Edito Euro 2020 : De l’émotion et des interrogations

Le lendemain de chaque journée de l’Euro 2020, retrouvez un édito consacré à cette dernière. Aujourd’hui, retour sur deux matchs sensationnels. Les buts ont été au rendez-vous en même temps que les scénarios rocambolesques et les frissons garantis. Finalement, les deux finalistes du dernier mondial sont éliminés.

AVEC L’ESPAGNE, FINI L’ENNUI

Depuis que La Roja a débuté sa compétition, les conclusions ont été aussi nombreuses qu’hâtives. Il faut dire que les deux premiers matchs (0-0 contre la Suède et 1-1 contre la Pologne) n’ont pas été emballants. L’envie a vite été consumée par le manque cruel d’efficacité dans la surface adverse. Les critiques sur le fond de jeu espagnol ont parfois été sévères. Nous étions d’ailleurs les premiers à regretter le manque de personnalité des offensifs ibériques. Les deux derniers matchs ne nous ont pas fait mentir mais le résultat final est à l’exact opposé.

(Source : twitter.com)

Le cinglant 5-0 infligé à la Slovaquie pouvait être nuancé par le faible niveau de cette équipe. Il a pourtant permis de tirer quelques conclusions pour Luis Enrique. En effet, lors de ce match, Pablo Sarabia et Sergio Busquets ont connu leur première titularisation dans cet Euro avant de voir cette confiance prolongée pour ce huitième de finale face à la Croatie. La verticalité qui manquait tant au jeu espagnol a été bien plus trouvée grâce aux appels du Parisien et aux ouvertures du Barcelonais. La défense slovaque a permis ces passes tranchantes mais celle de la Croatie n’a pas forcément toujours pu les stopper. Une nouvelle fois, les deux joueurs font office de phare pour guider le navire rouge vers les quarts.

“S’ils nous en ont mis quatre, on peut leur en mettre six” avait prêché Luis Enrique lorsqu’il officiait au Barça. Cette fois-ci, cinq ont suffi puisque leurs adversaires en avaient préalablement inscrit trois. La Croatie s’était tant bien que mal qualifiée pour cette seconde partie de compétition. Elle est également allée chercher une égalisation à trois buts partout totalement inespérée quelques minutes auparavant. Néanmoins, une énième accélération espagnole a eu raison, une bonne fois pour toute, de ce collectif mal huilé. 

LE POIDS DES RESPONSABILITÉS ÉTAIT TROP LOURD

Il y a quelques semaines, l’Europe enviait le trio offensif de l’Equipe de France. Au lendemain de l’élimination des Bleus face à la Suisse (3-3, 4-5 aux tab), le sentiment de gâchis se fait d’autant plus ressentir. Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Karim Benzema semblaient tout avoir pour jouer magnifiquement bien ensemble. Quelques séquences nous avaient d’ailleurs permis cet espoir lors des matchs de préparation. L’attaquant du Real Madrid aura été le seul au niveau durant la compétition. Et pourtant, il est parfois apparu loin de ses standards madrilènes mais ses deux doublés consécutifs contre le Portugal et la Suisse rendent la note finale plus joyeuse. Antoine Griezmann ne s’est pas transformé lors de ce huitième comme il l’avait fait en 2016. 

(Source : Iconsport)

De son côté, Kylian Mbappé a tout raté. Son inefficacité lors des matchs de poule est passée rapidement au second plan mais cette prestation face à la Nati restera longtemps dans les mémoires. Il avait à cœur de tirer toute l’équipe dans son sillage. Il l’a fait, souvent tout seul, mais cela a justement mené le collectif à sa perte. Aucun de ses six tirs n’a été cadré, tout comme ses centres qui n’ont jamais atterri dans la bonne zone. Il pourra se gargariser de l’ajout d’une passe décisive – qui ne l’aurait pas été sans l’enchainement fabuleux de Benzema – à son tableau statistique tout comme il a consolé six mauvais mois en Ligue 1 par des buts à la pelle. Kylian Mbappé voulait qu’on lui confie les clés du camion bleu mais le poids des responsabilités est devenu un fardeau. Il l’avait déjà été avec le PSG. Son tir au but raté n’en est qu’un symbole mais la conséquence ne doit pas faire oublier la cause.

Cet Euro est un ôde aux défenses à trois et à l’animation offensive des pistons. L’Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark ont prouvé que renforcer sa défense axiale n’était pas synonyme d’une fermeture de jeu mais au contraire d’ouverture. Celle proposée par la France n’a réussi ni l’un ni l’autre. Sur leurs côtés, Rabiot et Pavard n’ont rien apporté de bon. Dans l’axe, Kimpembe, Varane et Lenglet ont souffert comme rarement face à une attaque bien moins performante que certains adversaires du passé. Pourtant le 3-5-2 était sans aucun doute le système propice à cette Equipe de France. Encore fallait-il l’essayer en amont plutôt que de le sortir du chapeau une fois l’effectif amoindri par les blessures. On aurait ainsi pu voir l’apport de Jules Koundé axe droit ou de Théo Hernandez et Nordi Mukiele en tant que pistons. Didier Deschamps, qui tient pourtant plus que tout à sa stabilité, a changé trois fois de système en quatre matchs en donnant l’impression de n’en maîtriser aucun. 

L’OCCASION DE SE POSER LES BONNES QUESTIONS

La défaite française face à la Suisse est le premier véritable échec de Deschamps depuis qu’il est à la tête de l’Equipe de France. Il pourrait ne pas sortir indemne de ce fiasco dont il est le premier responsable. Oui, les joueurs n’ont pas été au niveau mais ils n’ont pas été aidés par l’invention de dernière minute de leur entraîneur. La France dispose d’un des viviers les plus importants du monde, cela à tous les postes. Les joueurs expérimentés jouent tous dans des clubs de très haut niveau européen et les jeunes sont issus de l’auto-proclamée meilleure formation mondiale. Les quelques critiques formulées sur le jeu depuis 2018 ont été à chaque fois balayées d’un revers de main par la phrase simple et sans équivoque : “On est champion du monde”. 

Dès lors, plus rien ne comptait. Il ne manquait plus que l’Euro en tant que sélectionneur à la salle des trophées impressionnante de Didier Deschamps et celui de cette année avait tout pour être le bon. C’était sans prendre en compte l’aspect terrain, qui reste tout de même le plus important. Pour la première fois depuis qu’il est à ce poste, l’homme de poigne a semblé dépassé par les événements. Celui qui a toujours su tenir une dynamique de groupe bien plus enthousiaste que son jeu a cette fois cédé à certaines exigences qui n’avaient pas lieu d’être de la part de ses joueurs.

Après la séance de tirs au but, il a contourné la question à propos de son avenir et les interrogations persistent donc. Il y a quelques semaines, la question n’aurait jamais été posée mais la désillusion de cet Euro a totalement redistribué les cartes. Le départ de Zidane du banc du Real Madrid peut également jouer un rôle dans ce futur de l’Equipe de France. Même si la règle officieuse de l’institution bleue a donné divers exemples de sélectionneurs remerciés après un échec, nous voyons cependant difficilement Noël Le Graët faire de même avec Didier Deschamps. La décision sera donc entièrement entre les mains de ce dernier même si après tout on est champion du monde !

Publié par leannienzo

"Le ballon est pour les joueurs ce que les mots sont pour les poètes. Dans leurs pieds ou dans la tête de certains d'entre eux, ils se transforment en oeuvre d'art" César Luis Menotti

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