équipe B, ce serait synonyme de 8e de finale. Pour une première compétition, ce serait vraiment pas mal. Ce n’est pas impossible pour une très belle équipe comme la nôtre avec beaucoup de talents et de technicité.
– Soner Ajroski, supporter macédonien, de la page @FrMacedonien

Groupe C – Ukraine

Mon nom est Petro Chymera, je suis un fan de l’Ukraine basé en Angleterre. Ma famille est ukrainienne et je supporte Zbirna depuis aussi longtemps que je me souvienne. J’ai assisté à mon premier match lors des qualifications pour l’Euro 2000, lorsque l’Ukraine a tenu en échec la France, alors championne du monde, à Paris (0-0) ! Le moment le plus marquant de l’Euro est notre tout premier match dans le tournoi, lorsque nous avons accueilli l’Euro 2012 et avons battu la Suède 2:1 à Kiev ! L’Ukraine n’étant pas une nation indépendante depuis longtemps, c’était un grand honneur pour elle d’accueillir la compétition aux côtés de la Pologne. Nous avons commencé le tournoi par un match à domicile contre la Suède au NSC Olympiyskyi de Kiev. Le pays tout entier attendait ce moment depuis des années et l’excitation était à son comble. J’ai eu la chance d’assister au match dans le stade. Mon groupe d’amis et moi-même avons fait un voyage à travers l’Europe, du Royaume-Uni à l’Ukraine pour le tournoi. J’avais l’impression que tout Kiev était dans les rues ce jour-là et la marche entre la fan zone et le stade était incroyable. Tout le monde était enthousiaste et d’humeur festive. Lorsque nous avons chanté l’hymne national dans le stade avant le match, nous étions vraiment émus.

Petro Chymera, lors du match Ukraine-Suède à Kyiv lors de l’Euro 2012

Non seulement nous accueillions le tournoi, mais c’était la première fois que nous y jouions ! Ça n’allait pas très bien quand Zlatan a donné l’avantage aux visiteurs. Mais nous avions Andriy Shevchenko. Notre héros est intervenu quand il le fallait et a marqué deux buts pour nous faire gagner le match. Sensationnel. C’était vraiment un moment qui a uni le pays. Les espoirs et les prières ont été exaucés ce soir-là et nous avons fait la fête jusqu’au bout de la nuit.

Pronostic Euro 2021 : L’Ukraine devrait sortir du groupe. Ensuite, tout dépendra de l’équipe que nous affronterons lors des matches à élimination directe. Avec un peu de chance et un bon tirage, nous pourrions aller en quart de finale ou même plus loin. Mais ce serait déjà bien de se qualifier dès la phase de groupe.
– Petro Chymera, fan ukrainien basé en Angleterre.

Groupe D – Croatie

Mon moment le plus heureux et le plus triste des tournois de l’Euro en tant que supporter croate s’est produit lors du même match ! C’était en juin 2008 et la Croatie jouait contre la Turquie en quart de finale à Vienne. La Croatie avait été fantastique lors de ce tournoi, remportant ses trois matchs en phase de groupe et terminant devant l’Allemagne. J’ai donc voyagé à Vienne en étant sûr à 100% que nous étions meilleurs que la Turquie et que nous nous qualifierions pour la demi-finale. Il y avait des dizaines, voire des centaines de milliers de Croates dans les rues de Vienne ce jour-là et dans une telle atmosphère, personne ne pensait que le scénario pouvait mal tourner. Le match a été difficile. La pression psychologique sur notre équipe était énorme. La Croatie a été la meilleure sur le terrain, mais elle a manqué quelques excellentes occasions. Le match s’est prolongé jusqu’à la fin de la prolongation, au cours de laquelle il ne s’est pas passé grand-chose et il semblait que nous nous dirigions vers les tirs au but.

Mais à la 119ème minute : 1-0 ! Le chaos a suivi, une excitation et un bonheur que seul le football peut procurer. Je n’arrivais pas à réaliser la chance d’avoir vu tout cela en direct dans le stade. Nous étions en demi-finale ! Ou bien le sommes-nous ? À la 122e minute, l’arbitre Roberto Rosetti était prêt à donner son coup de sifflet final. Il n’y aura plus qu’un coup de pied et le match sera terminé. Le gardien turc Rustu a botté la balle depuis sa propre moitié de terrain, la balle a volé sur 60-70 mètres. Notre défenseur n’a pas été capable de la dégager correctement, elle a atterri juste devant Semih Senturk qui l’a instinctivement claquée dans la lucarne de notre but. Du paradis à l’enfer en l’espace de quelques secondes. Les tirs au but ont suivi, mais tout cela n’est plus qu’n brouillard. Nous étions tous vides et émotionnellement épuisés. Nous savions tous qu’il n’y avait aucune chance que nous puissions gagner cette séance de tirs au but.

Pronostic Euro 2021 : Notre équipe a vraiment eu du mal après la finale de la Coupe du monde 2018, il y a eu des défaites vraiment lourdes contre l’Espagne, la France, le Portugal, mais aussi des défaites contre des équipes qui sont bien en dessous de notre qualité. Le sentiment général en Croatie n’est pas aussi optimiste qu’avant les tournois précédents. Objectivement, la Croatie a la qualité pour au moins la deuxième place de notre groupe, mais notre premier match est contre les favoris du tournoi, l’Angleterre, ce qui n’est pas bon pour nous. Le succès de la Croatie dans les grands tournois a toujours dépendu du résultat du premier match. Nous n’avons jamais passé le groupe si nous ne gagnions pas le premier match. Donc si le premier match se passe mal, nous devrons nous sauver contre la République tchèque et l’Écosse et c’est le match contre l’Écosse qui m’inquiète le plus. C’est le seul pays européen, avec le Portugal et la France, que la Croatie n’a jamais battu. Dans l’ensemble, la performance croate à l’Euro 2021 est l’une des plus difficiles à prévoir.
– Tomislav Globan, professeur d’économie du sport et de macroéconomie

Groupe D – Tchéquie

Je pense que le premier Euro que j’ai regardé était l’Euro 2004. J’étais avec mon père et mon grand frère. Il s’agit de l’Euro dont je garde les meilleurs souvenirs. Même si j’étais encore assez jeune à l’époque, je me souviens que nous avons très bien joué et que c’était amusant à regarder, sauf pour la demi-finale contre la Grèce, où nous avons perdu en prolongation. C’était assez triste parce qu’on avait vraiment une bonne chance de gagner à l’époque. Je ne me souviens pas de grand-chose de ce match, mais je me rappelle que nous avons eu beaucoup d’occasions. Nous avons été très malchanceux. Je me souviens d’une attaque où Rosický a mené le ballon et a fait un une-deux avec Koller avant de lui redonner immédiatement. Son tir est malheureusement passé à côté.

Pronostic Euro 2021 : Après avoir regardé notre match amical contre l’Italie hier, je pense que nous n’avons pas beaucoup de chances de passer de la 2ème à la 3ème place, mais nous pouvons toujours passer de la 3ème à la 3ème place et probablement être éliminés au prochain tour après la phase de groupe. J’espère juste que nous ne finirons pas 4ème. Si nous battons l’Ecosse, je serai heureux. J’espère juste qu’Adam Hložek pourra montrer sa classe et marquer des buts.
– @king24cz, fan de la Tchéquie

Groupe D – Angleterre

À vrai dire, le but de Sturbridge à la dernière minute contre le pays de Galles était assez fou, mais j’ai été particulièrement marqué par la désillusion contre l’Islande également. Pas un grand tournoi mais certainement meilleur que 2012. Pour 2016 j’étais en France, j’ai regardé l’élimination avec des amis en vacances en Normandie, que avec des français c’était donc assez humiliant mais c’était mieux d’en rire et de célébrer la grandeur de la victoire et l’histoire islandaise. Ce tournoi m’a marqué car il y avait de sacré joueur offensif sans pour autant s’approcher de la grandeur de la génération d’avant. Vardy, Kane, Sturridge et Rooney c’est quand même impressionnant. Dele Ali était en train de devenir un bon joueur. Mais ça m’a réellement marqué car c’est l’Euro que j’ai probablement le plus suivi et puis la performance défensive n’est pas quelque chose que l’on oublie facilement tellement c’était désolant…

Les anglais dans les tournois internationaux c’est très compliqué. Les très bonnes générations de joueurs ont une énorme pression des médias et des supporters comme nulle par ailleurs. Et la rivalité en club est tellement forte qu’il est difficile de créer un esprit de groupe. En plus, les choix d’entraîneurs n’ont rarement été bon depuis 20 ans, histoire de canaliser ces rivalités mais surtout d’arriver à créer une équipe cohérentes capable d’être gagner. L’aventure russe de 2018 et l’année où les anglais s’attendaient le moins à aller loin, donc moins de pression et un groupe sain, ils sont allé loin. 2004 aurait vraiment dû être leur année tellement le groupe était talentueux mais la relation entre l’Angleterre et l’Europe a toujours été compliquée (cough Brexit cough cough). Malheureusement pour les joueurs, la pression est de retour. Le groupe est certainement aussi sain qu’il l’était en 2018 mais avec tout le pays qui s’attend à fêter la fin du Covid à Wembley, avec « la meilleure attaque du monde », la pression est là et l’Angleterre ne marche pas très bien avec la pression. À voir…
Pronostic Euro 2021 : Le groupe est très talentueux pas de doute là dessus, peut être trop talentueux. La rivalité pour chaque poste n’est pas ultra saine donc ça pourrait créer quelques problèmes. Mais je crois que Southgate, à défaut de toujours faire les bons choix tactiques, sait construire un groupe sain et peut les emmener loin. S’il arriver à organiser tout le talent offensif dans quelque chose qui marche tous ensemble, alors ils peuvent aller loin. Les anglais pensent qu’ils sont favoris, je dirais qu’ils font partie des favoris mais reste derrière la France ou le Portugal, et au même niveau que l’Italie ou la Belgique. Donc pas une énorme surprise s’ils gagnent, certainement surpris s’ils sortent avant les demis (sauf s’ils tombent contre les favoris évidement).
– Tom Abadie, 22 ans, licence de sociologie et politique en Angleterre

Groupe D – Écosse

Je regarde l’Écosse depuis que j’ai commencé à regarder la télévision. L’une des premières choses dont je me souvienne est l’Italie en 2007, un but de Luca Toni à la dernière minute nous a empêchés d’aller à l’Euro en 2008, je me souviens d’avoir été dégoûté à l’époque. Mais regarder le match de barrage contre la Serbie cette année avec mon père a été l’un des moments les plus spéciaux de ma vie. Je fais partie de la génération qui n’a jamais vu l’Écosse dans un tournoi majeur, alors que lui se souvient de l’Argentine (mondial 78). Mais nous avons fêté comme si nous avions gagné le tournoi, mon père n’est pas vraiment démonstratif pour afficher sa passion pour le football mais même lui n’a pas pu s’empêcher de sauter lorsque Marshall a sauvé le ballon (sur le 5e tir au but de Mitrovic) ! En ce qui concerne l’équipe actuelle, John McGinn, Billy Gilmour et Che Adams m’ont vraiment impressionné (ainsi que Nathan Patterson, mais c’est probablement un parti pris du club). Je n’ai jamais autant soutenu l’équipe nationale depuis des années, probablement pas depuis le match nul contre l’Angleterre. Bien que je n’aie pas vu beaucoup de gens à cause du Covid, ceux que j’ai vus sont enthousiastes pour le tournoi, plus enthousiastes que je ne l’ai jamais été pour le football.

Pronostic Euro 2021 : J’espère que l’Écosse sera fière d’elle et qu’elle sortira de la phase de groupe, puis nous verrons jusqu’où nous pourrons aller. J’espère que nous irons jusqu’au bout.
– Jack, supporter de l’Écosse et des Rangers

Groupe E – Pologne

Je supporte un pays dont la première participation à l’Euro remonte à 2008. L’autre particularité, c’est que, depuis, le le pays en question a enchainé chaque édition puisque la Pologne a joué en 2012, où elle était pays hôte, et elle s’est qualifiée en 2016 puis en 2020. 2012 reste un mauvais souvenir parce que l’équipe s’est ratée contre la Grèce dès le match d’ouverture alors que nous sommes l’un  des pays organisateurs et qu’il y avait un grand engouement. On domine cette rencontre, on mène et puis ça bascule. On se retrouve à 10 contre 11. Les Grecs égalisent et on perd deux points qui nous tendaient les bras. Le match suivant, on fait 1-1 contre les Russes, c’est plutôt un bon résultat vu la physionomie du match et tout repose sur la rencontre finale contre les Tchèques. On se dit voilà, on est à domicile, dans un stade plein qui nous pousse à fond. On va forcément gagner et puis on sort très piteusement. On perd 1-0 contre les Tchèques et la compet s’arrête pour nous. C’est un souvenir négatif, mais pas si marquant que ça ou seulement parce que c’était à domicile et qu’on avait la fierté de l’organiser. Mais malgré tout, il ne s’est pas passé grand-chose. Le moment vraiment spectaculaire de cette compétition c’est l’égalisation de Błaszczykowski contre la Russie parce qu’il marque un but splendide. On est menés 1-0 par les Russes et il envoie une frappe du gauche, lucarne opposée, absolument sublime. Mais il n’y a pas un match où on se dit « Oui, c’est génial. Quelle intensité ! » Si je dois raconter un match, une émotion pour le coup qui est inoubliable et la plus forte, en ce qui me concerne par rapport à la Pologne à l’Euro, c’est le 8e de finale Pologne-Suisse de 2016. Tous les ingrédients d’un match de à rebondissements et d’un match qui vous fait vibrer sont réunis. Déjà, c’est une rencontre à élimination directe et ce qu’il faut savoir, c’est que, pour nous, les Polonais, c’est le premier match à élimination directe qu’on joue dans une complète internationale depuis 1986. Toutes les fois suivantes, on est sorti au premier tour. Durant la rencontre, on passe par toutes les émotions. On ouvre d’abord le score. Puis, on baisse le pied en deuxième mi-temps, on est largement dominé, mais on se dit que c’est possible de tenir le score. Et puis les Suisses égalisent sur un incroyable retourné de Shaqiri.

On est archi dominé pendant  la prolongation et Fabianski fait un match incroyable. J’ai rarement été en apnée comme ça pour un match de foot, qui se termine finalement aux tirs au but. Et là encore, c’est une première, parce que c’est la première fois de son histoire que la Pologne joue une séance de tir aux buts. On se retrouve donc dans une certaine inconnue. Je ne sais pas ce que donnent nos joueurs dans cet exercice-là. Il y a toujours un historique. Les Anglais ont toujours été des loosers dans les séances de tirs au but. Les Allemands ont toujours été des tueurs. Nous, on se sait pas. Finalement, nos joueurs tirent comme des monstres. Pour le TAB final, Krychowiak plante une lucarne sans trembler. Je me souviens qu’avec mes parents et mon frère, on a vraiment tremblé. C’est quelque chose qui m’arrive, mais très, très, très, très, très rarement mais j’ai chialé. J’ai tout lâché nerveusement. Le football est un sport que j’adore et que je vis à fond mais le nombre de fois où j’ai pleuré pour ce sport se compte sur les doigts d’une main. J’étais trop jeune en 82 mais depuis que je suis le foot, c’est la première fois que la Pologne réussissait dans une compétition internationale. En quart, on affronte le Portugal. On perd malheureusement dans des circonstances analogues mais inverses, en s’inclinant aux TAB. Mais, on n’aura pas été ridicules quoiqu’il arrive. Pour la première fois, je peux être fier d’un parcours de l’équipe de Pologne dans un tournoi. Je suis allé à Marseille pour le Pologne-Ukraine au premier tour, c’est un autre souvenir formidable. C’était la quatrième que je voyais la Pologne au stade et c’est la première fois que je la voyais gagner. Non seulement je vois la Pologne gagner au stade, mais qu’en plus, la Pologne marque. Je n’avais jamais assisté à un but de la Pologne au stade. Donc, j’ai enfin pu exploser de joie sur un but dans un stade, de Błaszczykowski encore une fois, et en plus on était ultra majoritaires dans le stade. Je pense qu’on devrait être 30 000 voire 40 000 Polonais, dans le stade Vélodrome. Il y avait vraiment un côté « On est chez nous ». On avait rempli tous les bars et restaurants où on était allé à pied.

Pronostic Euro 2021 : C’est toujours un peu pareil sur papier. On est meilleur que la Slovaquie. Je pense qu’on peut raisonnablement espérer faire un résultat contre la Suède. Après il y a l’Espagne qui est l’une des plus grandes nations de football. Je me dis qu’on peut très bien gagner contre les deux autres nations. D’autant plus que certains troisièmes passent en 8e de finale avec le nouveau format. Néanmoins, j’ai deux inquiétudes. La première, c’est que depuis la Coupe du monde 82, il y’a un 8e de finale e 86 et un en 2016 et tout le reste du temps on sort au 1er tour. L’autre aspect, c’est que globalement ces derniers temps, on ne joue pas bien. On a changé de sélectionneur après la fin des éliminatoires, c’est Paulo Sousa qui est notre nouveau sélectionneur. Il fait bien jouer ses équipes, il est intelligent avec une conception de jeu mais ce n’est pas non plus un top coach mondial. L’énigme c’est de savoir si Paulo Sousa, sur ce stage de préparation, sachant qu’il a pris l’équipe au mois de mars, va être capable d’insuffler quelque chose parce que le fond de jeu était jusque-là proche du néant absolu ces deux dernières années.
– Mathieu Zagrodzki, chercheur spécialisé dans la police

Groupe E – Slovaquie

La Slovaquie n’a joué qu’une seule fois à l’Euro en 2016 et ce fut un tournoi incroyable pour nous. Nous avons perdu le premier match contre le Pays de Galles et gagné le deuxième contre la Russie. Le troisième match était contre l’Angleterre et nous ne pouvions pas perdre si nous voulons continuer le tournoi. Le résultat du match : 0:0… Ils ont eu beaucoup de tirs mais ils n’ont pas réussi à marquer. Nous avons donc fini troisième du groupe avec quatre points. Vient donc l’Allemagne en 8e. Il faut savoir que nous avions joué avec l’Allemagne un match amical avant l’Euro et nous avions gagné ce match (l’Allemagne, bien sûr, n’avait pas sa meilleure équipe dans ce match) mais à l’Euro nous avons perdu 3-0. Škriniar avait d’ailleurs joué milieu défensif, ce qui est aujourd’hui très amusant à voir. Le plus beau moment de l’Euro a été le but du 2-0 de Hamšík contre la Russie. Ce but a été marqué après un corner, Hamšík a récupéré le ballon et dans l’angle très fermé, il a mis une superbe frappe poteau rentrant. J’ai regardé ce match à la maison et après ce but, il y avait tant d’émotions.
– Marek, 20 ans, étudiant en économie

Etant d’origine Slovaque du côté de mon père, je suis très attaché au pays et à leur culture depuis toute petite. Je supporte l’équipe nationale depuis une bonne quinzaine d’années, et j’ai toujours été beaucoup plus proche d’eux que de l’équipe de France. J’ai déjà vu quelques matchs en Slovaquie, et également un France-Slovaquie avec mes parents au Stade de France en match amical, quelques temps avant la coupe du monde 2006, où la Slovaquie a réalisé l’exploit en l’emportant 2-1. C’était la première fois que je les voyais au stade. Une belle histoire d’amour qui n’a jamais cessée d’exister par la suite. Les qualifications pour cet Euro ont été très intenses, il a fallu passer par les barrages, qui ont été reportés à cause du Covid. L’attente était insupportable, les qualifications les plus longues et les plus stressantes. Aujourd’hui, le principal est fait, on participe à cet Euro, et on sait que dès le premier match c’est déjà du bonus.

Pronostic Euro 2021 : Sur le papier, nous sommes l’équipe la plus faible de notre poule, mais on en a vu des surprises dans le football. Nous sommes capables de prendre la 3e place et d’être dans les meilleurs 3e comme lors du dernier Euro.
– Zoé, co-gérante du compte @SVKliveFr, spécialiste du football slovaque

Groupe E – Espagne

Ce qui m’est resté en mémoire, c’est avant tout la victoire en finale face à l’Allemagne en 2008. C’était la première fois depuis l’Euro 1964 à domicile que l’Espagne gagnait une grande compétition de football alors qu’elle dominait le football des clubs depuis les années 50. Tout le monde s’accordait à dire que le manque de résultats, pour ne pas dire de compétitivité de l’équipe nationale, restait un mystère. Certains affirmaient que la Roja était victime des particularités régionales qui rendaient l’entente, très difficile, en équipe nationale. Certains chroniqueurs de l’époque disaient que la Roja (on ne l’appelait pas encore ainsi en 1964 en Europe) avait été avantagée par l’arbitrage lors du tournoi… Tout comme certains, à l’étranger affirment, preuves à l’appui, que l’équipe de France de 1998, n’a jamais été soumise aux contrôles antidopage et que jamais un joueur français n’a été victime de crampes lors de la compétition… Je ne crois pas que Guardiola puisse être associé aux victoires de 2008 et 2012, il s’agissait plutôt d’un contexte d’ensemble, auquel, bien sûr, il a contribué avec le FC Barcelone; il suffit pour cela de se pencher sur son passage en Allemagne et puis en Angleterre, où il a beaucoup bataillé avant de jouer une finale européenne, enfin! D’ailleurs, les chroniqueurs sportifs, certains du moins, ne se sont pas privés d’aligner la « méthode » Guardiola au vu de ses passages au Bayern et à Manchester City affirmant que ses succès avec le Barça étaient avant tout du ressort de l’entraineur précédent, Rijkaard qui avait patiemment mis l’équipe en place avant de lui céder le poste.
– Emilio Tallon Bautista, professeur d’espagnol, 59 ans

Iniesta face à Buffon lors de l’Euro 2012, remporté par la Roja / Crédit : @808.paint

Groupe E – Suède

J’ai 47 ans et le football est le principal intérêt de ma vie. J’ai suivi l’équipe nationale aussi longtemps que je m’en souvienne et j’ai assisté à la plupart des rencontres internationales en Suède. Mon plus grand souvenir est sans doute le match de qualification pour l’Euro 2008 entre le Danemark et la Suède au Parken Stadium de Copenhague en 2007. La Suède menait 3-0 et le Danemark était revenu à 3-3. Puis, à la dernière minute du match, un penalty est accordé à la Suède pour un coup de poing d’un défenseur dans la surface.

Un supporter danois s’est alors rendu sur le terrain pour donner un coup de poing au visage de l’arbitre. Finalement, une victoire sur tapis vert 3-0 nous a plus tard été accordé. Ce match était tellement iconique.

Pronostic Euro 2021 : La Suède joue bien cette année, mais en ce moment nous avons des problèmes de Covid-19, deux joueurs l’ont attrapé. Je pense néanmoins que nous pouvons toujours attendre les quarts de finale, au minimum.
– Fredrik Friberg, suédois, 47 ans

Groupe F – France

Mon premier match de football à la tv, c’était France Brésil en 1998, ce match a conditionné mon amour pour ce sport et pour l’équipe de France. J’ai depuis ce jour quasiment jamais loupé un match des Bleus. À l’époque, il y avait plus de trêves internationales, on avait le plaisir de retrouver nos champions plus souvent. L’équipe de France perdait peu de matchs depuis son titre de champion du monde jusqu’à l’Euro 2000. Toutes les semaines j’allais acheter les magazines sportifs de l’époque, chez le marchand de journaux. C’était le seul moyen de s’informer sur nos Bleus et de les voir en photos. Nous étions favoris du tournoi et c’était pour moi inconcevable que nous perdions. 28 juin 2000 : la France arrive en demi-finale face au Portugal. Zidane nous offre une performance stratosphérique. J’avais 8 ans et mon école avait organisé un projection du match, le soir, pour que tous les élèves du quartier puissent voir le match ensemble accompagnés de leurs parents. Dans mon souvenir, le match s’était terminé très tard après une longue prolongation (on avait pas l’habitude), c’était l’époque du but en or et qui d’autre que Zizou pour nous envoyer en finale après un pénalty encore aujourd’hui contesté. J’ai toujours l’image en tête de Zidane poing levé allant vers le banc pour célébrer la qualification.

C’est d’ailleurs une de mes photos préférées et c’est ce genre d’images qui m’a donné envie de faire mon métier aujourd’hui. J’aurai pu également parler de la finale qui a suivi contre l’Italie et du bond que j’ai fait sur mon canapé après le but de Wiltord à la dernière seconde, ou du cri de joie de mon père après la volée de Trezeguet. J’ai d’ailleurs réentendu le même cri un certain après-midi de juin 2018 après la volée de Pavard. C’est pour ça que j’aime le football, ça nous rassemble et nous procure des émotions inimaginables. Nous étions intouchables à l’époque. S’en est suivi des années plus compliquées, mais l’équipe de France d’aujourd’hui ressemble sur certains points à celle de 2000, entre hommes d’expérience et jeunes talents confirmés. Beaucoup disent que nous ne gagnons jamais lorsque nous sommes favoris mais ils oublient l’Euro 2000 qui reste un de mes plus beaux souvenirs de supporter.

Pronostic Euro 2021 : J’espère que l’Euro 2020 nous procurera autant d’émotions, et je suis confiant pour nos Bleus qui ont l’effectif pour être dans le dernier carré. L’histoire serait belle si nous faisons le doublé pour la deuxième fois de l’histoire et je nous le souhaite.
– Arnaud Baumela, photographe dans le milieu du football, et @yabml, sur Twitter.

Lors d’une soirée foot-pizza peu avant l’Euro 2012, j’ai un ami d’origine ukrainienne qui me dit qu’il souhaite aller dans son pays d’origine pour voir la compétition. Je le suis dans son idée. On concrétise notre affaire et en cherchant des groupes de supporters et on tombe sur les Irrésistibles français. On adhère et il nous offre une aide logistique pour partir en Ukraine. On s’était retrouvé avec le reste de l’association à Munich. Puis on avait atterri ensemble à Donestk. C’est notre première compétition, on est super contents. La compétition se déroule, nous débutons par le France-Angleterre. Nous faisons 1-1 et Nasri fait son fameux geste envers les journalistes en tribune. Le deuxième match, nous jouons l’Ukraine. Ils sont à domicile et nous sommes très bien accueillis aux abords du stade. Nous avons mis une heure pour rejoindre le stade à quelques centaines de mètres car les Ukrainiens demandaient des photos avec nous. C’était une journée magnifique avec un grand soleil bleu. L’heure du coup d’envoi approche. Arrivés dans le stade, on voit le temps qui commence à se gâter. Le ciel devient gris, puis gris foncé jusqu’à devenir très sombre. Un orage éclate, avec des trombes et des trombes d’eau.


Le match Ukraine-France avait été suspendu à l’Euro 2012 à cause de l’orage.

Des éclairs commencent à tomber. Si bien que la sono et l’écran de diffusion des scores du stade ont sauté à cause des éclairs. On continue malgré tout à chanter l’hymne a capela. Scénario catastrophe. Le match débute, mais est vite arrêté. Le déluge continue. C’est le plus gros orage que j’ai vu dans ma vie. Avec mon collègue, on est bien stressés parce qu’on devait rentrer chez nous le lendemain. Si ils remettent le match, on ne l’aurait pas vu. Il est arrêté environ une cinquantaine de minutes. On nous dit que le stade est récent et que ça va le faire. L’arbitre jette le ballon et le ballon roule. On se dit « trop bien ça va reprendre », on est super contents. D’autant qu’on finit par gagner le match 2 à 0.

Pronostic Euro 2021 : On a les capacités, on a les joueurs pour la gagner. On a le coach pour la gagner. Le contexte sanitaire ne joue pas en notre faveur, sinon je t’aurais dit qu’on a les supporters pour la gagner. Tout est réuni pour qu’on la gagne.
– Thibaut, membre des Irrésistibles Français

Groupe F – Allemagne

Je suis l’équipe de France et d’Allemagne depuis tout petit, environ 2004 je dirais. Ce sont mes 2 équipes préférées. C’est par le Bayern que j’ai commencé à suivre le foot, fan depuis 2004 grâce aux légendes Ballack, Kahn, Zé Roberto, Van Bommel, Sagnol… Quand tu es fan du Bayern tu apprécies forcément l’équipe d’Allemagne. J’étais sur le Champs-de-Mars pour la confrontation entre la France et l’Allemagne en 2016. J’étais content que l’Allemagne perde, bien que déçu pour cette génération de fou !
Pour 2016, j’étais avec pleins de potes qui me narguaient car ils savent que j’adore l’Allemagne. Sur ce match, j’étais pourtant pour la France puisque je supporterais toujours la France dans ce cas. Vu que quelques allemands étaient également présents, je les ai même taquiné en leur expliquant que j’allais les griller sur le barbecue. J’étais un peu insolent, vu que je peux me faire passer pour un allemand auprès d’eux.

J’ai vécu ce match avec beaucoup de joie pour la France, mais quand-même un peu de tristesse pour l’Allemagne parce que c’était la dernière grosse compétition de certaines légendes, dont Podolski et surtout Schweinsteiger, capitaine et légende absolue, héros de la finale en 2014 et chouchou du public allemand, surnommé, Fußballgott, soit dieu du foot. Il provoque un pénalty et termine du coup ce tournoi sur une mauvaise note, ce qui est peinant compte tenu du monument qu’il représente en Allemagne
Après le coup de sifflet final, ça montait sur les voitures, les stations de bus et tout
Ce match dépeint la fin de la génération dorée ce match. J’entends par là la fin de l’ère Lahm, Schweinsteiger, Klose, Podolski, Mertesacker qui avaient porté l’équipe depuis des années. Et dans une moindre mesure Özil. Certains d’entre eux avaient pris leur retraite en 2014 après la finale et c’était une page qui se tournait.
– Leo Kaniewicz, étudiant en droit franco-allemand à Berlin

Groupe F – Hongrie

La Hongrie, lors de l’Euro 2016, était un peu l’outsider, je dirais. Personne ne s’attendait à ce qu’on prenne un point. Mais ensuite, nous avons fait un match nul contre l’Islande et puis le match contre le Portugal est arrivé. Les gens pensaient que le Portugal allait battre la Hongrie facilement. Mais non. La Hongrie s’est bien battue. Notre premier but a été marqué par Géra Zoltan. Je criais. Je n’arrivais pas à croire qu’on avait marqué contre le Portugal. Mais ensuite Nani a égalisé. Je me suis dit : « Oh, d’accord, ils vont gagner alors ».

Mais non. Balázs Dzsudzsák a marqué pour la Hongrie sur un coup franc. Tout le monde criait dans les rues. Les scènes étaient incroyables à voir. Mais malheureusement, Ronaldo a réussi à égaliser. Nous pensions alors que tout était fini. Toutefois, Dzsudzák a marqué un autre but et quand je vous dis que tout le pays hongrois criait de joie… c’était tellement incroyable. Ronaldo a finalement marqué ce dernier but et le match s’est terminé. C’est toutefois l’une des meilleures expériences que j’ai vécues avec l’équipe nationale. Ils se sont vraiment battus jusqu’à la fin et nous avons même fini premiers de la phase de groupe. Oui oui, je l’ai regardé dans la fanzone de la ville avec des amis. Après l’Euro en 2016, notre équipe hongroise a entamé un léger déclin. En 2017, nous avons perdu contre Andorre et c’est à ce moment-là qu’un changement massif s’est produit dans l’équipe. Nous avons viré notre sélectionneur Bernd Storck et ensuite nommé Marco Rossi. Nous avons également laissé partir l’un de nos joueurs les plus importants, Balázs Dzsudzsák, parce que les choses ne marchaient pas avec lui. Mais depuis que nous avons nommé Marco Rossi, l’équipe a de nouveau commencé à s’améliorer. Nous avons également un talent très prometteur, Dominik Szoboszlai, qui nous a qualifiés pour l’Euro 2020 à trois minutes de la fin du match contre l’Islande, un très beau souvenir également. L’Islande a marqué en premier, puis à la 88e minute, Loic Nego, un joueur naturalisé venant de France, a égalisé. Et puis Dominik Szoboszlai a marqué à la 90e minute, ce qui nous a permis de nous qualifier pour l’Euro.
Pronostic Euro 2021 : Je m’attends à ce qu’ils donnent tout et se battent jusqu’à la fin. Même sans notre joueur clé Szoboszlai dans notre équipe en raison de sa blessure, pour les prochains Euro, je crois en mon équipe et personne ne devrait nous sous-estimer. Je pense que la Hongrie a la possibilité de gagner contre l’Allemagne et peut-être même de surprendre le Portugal. Et comme nous jouons deux matchs à domicile, c’est un très gros avantage.
Jessie, créateur du compte Twitter @Griezmannility_ et fan de l’équipe nationale hongroise

Groupe F – Portugal

J’ai été naturalisé Suisse en 2017, et il faut savoir qu’en Suisse, nous devons faire notre service militaire, qui est obligatoire. J’ai commencé en octobre 2015 et durant mon école de recrue, j’ai gradé. J’ai donc fini en mars 2016, avant d’entamer une nouvelle année en tant que chef pour accueillir les nouvelles recrues. Cette seconde année s’est terminée en juillet 2016. J’ai donc dû vivre la finale à l’armée. J’étais à Thoune, en suisse allemande. Chaque week-end nous sommes censés rentrer chez nous. Ce week-end était un peu spécial parce que c’était mon dernier à l’armée. J’étais officier de piquet. On avait une grande place d’armes gardée 24/24h et à l’intérieur il y avait plusieurs casernes. J’ai dû être le premier à arriver dans ma caserne pour ouvrir les portes de la caserne. La finale était à 20h45 et je devais ouvrir la caserne à 21h30. Je me suis dit « Bon parfait, ça me laisse la 2nde mi-temps ». Je suis arrivé un peu plus tôt, vers 20h30, pour m’asseoir au café-restaurant qui est proche de la caserne. C’était une première mi-temps assez intense avec l’arrêt de Rui Patricio sur la tête de Griezmann notamment et la blessure de Ronaldo. 0-0 à la mi-temps, j’étais donc déjà un peu en retard. J’ouvre la caserne et dès que j’ouvre je vais dans mon bureau, le poste du contrôle pour allumer mon ordinateur et passer le match en direct. J’étais assez tendu. Comme c’était la dernière semaine d’école de recrues, mon capitaine avait décidé d’organiser un rapport entre cadres pour bien vérifier que tout était au point. Le rapport devait être à 22h30, ce qui me stressait déjà. Mon bureau est à côté de la salle de rapport et je regarde jusqu’à la 85e. Toujours 0-0, je suis résigné et je décide d’y aller.

J’entre en salle de rapports. Chaque fois qu’on me pose une question, je réponds oui c’est parfait. J’essaye d’accélérer la discussion pour retourner sur le match. Je me souviens avoir mis mon téléphone sur la table en mode silencieux, avec les notifications activées. Je regardais tout le long mon écran noir en espérant, ou pas en fait parce que je ne sais pas ce que je devais espérer. Il s’est finalement juste allumé une seule fois pour me dire que c’était la fin du match. 0-0 : prolongations. Je n’ai donc pas vu le poteau de Gignac. Je reste en salle de rapport. À la fin de la 1ere période de prolongation, il n’est pas encore terminé. Au moment où je sors de la salle, la seconde mi-temps débute. Je suis content parce que je me dis que je n’ai rien raté. C’est toujours intense et je sens que le Portugal est quand même un peu au-dessus. Et là, arrive cette fameuse action. Je reçois des notifications de message d’amis qui ne sont pas portugais qui envoient « Eder » avec plein de cœurs. Je ne tilte pas tout de suite. Je me demande pourquoi ils font ça. Puis je vois Eder prendre la balle, il est au contact avec Koscielny, qui tombe. Là j’ai un déclic, je me dis : «  Mais, attends ». L’image vibre un petit peu. Je vois pas le début de la frappe, je vois simplement la balle toucher les filets et là j’éclate, je me lève. J’ai essayé de me contenir, mais j’ai quand même crié. Mes collègues sont venus me voir et étaient contents pour moi, parce qu’en Suisse on aime pas trop les Français. Après le but, ce sont les dix minutes les plus longues de ma vie. Enfin, le coup de sifflet final. Même mon capitaine est venu me féliciter. J’étais extrêmement content mais quand même un peu déçu de pas avoir pu faire la fête. J’en garde quand même un bon souvenir. Depuis toutes les compétitions internationales, je suis à l’armée.
– Enrique, supporter d’origine portugaise naturalisé suisse

Propos recueillis par Enzo Leanni et Arthus Vaillant.

Un avis sur « Bons baisers d’Europe »

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